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Destination Corse pour Jérôme Cahuzac

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Sur la sellette, le ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac,qui  a déposé deux plaintes en diffamation contre Mediapart, pourrait être le "maillon faible" du gouvernement. Les politologues affirment le contraire.

Par Jean Crozier avec AFP

Selon l'AFP, parmi les quelques rares ministres  qui profiteront des fêtes pour se ressourcer en famille dont  Michel Sapin (Emploi) dans l'Indre, Jean-Yves Le Drian (Défense) en Bretagne, Stéphane Le Foll (Agriculture) au Mans,  Jérôme Cahuzac (Budget)  est le seul qui devrait être en Corse. Accusé par Mediapart d'avoir détenu un compte bancaire secret en Suisse, le ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac s'en est constamment défendu mais reste sur la sellette.

Les protagonistes de l'affaire

Jérôme Cahuzac: pièce maîtresse du gouvernement, il a défendu avec brio le premier budget du quinquennat. Mais ce chirurgien de 60 ans qui a fait fortune dans les implants capillaires est accusé par Mediapart d'avoir détenu un compte bancaire en Suisse, ce qu'il dément formellement.

Mediapart: le site d'investigation a dégainé le 4 décembre. Selon son enquête, Jérôme Cahuzac a eu un compte "non déclaré" à l'Union des banques suisses (UBS) de Genève, clôturé en 2010 et dont les avoirs ont été déplacés à Singapour. Le ministre socialiste a porté plainte pour diffamation.

Michel Gonelle et Jean-Louis Bruguière: le principal élément présenté par Mediapart est un enregistrement que dit détenir, depuis douze ans, l'avocat Michel Gonelle, ex-rival politique de Jérôme Cahuzac dans le Lot-et-Garonne. Dans cette conversation, un homme, présenté comme étant l'actuel ministre du Budget, évoque son compte chez UBS. Michel Gonelle laisse entendre que la bande a été donnée à Mediapart par un autre ancien opposant du ministre, l'ex-juge Jean-Louis Bruguière, qui affirme avoir "détruit" cet enregistrement sans l'avoir écouté.

Rémy Garnier: cet ex-agent du fisc a rédigé en 2008 un mémoire accusant Jérôme Cahuzac, entre autres choses, d'avoir un compte caché en Suisse. Son avocat est Michel Gonelle.

Jérôme Cahuzac peut-il rester au gouvernement ? 

"Je n'ai pas, je n'ai jamais eu de compte à l'étranger. Ni maintenant, ni avant". Par ce démenti solennel, le 5 décembre devant les députés, Jérôme Cahuzac s'est privé de toute échappatoire: s'il est prouvé qu'il a menti devant la représentation nationale, il sort du gouvernement. Qui se verrait privé d'un de ses piliers, dont la virtuosité budgétaire et l'aisance oratoire font l'unanimité à gauche comme à droite. La présidence, en rapportant vendredi avoir été contacté par Michel Gonelle et lui avoir recommandé de communiquer ses éléments à la justice, n'a exclu de facto aucune hypothèse. M. Gonelle assure n'avoir "jamais reçu de consigne de l'Elysée".

La Suisse et le secret bancaire

Le ministre s'est finalement résolu à demander à UBS de certifier qu'il n'a jamais détenu de compte auprès de cette banque. Mais pour l'instant, il n'a fait qu'une démarche anonyme, se bornant à demander, par le biais d'un avocat, si la banque est en mesure, en règle générale, d'apporter une telle réponse. UBS lui a répondu par la négative, mais la question était semble-t-il mal posée. "Si la demande est formulée officiellement par la personne à la banque, alors c'est bien possible", a affirmé à l'AFP un porte-parole d'UBS. Selon des spécialistes, Jérôme Cahuzac doit demander à la banque s'il a détenu un compte auprès d'elle, et pas de certifier l'absence de compte.

Le volet fiscal

Mediapart affirme qu'une enquête est parallèlement menée par le fisc, qui soupçonne le ministre, selon le site, d'avoir sous-évalué d'au moins 10% le montant de son appartement parisien et pris en compte un prêt parental en fait déjà remboursé. La direction générale des finances publiques (DGFIP), sous la tutelle de Bercy, a assuré en réponse que seul un "examen de la situation fiscale des membres du gouvernement" était "en cours", "comme c'est l'usage".

De quoi est saisie la Justice ?

Jérôme Cahuzac a déposé deux plaintes en diffamation contre Mediapart. L'une a donné lieu à une enquête préliminaire, purement formelle. L'autre
entraîne automatiquement la nomination d'un juge sans que celui-ci n'enquête sur le fond. Aucune enquête judiciaire n'est ouverte sur une éventuelle fraude fiscale mettant en cause le ministre. Dans ce type de dossier, seul Bercy est compétent pour saisir la justice.






Solide affirment les experts politologues

La position de Jérôme Cahuzac au gouvernement paraît toujours solide et le restera tant que les accusations de compte bancaire secret en Suisse contre lui ne seront pas irréfutables, estiment mercredi des politologues interrogés par l'AFP, en relevant la retenue de la droite à son égard.

Le dossier n'est "pas béton et l'image personnelle de (Jérôme) Cahuzac n'est pas si mauvaise que ça à droite. Le dossier en lui-même n'est pas très convaincant, il n'y a pas de preuve complètement établie de l'existence de ce compte", résume Jérôme Fourquet, de l'Ifop.

"On n'est pas dans un contexte où les preuves seraient accablantes, où il ne bénéficierait que du soutien du Premier ministre et du président de la République et où il devrait faire face à des attaques permanentes de la part de l'opposition qui aurait décidé de le faire tomber pour affaiblir le gouvernement", poursuit ce spécialiste.

"Tant qu'on n'aura pas de preuves claires, absolues qu'il a eu un compte, je pense que (François) Hollande voudra absolument le garder. Il faudrait vraiment qu'il y ait des progrès importants dans cette affaire pour que Hollande change et il ne le fera que s'il est contraint et forcé", renchérit Gérard Grunberg, du Centre d'études européennes de Sciences-Po.

"Maintenant, il n'est pas du tout sûr, d'abord, que ce soit vrai, ensuite, qu'on pourra le prouver", ajoute-t-il.
Gérard Grunberg relève également que M. Cahuzac "est considéré comme l'un des ministres les plus sérieux, qui porte tout le projet de Hollande (...) de réduire les déficits dans les années qui viennent" et le remplacer "serait très ennuyeux" pour l'exécutif.

Ces experts insistent aussi sur la modération de l'opposition à l'égard du ministre. "C'est quelqu'un qui est réputé pour sa connaissance experte des dossiers (...)
Dans les séances des questions d'actualité au gouvernement, c'est l'un des ministres les plus pugnaces", relève Frédéric Dabi, un autre politologue de l'Ifop.
Mais au-delà, "c'est lui qui serre les boulons, qui essaye de tenir les comptes. Il est un peu comme Manuel Valls aux yeux de l'électorat de droite, c'est celui qui passe le mieux à droite", commente Jérôme Fourquet.
Bien loin du "socialiste dépensier qui jetterait l'argent par les fenêtres", l'opposition lui reconnaît "un certain sérieux, un certain professionnalisme dans son action au Budget, qui est un thème très sensible pour l'électorat et les responsables de la droite", ajoute-t-il.
D'ailleurs Jean-François Copé confiait au tout début de l'affaire Cahuzac avoir pour le ministre une "estime personnelle". "Dans cet ensemble gouvernemental tellement amateur et chaotique, il est un des rares ministres dont on peut dire d'une manière unanime qu'il connaît vraiment bien les sujets dont il parle", ajoutait le numéro un de l'UMP.
L'ancien ministre de la Défense, le centriste Hervé Morin, déclarait aussi vouloir laisser "le bénéfice du doute" au ministre du Budget.
Les spécialistes relèvent en outre que droite et gauche confondues sont pour le moins frileuses à l'égard de Mediapart, à l'origine de l'accusation contre Jérôme Cahuzac.

"La droite comme la gauche supportent assez mal l'optique de journalisme que fait Mediapart", dit Gérard Grunberg, jugeant que ce site d'information pratique davantage un journalisme engagé "anti-système" que l'investigation.
"Mediapart a laissé de mauvais souvenirs à droite", constate Jérôme Fourquet, rappelant l'affaire Bettencourt et la mise en cause de l'ancien ministre UMP Eric Woerth.

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