Coronavirus et confinement : le parcours du combattant des malades corses

Des malades corses, atteints de certaines pathologies, comme le cancer, sont obligés de se rendre sur le continent pour recevoir des soins. / © Philippe Huguen / AFP
Des malades corses, atteints de certaines pathologies, comme le cancer, sont obligés de se rendre sur le continent pour recevoir des soins. / © Philippe Huguen / AFP

L'épidémie de Coronavirus et la mise en place du confinement compliquent la vie des malades corses. Difficile de se déplacer, de trouver un hébergement une fois sur le continent. Laetitia Cucchi, présidente de l'association Inseme répond à nos questions. 

Par Anne-Marie Leccia (Edité par Audrey Altimare)

En cette période de confinement certaines personnes continuent de devoir se déplacer par obligation. C’est le cas des malades, des enfants et des adultes, atteints de pathologies comme le cancer et contraints se faire soigner sur le continent.

Galère pour voyager, pour être héberger et pour continuer les soins. Depuis le 17 mars tout est devenu compliqué.

 


Laetitia Cucchi, présidente d’"Inseme", association humanitaire et d’entraide, a répondu à nos questions. Elle raconte ce nouveau quotidien qui s’impose aux insulaires malades et à leurs familles.
 
  • L'épidémie de Covid-19 et les complications générées par le confinement, les difficultés de déplacement, créent-elles des situations d'angoisse pour les malades, devant aller se faire soigner sur le continent ,et pour leurs familles? Vous appellent-ils à ce sujet?
Laetitia Cucchi : Oui en effet. Le contexte est difficile et inquiétant pour chacun d’entre nous mais il est encore plus anxiogène pour les malades. En cette période de crise sanitaire tout est plus compliqué pour les personnes qui doivent continuer de partir sur le continent. Nous recevons donc des appels de personnes inquiètes et un peu perdues qui sont en recherche d’informations fiables.
 
  • Certains protocoles de soins ont-ils été décalés?  C'est sans doute une angoisse supplémentaire pour les malades, ressentent-ils le besoin d'être soutenus psychologiquement?
L.C : Oui certains rendez-vous non urgents ont été décalés à des dates ultérieures. Bien sûr cela est perturbant pour les personnes concernées qui auraient préféré poursuivre leurs rendez-vous comme cela était prévu initialement selon un calendrier régulier et rassurant. De plus, du point de vue logistique il faut modifier toutes les réservations et parfois procéder à des annulations, demander des remboursements etc… Les accompagnants des malades ne sont pas admis dans les hôpitaux actuellement, ils sont obligés de laisser la personne malade seule à l’issue des démarches d’admission, cela entraine aussi des angoisses supplémentaires.
 
  • À quelles difficultés nouvelles les malades et leurs proches sont-ils confrontés? Ont-ils peur d'attraper eux-même le Covid-19 pendant leur séjour ou dans les établissements de soin qui doivent les accueillir?
L.C : En plus des risques de contamination, de la limitation des déplacements et des difficultés liées à la perte de revenus, des problématiques supplémentaires se dressent sur le parcours de soin des malades. Les liaisons aériennes et maritimes ont considérablement diminué ces derniers jours, et elles ont même été supprimées en direction de Paris. De plus, la plupart des lieux d’hébergement ont fermé sur le continent de même que la salle de repos l’Aria Serena à l’aéroport de Marseille. Pour ceux qui sont contraints de partir pendant cette crise les questions de logistiques sont encore plus importantes qu’en temps normal.
 
  • La fermeture d'Orly, les restrictions d'autorisation de déplacement par la préfecture, la décision de la Corsica Linea de ne plus prendre de passagers… comment gérez ces nouvelles donnes? 
L.C : L’immense majorité des Corses qui doit partir pour raison médicale se rend à Marseille et à Nice car l’assurance maladie impose la règle du bord à bord : les frais de transports ne sont remboursés que pour aller dans le lieu de soin le plus proche (Marseille ou Nice).

Pour autant la fermeture d’Orly constitue un problème majeur, car dans deux cas de figure des déplacements médicaux sont autorisés vers Paris. D’une part, quand le lieu de soin le plus proche ne dispose pas de la spécialité nécessaire. Le malade n’a alors pas le choix, il doit aller à Paris. D’autre part, si un malade souhaite aller à Paris alors que la spécialité existe à Nice ou à Marseille, l’assurance maladie accepte de lui rembourser la partie de son billet qui est égale au prix d’un transport Corse-Marseille ou Corse-Nice. Le reste du billet étant à la charge du malade.

La fermeture de l’aéroport rend impossibles les déplacements de ceux qui ne peuvent être soignés qu’à Paris et également de ceux qui avaient le choix de commencer leur traitement là-bas en assumant un partie des coûts de transport. Heureusement Air Corsica a été très réactif et a annoncé que des vols vers Paris vont pouvoir être mis en place en partenariat avec Air France vers Roissy avec escale. Il faut toutefois signaler que pour ces vols le tarif résident ne sera pas applicable sur la partie hors-bord à bord (Marseille-Paris ou Nice-Paris).
 
Pour les déplacements maritimes, sur dérogation auprès de la compagnie Corsica Linea et de la préfecture, les malades qui ne peuvent pas prendre l’avion peuvent être autorisés à voyager en bateau. Nous pouvons les accompagner dans ces démarches. Cela est d’autant plus facile que la Corsica Linea est l’un de nos principaux partenaires et que nous avons des habitudes de collaboration très efficaces. Nous avons toujours pu compter sur leur engagement au service des malades.
 
  • Les malades rencontrent-il des problèmes pour en trouver et comment se débrouillent-ils?
L.C : L’hébergement est toujours une problématique importante car cela entraine souvent des coûts très élevés, et également car il y a peu d’hébergements disponibles réservés aux malades.

Du fait de cette crise inédite, de nombreuses structures privées at associatives ont dû fermer leurs portes. C’est notamment le cas pour notre partenaire « Un toit pour mes parents » qui gère neuf appartements près de la Timone à Marseille ainsi que les deux qu’Inseme a pu acquérir en 2017 et 2019. L’offre est donc encore plus réduite.

Les malades qui le peuvent sont hébergés chez des proches qui vivent sur le continent, pour les autres, dont les rendez-vous ou les traitements ne permettent pas un aller-retour dans la journée, c’est vraiment extrêmement compliqué en ce moment.
 
  • Avez-vous signalé ces problèmes aux autorités, à l'agence régionale de santé, à la collectivité de Corse ? Et que vous répondent-ils?
L.C : Oui bien sûr, pendant cette crise sanitaire comme en temps normal, notre rôle est d’être le porte-voix des malades et de faire remonter les difficultés qu’ils rencontrent aux autorités compétentes.

Nous avons donc alerté l’office des transports de la Corse sur le fait que la fermeture d’Orly pour une durée indéterminée, de même que l’absence de tarif résident sur les vols vers Roissy avec escale, pénalisent les malades. La présidente, Vanina Borromei, a été très sensible à cette problématique et s’est engagée à la faire examiner lors du Comité de suivi en charge de la desserte médicale pendant la crise.
 
  • La question des frais supplémentaires engendrés par les complications est-elle un problème pour les malades ? Si l'épidémie et le confinement se prolongent, l'association aura t-elle toujours les moyens d'aider au même niveau qu'aujourd'hui les familles?
L.C : Oui, dans le cas des malades qui ont débuté un traitement à Paris, souvent, car ils ont de la famille là-bas qui peut les héberger gratuitement, c’est un vrai problème. Certains nous ont alerté du fait qu’ils ne pourront pas faire face au surcoût lié à l’absence de tarif résident sur la partie Marseille-Paris ou Nice-Paris.

Cette épidémie aura forcément d’importantes conséquences au niveau économique et ce sera le cas aussi pour Inseme. La plupart des manifestations que nous avions prévues pour récolter des fonds ont dû être annulées ou suspendues. C’est le cas notamment de l’opération « E case Rosse » qui visait à collecter des fonds dans les commerces pour financer les hébergements des familles sur le continent. Bien sûr nous sommes inquiets et aujourd’hui nous ne pouvons pas garantir que nous aurons les moyens de faire face à toutes les demandes qui nous seront adressées cette année.
 
  • Que conseillez-vous aux malades qui doivent continuer leurs protocoles ? Qu'avez-vous envie de dire à ceux qui ont l'habitude de faire appel à l'association et à tous les autres ?
L.C : Comme d’habitude nous respectons scrupuleusement les instructions du corps médical. Les médecins indiquent clairement que les pathologies hors Covid19 doivent être traitées normalement pendant cette période si difficile. C’est très important.

Les malades doivent savoir qu’ils peuvent continuer de faire appel à nous. Nous sommes également disponibles pour les familles dont un proche atteint du Coronavirus a été évacué à Marseille.

Très vite nous avons adapté notre organisation pour pouvoir assurer nos missions à distance. Toute l’équipe est opérationnelle, entièrement mobilisée pour accompagner les malades qui le souhaitent.


 

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