Boziu : le projet d'usine de méthanisation qui inquiétait élus locaux et riverains définitivement annulé

La polémique enflait depuis quelques jours. Face au mécontentement de la population, la société privée à l'initiative d'un projet d'unité de méthanisation des déchets ménagers dans le Boziu a retiré son étude. L'usine aurait pu être implantée à Santa Lucia di Mercuriu pour produire de l'électricité

Illustration. Des déchets emballés et stockés sur le site de Saint-Antoine, à Ajaccio.
Illustration. Des déchets emballés et stockés sur le site de Saint-Antoine, à Ajaccio. © Jean-Pierre BELZIT / MaxPPP

La commune de Santa Lucia di Mercuriu, dans le Boziu, n'accueillera pas de centre de méthanisation de déchets ménagers. Face aux inquiétudes de la population, la société privée Terra Elec, installée dans l'Oise et à l'initiative du projet, a préféré retiré son offre.

"Nous avons discuté, je leur ai soutenu que cela ne convenait pas et que cela ne rentrait pas dans le plan de la collectivité de Corse. Ils m'ont confirmé que le retrait était définitif dans la microrégion et m'ont précisé n'avoir jamais voulu les habitants", précise Paulu Santu Parigi, sénateur de Haute-Corse et ancien maire de Santa Lucia di Mercuriu.  

Capacité annuelle de 40.000 tonnes

Selon des documents que France 3 Corse ViaStella a pu consulter, les terrains considérés recouvrent une superficie de 12 à 15 hectares. L'objectif annoncé était de mettre en place une unité industrielle de production électrique destinée au réseau public, par le biais d'une installation de panneaux photovoltaïques, couplée d'une zone affectée à la méthanisation, d'une capacité annuelle de 40.000 tonnes de déchets ménagers.

Le processus de méthanisation comprendrait une usine de compactation des déchets, détaille le dossier. Les balles seraient par la suite stockées jusqu'à la transformation des déchets en biogaz par fermentation, qui servira enfin de carburant à des ensembles moteurs-alternateurs produisant de l'électricité à destination du réseau EDF. Le siège de la société serait lui installé à Santa Lucia di Mercuriu ou à Favalellu.

Création de l'association d'opposition "Boziu Pulitu"

Le projet avait entrainé de vives réactions parmi les élus et habitants locaux. Ainsi, les communes de Favalellu, Santa Lucia di Mercuriu, Omessa, et l'association "Boziu Pulitu" avait publié, jeudi 10 juin, un communiqué pour affirmer leur "totale" opposition. 

L'association Boziu Pulitu a été créée en début juin pour organiser "un bloc" avec les élus et la population de la société civile et notamment les riverains qui auraient pu être directement impactés en cas de concrétisation du projet."Cela concerne essentiellement des agriculteurs ou des entrepreneurs de l'agritourisme", explique Nicolas Battini, dirigeant du bureau provisoire de l'association, collaborateur parlementaire du sénateur Paulu Santu Parigi et conseiller municipal à Bustanicu.

Dans son communiqué, l'association Boziu Pulitu a notammen assimilé ce projet à un enfouissement déguisé. "40.000 tonnes de déchets par an pendant au moins dix ans, c'est considérable", explique Nicolas Battini.

"Nous n'avons pas la garantie que les déchets soient bien retirés en fin de processus, poursuit-il avant d'ajouter : si l'entreprise fait faillite, on garde les déchets. Or le capital environnemental est la dernière ressource qu'il nous reste".

L'association assure être en contact direct avec la société privée Terra Elec. Dans le cadre des échanges avec les représentants de l'entreprise, elle a notamment pu obtenir les documents explicatifs du projet. "Avant, nous n'avions rien reçu"

"Maintenant, nous sommes dans une phase d'attente. Ils connaissent notre position et le sentiment général de nos communes".

Les signataires appellent les élus, les candidats aux élections territoriales et l'ensemble des acteurs de la vie publique "à se positionner fermement contre ce projet mortifère pour le centre corse". Des tractations ont déjà eu lieu avec les candidats aux élections territoriales. Des positions vont être officialisées sous peu.

"Un centre d'enfouissement qui ne dit pas son nom"

Une semaine plus tôt, Nicolas Battini, avait déjà dénoncé sur son compte Facebook un "centre d'enfouissement qui ne dit pas son nom en ce que l'unité de méthanisation nécessite un stockage sur place de milliers de tonnes de déchets ménagers sur une longue période."

"La vision que nous avons du développement du Boziu s'inscrit en totale contradiction avec l'installation d'une telle structure. Nous ne parlons pas seulement en notre qualité de militants nationalistes connus pour leur engagement, mais aussi et avant tout en tant que conseillers municipaux de communes buzinche responsables devant les habitants et les familles du Boziu."

Le conseiller parlementaire auprès de Paulu Santu Parigi avait indiqué qu'[ils] continueraient à s'opposer "de toutes [leurs] forces à la concrétisation d'un tel projet", et avoir "d'ores et déjà contacté plusieurs municipalités de la pieve de Boziu et de la Comcom Pasquale Paoli afin de réunir les populations et leurs élus."

"Qu'on se le dise, il n'y aura pas d'usine de méthanisation dans notre canton, du moins pas sans coup férir", avait-il tranché.

Un post commenté, notamment par Pierre-Paul Saviani, troisième adjoint à Santa Lucia di Mercuriu, qui indique que la mairie a délibéré, vendredi 4 juin, "contre ce projet de centre d'enfouissement déguisé"

"Je veux signaler aussi qu’aucun élément n’a été transmis à la commune de Santa Lucia di Mercuriu et aucune entrevue officielle ne s’est déroulée avec les autorités municipales. Cela pose un grand problème de transparence dans la démarche des porteurs de ce projet néfaste pour notre territoire." Le lieu-dit mis à l'étude pour le projet, rappelle-t-il, "a depuis des siècles une vocation agricole. Des agriculteurs, bergers et éleveurs y sont installés depuis de nombreuses générations et nous les soutiendrons ad vitam æternam."

"Vive inquiétude et désapprobation"

Ecologia Sulidaria, en lice pour les prochaines élections territoriales, a de son côté exprimé par la voix d'un communiqué paru le 4 juin "sa vive inquiétude et sa désapprobation complète" face à ce projet. La liste écologique, portée par Agnès Simonpietri, pointe ainsi une référence faite dans la description du projet par la société au centre d'enfouissement de la Fare-Les-Oliviers (Bouches-du-Rhône). Une installation dirigée par Yvan Vesperini, mais qui appartient, constate Ecologia Sulidaria "à une société, SMA Vautubière : selon des données des sites internet consacrés aux dirigeants de société, le président de la SMA est monsieur Alexandre Guerini."

Or, ce dernier, rappelle le mouvement, "a été condamné le 28 mai à 6 ans de prison, notamment pour prise illégale d’intérêts, dans une affaire concernant des attributions de marchés publics pour les déchets en Région PACA. Dans ce contexte, nous tenons à exprimer notre vive inquiétude et notre désapprobation complète de ce projet."

 

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