La PJ écartée sur deux grosses affaires corses

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Écrit par par Antoine Albertini et Elina Weil

Selon le quotidien Le Monde, le juge d'instruction antiterroriste Gilbert Thiel a brutalement dessaisi, le 17 avril dernier, la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) des deux plus importants dossiers d'attentats commis sur l'île.

C'est le journaliste Jacques Follorou qui le révèle ce 17 mai dans le quotidien Le Monde :  le magistrat antiterroriste Gilbert Thiel  reproche à la police judiciaire de lui avoir dissimulé des éléments essentiels dans l'affaire du double attentat à la roquette du 5 décembre 2013 contre la caserne Battesti, à Ajaccio, où réside le commandement de la gendarmerie en Corse, et la caserne Paoli, à Bastia.

Le  juge Thiel -affirme également l'enquête du Monde-  a également dessaisi la DRPJ  de l'enquête sur l'attentat commis, le 26 mai 2013 à Ajaccio, contre le Groupe d'intervention régional, revendiqué par un groupe anonyme, concurrent du FLNC.


"Un nationaliste au statut particulier"


Le 4 avril -révèle Jacques Follorou-  lors d'une réunion de travail réunissant la DRPJ d'Ajaccio, la sous-direction antiterroriste (SDAT), la section de recherche de gendarmerie et le Groupe d'intervention régional (GIR), la police judiciaire locale affirme, devant une assistance interdite, que l'un des militants nationaliste identifié en janvier, considéré comme le principal suspect, doit être blanchi. Ce nationaliste, déjà condamné, était, dit-elle, au moment de l'attentat à la roquette, en rendez-vous avec un commandant de police de l'hôtel de police d'Ajaccio.









 

Selon les révélations du quotidien Le Monde,  la PJ aurait pu hésiter à transmettre aux gendarmes le nom d'un de ses informateurs, un militant nationaliste qui aurait aidé le service dans plusieurs enquêtes, voire pire, lui fournir un alibi afin de le protéger... La police judiciaire plaide la maladresse.

La question​ étant de savoir pourquoi la PJ n'a pas évoqué ce "rendez-vous" dès que le nom du militant nationaliste est ressorti comme suspect dans l'affaire de l'attaque à la roquette et a attendu 3 mois ? 

Un sale moment pour la PJ

A trois semaines de la venue en Corse du ministre de l'Intérieur, ces révélations qui font craindre au parquet "une hécatombe de procédures" et la décision du magistrat accablent d'autant plus les policiers chargés jusque-là des enquêtes que les policiers judiciaires de Corse sont unanimes depuis février dernier pour refuser le projet de fusion PJ-gendarmerie, laissé sur le nouveau bureau de Bernard Cazeneuve, place Beauvau, par son prédécesseur, Manuel Valls.


Une révélation qui tombe mal

Une révélation qui tombe on ne peut plus mal donc, alors qu’une importante réunion inter-services doit se tenir jeudi 22 mai à la préfecture d’Ajaccio, en présence de Mireille Ballestrazzi, directrice centrale de la police judiciaire. Cette rencontre, organisée à la demande de l’administration, a pour objectif de "faire le point" sur cette fusion entre effectifs de la police et de la gendarmerie au sein de ce projet - controversé - encore appelé "Ulcoc" (Unité de lutte contre le crime organisé corse). "Nous sommes remontés contre les informations publiées dans Le Monde" confiait lundi 19 mai un responsable syndical de la PJ, lequel compte bien "soulever le problème de ces fuites à répétition en pleines négociations de rapprochement avec les services de la gendarmerie". 

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La PJ écartée sur l'enquête sur le tir de roquettes contre la caserne Battesti : explications