Visite de Macron en Corse : "Nous attendons des gestes à la hauteur des enjeux", Gilles Simeoni

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Écrit par Grégoire Bézie
Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, invité du magazine politique Cuntrastu, le 16 septembre 2020.
Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, invité du magazine politique Cuntrastu, le 16 septembre 2020. © FTV

Une semaine après la visite du Président de la République en Corse dans le cadre du Med7, Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse revient sur "un dialogue qui s'est instauré" sans réelles avancées politiques, dans le magazine Cuntrastu. 

Emmanuel Macron était à Ajaccio les 10 et 11 septembre dans le cadre de la tenue du Med7, sommet des pays du sud de l'Union européenne.

Cette visite à 18 mois de l'élection présidentielle sur fond de crise sanitaire, ne pouvait pas se faire sans rencontrer la coalition nationaliste à la tête de la collectivité territoriale depuis décembre 2017.

Une rencontre à deux avec le président du Conseil exécutif de Corse, l'autonomiste Gilles Simeoni, puis à trois avec le président indépendantiste de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni.

Invité du magazine politique Cuntrastu, Gilles Simeoni livre ses premières impressions.
 
  • Le Président de la République a-t-il modifié sa vision de l'île ?
Il est trop tôt pour le dire. Ce qui est certain, c'est que sur la forme son voyage a tranché de façon très forte avec ses venues précédentes dans l'île et particulièrement avec son discours et ses attitudes du 6 et 7 février 2018. Il y avait une volonté d'écoute, de dialogue, de respect, cela a toujours était le cas de notre côté, cela a été manifesté du côté du Président de la République. Sur le fond, nous restons opposés sur l'analyse. J'ai réitéré notre position forte, absolue, que la question corse est une question fondamentalement politique et qu'elle doit se traiter par des réponses politiques, sociales, économiques, culturelles et symboliques. De cela, nous n'avons pas avancé en l'état.
 
  • Le ton a donc changé, mais politiquement il n'y a rien de nouveau ?
Je ne pense pas que les choses puissent radicalement changer au détour d'une visite présidentielle. Il y a un ton nouveau, il y a un dialogue qui s'est instauré et il y aura maintenant le temps des actes dans les semaines et les mois à venir; à 18 mois de la présidentielle, à six mois des territoriales, c'est un calendrier électoral qui risque de primer sur le fond politique, mais je considère par exemple dans le domaine économique et social que l'urgence est telle qu'il est impératif de déconnecter les échéances électorales de la nécessaire mobilisation de moyens exceptionnels.
 
  • Vous faites confiance à Emmanuel Macron ?
La confiance se construit pour l'instant nous sommes au tout premiers pas d'une relation que pour ma part je souhaite apaisée, constructive. J'ai dit au Président de la République, vous connaissez mes convictions. Je reste persuadé qu'il y a un peuple corse, que ce peuple corse a des droits, que le sens de l'histoire c'est que ces droits soient reconnus et que par exemple au plan institutionnel cela se traduise par un statut d'autonomie de plein droit et de plein exercice. Une fois que l'on a dit cela, il faut avancer sur ce que l'on peut concrétiser, les prisonniers politiques par exemple.
 
  • Est-ce que justement vous avez eu des assurances concernant le sort des prisonniers et on pense en particulier au commando Erignac pour le rapprochement ?
Nous ne demandons rien d'autre que l'application du droit. La réponse du Président de la République a été de dire que cette affaire est chargée d'un poids symbolique et politique très fort, on sait que dans la préfectorale et pour la famille du préfet Erignac et c'est bien normal, combien la question est sensible, mais elle ne doit pas empêcher qu'elle soit traitée par application du droit. La levée du statut de DPS qui conditionne ce rapprochement dépend du ministre de la Justice, le Président de la République nous a invités à nous rapprocher de lui pour poser la question.
 
  • Dans la perspective de la présidentielle, vous appelleriez à voter pour Emmanuel Macron comme vous l'avez fait en 2017, dans un deuxième tour semblable ?
Je ne regrette pas d'avoir appelé à voter pour Emmanuel Macron en 2017. J'avais expliqué pourquoi je le faisais. Je pense selon toute hypothèse que je le referais, mais sans doute en exprimant beaucoup plus fort un certain nombre de réserves et de désaccords. Ce que je dis aujourd'hui, c'est que l'important n'est pas de se positionner pour lui par rapport à une échéance territoriale ou pour nous par rapport et une échéance présidentielle. Ce que nous attendons de la part d'un Président de la République en exercice, des gestes à la hauteur des enjeux dans le domaine économique, social et politique.
  
Un entretien à (re)voir ici en intégralité jeudi 17 septembre : Cuntrastu avec Gilles Simeoni
 

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