Affaire Guy Orsoni : fuites présumées, la direction régionale de la police judiciaire de Corse dessaisie

La juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille vient de dessaisir la direction régionale de la police judiciaire de Corse. En toile de fond, des fuites présumées lors d'un coup de filet partiellement manqué dans l'enquête sur la tentative d'assassinat contre Guy Orsoni en 2018.

La juridiction interrégionale spécialisée de Marseille vient de dessaisir la direction régionale de la police judiciaire de Corse de l'enquête sur la tentative d'assassinat contre Guy Orsoni en 2018.
La juridiction interrégionale spécialisée de Marseille vient de dessaisir la direction régionale de la police judiciaire de Corse de l'enquête sur la tentative d'assassinat contre Guy Orsoni en 2018. © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
La direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Corse est écartée de l'enquête sur la tentative d'assassinat contre Guy Orsoni, en septembre 2018. 

La magistrate de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille en charge des investigations a décidé, lundi dernier, de confier l'enquête aux gendarmes de la section de recherche de Corse selon nos sources. Une information révélée par Corse Matin ce mercredi. 

La raison de ce dessaisissement de la police judiciaire (PJ) de Corse trouverait son motif dans des fuites présumées en amont du coup de filet mené à Ajaccio le 28 septembre dans le cadre de l'enquête Orsoni.
Tentative d'assassinat de Guy Orsoni, série d'arrestations à Ajaccio le 28 septembre 2020.
Tentative d'assassinat de Guy Orsoni, série d'arrestations à Ajaccio le 28 septembre 2020. © FTV
Ainsi, deux membres présumés de la bande criminelle du Petit Bar, Pascal Porri, André Bacchioleli seraient parvenus à échapper à la vague d'interpellations organisée par la DRPJ d'Ajaccio épaulée du Raid, sur commission rogatoire d'un juge de la Jirs de Marseille, comme le laissent entendre plusieurs médias dont L'Obs.

La police judiciaire dans le viseur des magistrats

La PJ de Corse est dans le collimateur des magistrats depuis déjà deux ans. Ainsi en septembre 2019, le procureur général d'alors, Franck Rastoul, réclame le départ du chef de la PJ, Christian Sivy, en poste depuis 2014, dans un courrier adressé à la direction des affaires criminelles et des grâces.

Le plus haut magistrat en poste en Corse y évoque "un problème de relation de confiance avec les deux parquets du ressort" et de nombreux incidents. Depuis, Christian Sivy a quitté ses fonctions dans l'île. Il a été nommé à la direction interrégional de la police judiciaire de Bordeaux à l'été 2020. 
L'ancien procureur général, Franck Rastoul.
L'ancien procureur général, Franck Rastoul. © Christian Giugliano / France 3 Corse
Parmi les incidents, début 2019, alors que le parquet d’Ajaccio s’intéresse, aux possibles avantages que Pascal Porri aurait pu bénéficier de la part du promoteur immobilier Anthony Perrino et plus particulièrement la location d’un appartement cossu du front de mer ajaccien, la PJ affirme qu'il n’y habite pas. L'information sera finalement démentie.

Autre couac, en juillet 2019, la PJ fait tomber une procédure pour détention d'armes contre le chef nationaliste Charles Pieri. Dans le cadre d'une enquête préliminaire du parquet de Bastia, ouverte pour abus de confiance, la PJ avait perquisitionné le domicile du militant nationaliste en présence de deux témoins, des militaires de la base aérienne de Ventiseri-Solenzara. 

Les perquisitions avaient permis de saisir trois armes de poing de type Glock ainsi qu'un fusil de chasse, des munitions, et un gilet pare-balles détenus illégalement. 

Contrairement à ce qu'exige la procédure, les procès-verbaux n'avaient pas été signés par les deux témoins (les militaires) en raison d'une panne informatique. L'imprimante portative des policiers ne fonctionnait pas. 

Les deux militaires avaient été convoqués le lendemain au commissariat de Bastia afin de signer leurs procès-verbaux. Ils avaient alors contesté la présence d'armes au domicile de Charles Pieri, annulant la procédure et empêchant la justice de poursuivre ce dernier pour détention d'armes.

Cinq mises en examen

Dernier mis en examen dans l'enquête sur la tentative d'assassinat contre Guy Orsoni, Joseph Menconi, 55 ans. Ce Bastiais, multirécidiviste du vol à main armé, a été interpellé sur la Côte d'Azur où il réside, selon une information de L'Obs. Il a été mis en examen en début de semaine. 

Dans cette affaire, Philipe Porri, présenté comme un proche de la bande criminelle du Petit Bar, et Pierre-Francois Luccioni ont été mis en examen le 5 octobre pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime". 

Ces mises en examen font suite à celles d'Ange-Marie Gaffory, connu pour des affaires de stupéfiants et meurtres et de Jacques Santoni, la semaine précédente. Le chef présumé de la bande criminelle du "Petit Bar", est poursuivi pour "complicité de tentative d'homicide en bande organisée".

Le 13 septembre 2018, Guy Orsoni, présenté également comme un membre du grand banditisme, circulait en voiture blindée sur les hauteurs d'Ajaccio, lorsque deux hommes à moto lui ont tiré dessus. Blessé au bras, il avait réussi à échapper à ses agresseurs en rejoignant le centre-ville.

En décembre 2019, Guy Orsoni, a été mis en examen pour "assassinat en bande organisée" dans l'enquête sur le meurtre en août 2018 d'un retraité tué vraisemblablement par erreur.

 
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