Coronavirus : fermeture des écoles, reconnaissance du statut île-montagne... Les mesures préconisées par Gilles Simeoni

Des mesures qui vont au-delà des mesures nationales, pour prendre en compte "la spécificité de la Corse". / © Maïa Graziani
Des mesures qui vont au-delà des mesures nationales, pour prendre en compte "la spécificité de la Corse". / © Maïa Graziani

Le président du Conseil exécutif présentait ce lundi 9 mars un plan de 10 mesures spécifiques et "adaptées aux enjeux et aux besoins de la Corse", visant à stopper, ou tout du moins limiter, la propagation du Covid-19, nouveau coronavirus, sur l'île.

Par Axelle Bouschon

La semaine dernière encore dernière région de France métropolitaine épargnée par le Covid-19, nouveau coronavirus, la Corse est désormais belle et bien touchée avec 38 cas de contamination confirmés, et une situation de "cluster" - ou zone de circulation active du virus - avérée à Ajaccio.

Une croissance rapide des cas qui a incité le préfet de Corse, dimanche 8 mars, a engager de nouvelles mesures dans la ville d'Ajaccio. Parmi ces dernières, la fermeture des établissements scolaires pour une durée de quatorze jours, l'interdiction de rassemblements de plus de 50 personnes, et l'annulation ou huis-clos des manifestations sportives pour la même période.
 

Des mesures "fortes". Mais jugées insuffisantes, en l'état, par le Conseil exécutif de Corse. En cause ? Celles-ci, qui suivent le plan d'action national, ne prendraient pas en compte "la situation particulière de la Corse".
 

Situation "particulière" de la Corse


L'île, appuie ainsi le président du Conseil exécutif Gilles Simeoni, dispose "d'au moins" huit caractéristiques "qui la distinguent, dans son rapport à l'épidémie, d'un territoire continental".

Sont cités, entre autres : son insularité ; sa proximité avec l'Italie, territoire "à fort risque avec lequel elle entretient des flux réguliers" ; ses points d'entrées sur le territoire centralisés (ports et aéroports) ; sa faible densité de population à l'exception de Bastia et d'Ajaccio ; ou encore une population de personnes âgées très largement supérieure à la moyenne (près de 30% de la population corse est âgée de 60 ans ou plus, soit la deuxième région de France pour sa part de séniors, selon une étude Insee).
 
 

Des mesures "adaptées aux enjeux et aux besoins de la Corse"


Dans ce contexte, Gilles Simeoni, et Bianca Fazi, conseillère exécutive en charge de la santé et du social, présentait ce lundi 9 mars un plan de dix mesures spécifiques, "qui s'articulent avec les mesures générales prises au niveau français, mais qui vont au-delà pour apporter une réponse adaptée aux enjeux et aux besoins de la Corse et de sa population."

► En premier lieu : la prise en compte par le gouvernement du statut d'île-montagne de la Corse, qui commande des moyens de lutte contre le coronavirus spécifique.

► Second point proposé : étendre les mesures de prévention adoptées dimanche par le préfet pour la ville d'Ajaccio à toute la Corse, et pour les 14 prochains jours à venir. Si "les derniers résultats de Bastia sont rassurants pour l'instant" - 5 cas ont été confirmés, mais selon la directrice de l'ARS, la situation est contrôlée, et le virus n'est pas en circulation dans la ville, comme c'est le cas à Ajaccio -, "l'exiguïté du territoire de la Corse, la densité des échanges entre les différentes villes, villages et régions de Corse imposent d'ériger tout le territoire de l'ïle en zone cluster."

Le renfort des mesures de contrôles dans les ports et aéroports, points d'entrée dans l'île, ensuite. Le président du Conseil exécutif prend pour exemple Taiwan et la Sardaigne, qui, grâce à des mesures de confinement strictes et "généralisées" ont réussi pour le premier à "endiguer l'épidémie", et le second à "limiter" son nombre de cas confirmés.

"Le Conseil exécutif propose donc que soit mis en place un contrôle des historiques de voyage, contrôle des passagers, et des mesures de confinements systématiques pour les passagers arrivant de zones à risque, ou présentant des symptômes suspects", détaille-t-il.
 

► Quatrième mesure, la réalisation des tests de dépistage - jusqu'alors effectués au centre hospitalier référent la Timone, à Marseille - en Corse. L'augmentation, également, de l'offre actuelle en matière de confinement : la Collectivité de Corse propose de fait la mise à disposition de 5 logements des Padule, à Ajaccio, pour les malades en état de ne pas être hospitalisés, mais qui ne peuvent pas être confinés à leur domicile.

► Renfort nécessaire également, estime le Conseil exécutif, du système de prise en charge sanitaire sur le plan des moyens, de l'équipement, et de l'organisation, dans le public comme dans le privé. 
 

► Sixième mesure : associer pleinement les représentants du secteur médical privé au suivi de l'évolution de la maladie et aux décisions stratégiques, par la création d'une structure les intégrant au processus, par exemple.

► Le déploiement d'un plan spécifique d'action à destination des 75.000 personnes âgées de Corse. Le taux de mortalité du coronavirus étant considérablement plus élevé chez les plus de 80 ans (estimé à 14,8% selon une étude réalisée sur près de 72 000 cas, contre 0,2% jusqu'à 39 ans), une "étroite collaboration avec les EHPAD mais également avec les services d'aide à domicile" est jugée nécessaire.
 

► La participation de la Collectivité au cofinancement des moyens de prévention : gels hydroalcooliques et masques en première ligne. Gilles Simeoni indique ainsi qu'une commande à hauteur de 100.000 €, composée 20.000 masques FFP3, 15.000 masques chirurgicaux et de gels hydroalcoolique a déjà été passée.

Une communication soutenue sur les gestes préventifs ou barrières, au sein des écoles, de l'Université de Corte, mais également dans les entreprises, les collectivités locales, les ports et aéroports... La Collectivité propose en complément d'instaurer un nouveau numéro vert, "sur les questions pratiques soulevées par les mesures de lutte contre l'épidémie".
 

Coronavirus : communication des gestes barrières dans les lieux publics


► Enfin, le Conseil exécutif invite à "anticiper d'ores et déjà les conséquences économiques et sociales de l'épidémie", qui aura "inéluctablement des conséquences sur l'économie insulaire, fortement dépendante du tourisme, des transports, et de l'interaction avec l'extérieur".
 


Réunion avec le préfet de Corse demain, mardi


Un plan que le président du Conseil exécutif a transmis, ce lundi, par courrier au Premier ministre, Edouard Philippe, et au préfet de Corse, Franck Robine. Sans réponse pour l'instant. 

Gilles Simeoni aura cependant l'occasion d'aborder la question demain, mardi 10 mars, dans un entretien prévu dans la matinée avec le préfet.
 

Coronavirus : que faire en cas de symptômes ?

En cas de symptômes suspects, tels qu'une toux, de la fièvre, des difficultés respiratoires ou encore un état grippal, et tout particulièrement après un séjour dans une région confrontée à l'épidémie, les autorités sanitaires indiquent de rester confiné et contacter le 15 plutôt que de se rendre aux urgences par ses propres moyens. Une consigne "primordiale" afin d'éviter "une propagation éventuelle du virus".

Le SAMU, débordé, précise cependant que seules les personnes souffrant de symptômes suspects doivent les contacter. En cas de doutes ou de questions des suites d'un retour de zones touchées par l'épidémie (telles que la Chine, mais aussi la Lombardie ou la Vénétie, par exemple), les insulaires peuvent joindre le numéro vert mis en place par l'Agence régionale de santé (ARS) : 0 800 130 000

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