Autonomie de la Corse : "Nous ne voterons pas cet accord", annonce Nazione

Pour Petru Antone Tomasi, porte-parole de Nazione, le projet d'écriture constitutionnelle issu de l'accord de Beauvau est celui d'une "autonomie au rabais". En conséquence, le parti indépendantiste ne se prononcera pas, prochainement, en faveur de ce texte à l'Assemblée de Corse.

Quelle est la position de Nazione sur l’accord obtenu lundi entre les élus de la Corse et le ministre de l'Intérieur, et la fin du processus de Beauvau ?

Josépha Giacometti-Piredda, qui est notre représentante à l'Assemblée de Corse, n'a pas participé aux deux derniers dîners de Beauvau étant entendu que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avait fermé la porte au préalable à la plupart des revendications qui ont été celles des nationalistes ces dernières décennies et qui ont été celles des institutions corses ces dernières années. D'ailleurs, dès lundi soir, Gérald Darmanin a ressuscité l'expression de “ligne rouge” qu'il n'utilisait plus depuis maintenant quelques mois.

Nazione n'est pas signataire de l'accord de Beauvau. Nous estimons que le fait que d'autres organisations issues du mouvement national aient signé cet accord constitue une faute politique, dans la mesure où il acte d'abord le renoncement à tous les éléments d'une solution politique réelle.

Il n'y a même pas les termes d'une autonomie de plein droit et de plein exercice, puisqu’en renvoyant à la loi organique l'ensemble de ces questions, on renvoie à un pouvoir d'opportunité politique du Parlement à la fois les domaines de compétences dans lesquels la Corse pourrait intervenir et les modalités de mise en œuvre.

Il y a deux ans, Gérald Darmanin avait annoncé un processus à vocation historique et un statut d'autonomie. Nous disons qu'il n'y a ni processus historique ni autonomie, mais une simple évolution du statut particulier de la Corse.

Il y a quand même une ouverture vers le pouvoir législatif, n’est-ce pas là une avancée ?

C’est une évolution, une amélioration du statut particulier qui est un statut de décentralisation, mais on est toujours dans un cadre qui est très en deçà des standards européens de l'autonomie : à savoir la capacité pour un territoire à exercer le pouvoir législatif dans un certain nombre de domaines qui sont garantis par la Constitution, sans interférence du Parlement étatique. Or, ce n'est pas ce dont il s'agit ici.

Nous sommes face à une sous-autonomie ou une autonomie au rabais. Et ce, d'autant mieux que la rédaction est extrêmement restrictive pour ce qui concerne le traitement de questions fondamentales.

Lorsque l'article dispose que le pouvoir normatif ne peut pas s'exercer lorsque sont en cause les conditions essentielles d'une liberté publique ou d'un droit constitutionnellement garanti, cela veut dire qu'il n'y aura pas de statut de résident, contrairement à ce qu'on a pu entendre dans la bouche des responsables autonomistes. Cela signifie qu'il n'y aura pas de corsisation des emplois, pas de mesure de protection en matière d'établissement d'une activité économique comme c'est le cas en Polynésie. Cela veut dire aussi qu'il n'y aura pas de langue Corse coofficielle. Donc, cela a des conséquences qui sont très concrètes pour les Corses et pour la vision qu'ont les nationalistes d'un projet pour la Corse.

Dans ce contexte, quelle sera la position de Nazione et donc de son élue territoriale Josepha Giacometti-Piredda lorsque le texte sera présenté à l'Assemblée de Corse ?

N'étant pas liés par cet accord, nous ne le validerons pas, de façon cohérente, lorsque celui-ci sera amené à être ratifié par l'Assemblée de Corse. Je dis bien "ratifié" puisque cet accord, il faut quand même le rappeler, a été signé dans un salon ministériel au mépris du rôle de l'Assemblée de Corse, puisqu'il a été passé sans son mandat préalable.

Sur le fond, nous considérons que, étant entendu qu'il n'y a ni les ingrédients d'une solution politique, ni même les ingrédients pour une autonomie que l'on aurait pu accompagner si elle était fondée autour des droits du peuple corse, nous ne voterons pas, nous ne validerons pas cet accord.

Si l'on comprend bien votre logique : si, par la suite, il y avait un référendum, la position de Nazione serait donc de ne pas appeler à le voter favorablement ?

À cette heure, ce qui est certain, c'est qu'un texte constitutionnel de ce type ne sera pas soutenu par Nazione. Nous attendons maintenant de voir comment les choses évoluent et selon quelle modalité le référendum qui a été annoncé sera organisé. À l'heure où nous parlons, on ne sait même pas s'il aura lieu avant le vote définitif de ce texte constitutionnel ou, plus tard, au moment de la loi organique.

Nazione va continuer à promouvoir dans le débat public et sur le terrain des luttes, les éléments de ce qui est pour nous une véritable solution politique en Corse. C'est quand même la légitimité du droit international. On l’oublie peut-être, mais le fait pour un peuple de choisir son statut politique librement fait partie des droits fondamentaux des Nations Unies. Nous tenons à rappeler que notre action est constructive pour obtenir un véritable statut pour la Corse. Il ne s'agit pas, pour nous, de faire de l'obstruction politique.