Karaté : Alexandra Feracci, les Jeux olympiques de Tokyo en ligne de mire

La karatéka ajaccienne Alexandra Feracci sacrée championne de France à Lille, le 7 avril 2019. / © Mathieu Spinosi
La karatéka ajaccienne Alexandra Feracci sacrée championne de France à Lille, le 7 avril 2019. / © Mathieu Spinosi

Une première médaille européenne à Guadalajara fin mars suivie par un nouveau sacre de championne de France de Karaté Kata dimanche à Lille, tout sourit à la Corse Alexandra Feracci. La native d'Ajaccio entame en ce mois d'avril sa croisade vers les Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Rencontre.

Par Justine Saint-Sevin

L'internationale française a confirmé ce week-end son excellente forme. Après sa médaille de bronze décrochée le 30 mars à l'occasion des championnats d'Europe à Guadalajara (Espagne), Alexandra Feracci est devenue une nouvelle fois championne de France de karaté en s'imposant en finale contre sa soeur, Laeticia. A 26 ans, l'ajaccienne aspire au rêve olympique. 
 

Entretien avec Alexandra Feracci (propos recueillis par Justine Saint-Sevin)


Comment te sens-tu ? Tu sors de très belles dernières semaines…
Alexandra Feracci : Psychologiquement tout va très bien. Entre la médaille de bronze aux championnats d’Europe et cette victoire en championnats de France ça redonne vraiment un boost de confiance même si, physiquement, j’ai eu un petit coup de mou d’avoir enchaîné autant de compétitions en peu de temps. Mais la motivation prend le pas là-dessus.

Tu as décroché ta première médaille européenne à Guadalajara (Espagne) fin mars, tu es sur une excellente dynamique. Quelque chose a changé dernièrement, c’est quoi la maturité, la confiance ?
A.F : Enchaîner des bons résultats conforte la confiance et tout devient plus facile, mais c'est dans la continuité. L’an dernier je fais 5e, je ne suis pas à ma place sur le podium. En un an, j’ai progressé, gagné en notoriété en me présentant à beaucoup de compétitions et en faisant des résultats. On compare souvent le karaté au patinage parce qu’il y a une part de subjectivité et que si l’arbitre sait qui tu es ça peut faire la différence. C’est donc un travail de longue haleine avant de remporter des titres et de briller sur les podiums.

 

Le karaté et les Feracci c'est "comme Obélix qui est tombé dans la potion magique".


Revenons sur ton actualité récente et ton sacre de championne de France. Comment on aborde une compétition et surtout une finale contre sa sœur ?
AF : Ce n’est jamais évident. Malgré tout, on reste adversaire donc il y a beaucoup de concentration, mais elle est un peu différente. Avant de monter sur le tatami on s’encourage toutes les deux, on se tape dans les mains. Après on est toutes les deux des compétitrices. J’étais venue récupérer mon titre peu importe l’adversaire (titre que sa sœur Laetitia avait décroché l’an dernier en l’absence d'Alexandra alors en déplacement avec l'équipe de France). Au final, je pense qu’elle préfère tout de même perdre contre sa sœur.

Ce n’est pas commun une fratrie à ce niveau de performance. Votre père est président de la Ligue corse de karaté. Le karaté c’est une affaire familiale chez les Feracci ?
AF : Comme Obélix est tombé dans la potion magique (rires). Mon père (Jean-Michel Feracci) avait le club, ma mère voulait se mettre aux arts martiaux. C'est ainsi qu'ils se sont rencontrés et de fil en aiguille, nous voilà moi et ma soeur. J’ai fait pas mal de sports différents, mais c’est au karaté que j'ai été mordue.
 

Mon père m’a dit "on ne parle pas avec l’ennemie".


Justement pourquoi le karaté et pas un autre sport ?
AF :
Déjà j’ai vite compris que les sports co n’étaient pas pour moi. L’autre évidence était le besoin de gagner. Je me souviens avoir terminé 3e d’une compétition en athlé alors que j’étais surclassée. Mes adversaires faisaient toutes deux têtes de plus que moi et j’avais été malgré tout si frustrée du résultat… C’était fini. J’ai fait de la danse longtemps à côté du karaté. J’aurai eu besoin de m’entraîner plus pour aller plus loin et faire de la compétition, dans le même temps je commençais à avoir des résultats en karaté donc à 14-15 ans il a fallu faire un choix. Le karaté s'est imposé comme une évidence.

Il te vient d’où ce besoin viscéral de gagner, cet esprit de compétition ?
AF :
De mon père je crois, même s’il me l’a sûrement inculqué inconsciemment. Je me souviens petite, lors de l’une de mes premières compétitions, d’attendre tranquillement dans les gradins mon tour. Une adversaire est venue discuter. Plus tard, mon père m’a dit "on ne parle pas avec l’ennemie". Cette phrase m’est restée, j'imagine que ça vient de là. Ceci-dit, depuis quelques années, je force un peu ma nature et je vais de plus en plus échanger avec mes adversaires (rires).

Quels sont tes projets à venir ? J'imagine qu'en étant aussi compétitive on a forcément les yeux tournés vers les JO de Tokyo... 
AF : Complétement. D’ici une dizaine de jours je serai à Rabat pour l’Open international. L’objectif est de passer un maximum de tours pour gagner des points en vue de Tokyo 2020. On entre dans une phase cruciale. Depuis l’an dernier, les points lors des sorties internationales ont commencé à compter à hauteur de 50%, dès ce mois d’avril chaque point compte à 100% dans la course à la qualification. L’objectif est de ne pas avoir à passer par le tournoi de qualification en faisant partie du Top ranking olympique. (Alexandra est actuellement 7e).

L’échéance est d’autant plus importante que c’est peut-être l’unique chance avant très longtemps de voir le karaté comme discipline olympique.
AF : La décision de ne pas reconduire le karaté en 2024 est une grosse désillusion d’autant plus qu’on ne nous laisse pas le temps de faire nos preuves. Mine de rien, ça met une pression supplémentaire pour les jeux de Tokyo. D’une part, ce seront peut-être les seuls auxquels on pourra participer et d’autre part peut-être que si les résultats suivent on pourra faire changer les choses. Cette situation est aussi une source de motivation supplémentaire.

L’année qui suit va être extrêmement chargée. Comment ça se passe l’organisation pour toi avec ton travail ?
AF :
Je suis très chanceuse. La Capa où je travaille au service des finances a accepté d’aménager mon emploi du temps. Je pensais qu’être détachée à 50% suffirait, mais j’ai dû passer à 100%. Ça me gênait évidemment de lâcher mes collègues, mais ils sont compréhensifs, beaucoup d’entre eux me soutiennent. Certains m’ont même dit "si t’es pas qualifiée (pour les JO) tu reviens pas" (rires). C’est un soutien précieux avec celui de mes proches. Un cadeau de pouvoir me consacrer pleinement à cette année.


 

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