Coronavirus en Corse : prêts garantis par l'Etat, report d'échéances, comment les banques ont géré la crise ?

Chargées de distribuer les prêts garantis par l’Etat (PGE), les banques ont dû faire face à une très intense activité. Dans le cadre de ces PGE, 3.605 aides ont été accordées aux entreprises insulaires pour un total de 521,9 millions d’euros.

Dans le cadre des prêts garantis par l'Etat, 3.605 aides ont été accordées aux entreprises corses pour un total de 521,9 millions d’euros.
Dans le cadre des prêts garantis par l'Etat, 3.605 aides ont été accordées aux entreprises corses pour un total de 521,9 millions d’euros. © Philippe Huguen / AFP
On ne les a pas beaucoup vues ou entendues depuis deux mois, et pourtant elles n’ont pas cessé de travailler, malgré le confinement : les banques. Dès le début de la crise économique du coronavirus, le gouvernement a choisi de les placer au cœur de son dispositif d’accompagnement des entreprises. 

La conséquence, c’est qu’alors que la France entière se calfeutrait dans ses logements, les banques se sont retrouvées à assumer une surcharge considérable de travail. « Au crédit agricole, précise Pierre Torre, le directeur commercial pour la Corse, nous avons pris l’option d’assurer le service. Nos 30 agences de Corse sont restées ouvertes, en privilégiant l’accueil par téléphone et par mail. Il y a eu une vague énorme d’activité pendant trois semaines. Nous avons eu à traiter 1.500 demandes de PGE [prêt garanti par l’Etat] et 3.000 demandes de report d’échéances de prêt ». 

PGE et report d’échéances ont également mobilisé à plein régime les six caisses corses du crédit mutuel. «Dès le 16 mars, nous avons décidé de rester ouvert, rideaux fermés mais en assurant une totale continuité de service », indique le directeur général de la fédération du crédit mutuel méditerranéen, Maurice Zirnhelt.
 

521,9 millions d’euros accordés

Pour la Corse au total, dans le cadre du prêt garanti par l’Etat, 521,9 millions d’euros ont été accordés en 3.605 aides. Les secteurs les plus représentés sont le commerce, la restauration, l’hébergement et la construction. 

Ce PGE est un prêt de trésorerie garanti à hauteur de 90 % par l’État, via la Banque publique d’investissement (BPI). Il est cantonné au maximum à 25 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, et remboursable dans un an. « L’avantage du PGE, explique le président du Medef de Corse, Charles Zuccarelli, c’est que le prêt est déclenché quand vous voulez. C’est un dispositif souple, qui répond à notre besoin de trésorerie ». 
 
Le détail des prêts garantis pas l'Etat accordés en Corse.
Le détail des prêts garantis pas l'Etat accordés en Corse. © Ministère de l'Economie.


Un dispositif lancé le 25 mars, alors que la France était très largement à l’arrêt. « Au tout début, fin mars, les banques ont eu du mal à faire face à l’afflux de demandes, mais c’était simplement le temps de résoudre leurs propres problèmes d’organisation », résume Jean-Charles Sananes, directeur régional de Corse de la Banque de France. 

L’analyse rejoint celle du Medef de Corse. « Il y a eu des lenteurs à l’allumage, note Charles Zuccarelli, président régional. Au début, certaines entreprises se sont inquiétées des documents que leur réclamaient les banques, type budget 2020, ce que, évidemment personne ne pouvait fournir, mais ça s’est arrangé et désormais le dispositif est en place et on peut dire qu’il fonctionne normalement ».
 

Moins de 5 % de refus au plan national

Au niveau national, le taux de refus des PGE est inférieur à 5 % selon la fédération bancaire. Un niveau qui atteste globalement de la bonne volonté des banques, selon Maurice Zirnhelt. « En France, elles ont très largement joué le jeu. Il n’est pas de notre intérêt de ruiner nos clients. Pour les entreprises qui n’étaient pas en difficultés avant l’épidémie, l’aide allait de soi. Pour les autres, il suffit de regarder le très faible niveau taux de refus du crédit mutuel : 3,8 % ». 

Au crédit agricole de la Corse, on affiche un taux de refus encore plus modeste : « Nous sommes à moins de 2 % de dossiers refusés », affirme Pierre Torre. « Les banques sont là pour donner leurs conseils, leurs expertises. Mais aussi pour rappeler aux chefs d’entreprises comme aux particuliers, qu’emprunter, c’est accroître sa dette. Une crise comme celle-ci fait forcément très mal aux entreprises qui n’allaient déjà pas bien avant le confinement. À celles-ci, nous avons apporté une attention toute particulière pour adapter notre réponse avec d’autres dispositifs ».
 

Nouvelles méthodes

Au-delà du surcroit d’activité, la période de confinement a été riche d’enseignements pour les banques et leurs employés. « Ce contexte nous a amené à pratiquer notre métier de façon complètement différente, à distance, grâce à la technologie », souligne Pierre Torre.

Ainsi, dans les agences et caisses désormais rouvertes au public, l’épidémie n’a pas laissé que des masques et des consignes sanitaires strictes. Elle a aussi apporté le télétravail. Reste à savoir s’il sera pérennisé. « Pour les réunions inter-régions par exemple, souligne Maurice Zirnhelt, cela marche très bien et nous allons continuer à l’utiliser massivement. Néanmoins, le télétravail a ses limites, on a bien vu à quel point nous avions tous besoin de contact humain, de conseil et de proximité ».

 
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