Territoriales 2021 en Corse : Jean-Charles Orsucci, l'électron libre

Le maire de Bonifacio compte bien faire entendre sa voix dans une élection où le concert nationaliste est assourdissant, et où la droite est vue comme l'unique prétendante au trône de Gilles Simeoni. 

Jean-Charles Orsucci.
Jean-Charles Orsucci. © Corse terre de progrès

Jean-Charles Orsucci épluche la presse, chaque matin. Toute la presse. Titres régionaux ou nationaux, au café ou entre deux réunions, sur le web. Et la journée se déroule au rythme des flashs radio et des journaux télé. Parce que, quand on fait de la politique, ça fait partie du job. Mais également par goût. Dans une autre vie, le maire de Bonifacio aurait aimé être journaliste.

Mais dans cette vie-là, il est candidat aux territoriales. Et en ce moment, ce n'est pas une sinécure. A longueur d'articles et de reportages, on lui rappelle à quel point ça a été dur de constituer sa liste, et on lui prédit un score pas vraiment conforme à ses ambitions. 

Durcir le ton

Il en faut plus pour le désarçonner. Jean-Chales Orsucci fait de la politique "depuis l'âge de dix ans", et il a eu l'occasion, plus d'une fois, d'apprendre que c'était un chemin pavé d'embûches. "Ancu l'onori sò castighi" dit un vieil adage corse, que la tête de liste de Corse, terre de progrès, a fait sien depuis longtemps.

Il est galvanisé par ces obstacles.

François Orlandi

"Il est particulièrement combatif, plus que jamais", confie François Orlandi, qui a siégé au côté de Jean-Charles Orsucci durant la mandature qui s'achève. Il n'est pas sur la liste cette année, mais il renouvelle tout son soutient à "son ami très proche". "Il voulait s'appuyer sur certains noms qui sont partis sur d'autres listes. Ce n'est un secret pour personne. On lui a mis des bâtons dans les roues, c'est vrai. Mais croyez-moi, il est galvanisé par ces obstacles". 

Jean-Charles Orsucci et François Orlandi, durant la campagne des territoriales de 2017.
Jean-Charles Orsucci et François Orlandi, durant la campagne des territoriales de 2017. © maxnewsworldfour405236

Celui que la plupart des hommes et femmes politiques insulaires décrivent comme "gentil", un qualificatif que l'on devine bienveillant ou persifleur selon qui l'emploie, n'hésite pas à durcir le ton. "Au lieu de me demander toute la journée pourquoi Angèle Bastiani [sur la liste de Gilles Simeoni - NDLR] ou Tony Poli [sur la liste de Jean-Christophe Angelini - NDLR] sont avec d'autres candidats, les journalistes devraient peut-être aller leur poser la question directement..."

11,26 % des voix en 2017

Marie Luccioni, conseillère municipale à Pietrosella est, elle, bien présente sur la liste Corse terre de progrès. Elle lève les yeux au ciel quand on dit Jean-Charles Orsucci affaibli. "Il n'a jamais voulu faire une liste avec des porteurs de voix. Il veut faire une liste rassemblant des compétences. Son but c'est que, une fois aux responsabilités, il ait des gens qui soient capables de gouverner..."

Il est toujours resté fidèle à ses combats.

Séverin Medori

Marie Luccioni est également référente de LREM en Corse. Le parti présidentiel soutient Jean-Charles Orsucci, mais ce qui devrait être un atout est présenté par beaucoup comme une faiblesse. Il est vrai que La République en Marche, en Corse comme dans beaucoup d'autres régions, peine à s'ancrer, et ne pèse pas lourd durant les élections locales.

Jean-Charles Orsucci avec le président Macron à Bonifacio, en septembre 2020.
Jean-Charles Orsucci avec le président Macron à Bonifacio, en septembre 2020. © IAN LANGSDON / POOL/EPA/Newscom/MaxPPP

Mais là encore, Jean-Charles Orsucci, avec raison, estime qu'il est bien trop tôt pour en tirer des conclusions sur les résultats des territoriales. En 2017, il avait réuni 11,26 % des voix au premier tour des territoriales. "Et aux dernières Européennes, Nathalie Loiseau, soutenue par LREM, a réuni près de 13 000 voix en Corse, alors que personne ne la connaissait... Ces voix-là, elles existent !"

Aujourd'hui, avec d'un côté les nationalistes, qui ont laissé derrière eux (mais pour combien de temps ?) les illusions d'union et occupent le terrain avec quatre listes, et de l'autre Laurent Marcangeli, présenté comme l'unique recours face à Gilles Simeoni, il serait difficile d'exister sur l'échiquier politique insulaire, à en croire certains. 

Mais c'est une lecture un peu trop rapide de la situation, si l'on écoute François Orlandi, qui en a vu d'autres, des conclusions hâtives, en politique. "Il y a un espace, celui d'un mouvement progressiste, et Jean-Charles Orsucci est celui qui peut le mieux l'incarner"

"Fidèle à ses combats"

Incarner des idées. Pour ses adversaires, c'est tout le problème de Jean-Charles Orsucci. A droite, avec un sourire en coin, un militant assène : "Orsucci c'est quelle étiquette, cette fois ? Natio ? Socialiste ? Centre ? Macroniste ? Avec un pedigree pareil, tout le monde vote pour vous. Ou personne."

A gauche, certains sont à peine moins sévères, à l'image de la socialiste Emmanuelle de Gentili : "j'ai le plus grand respect pour Jean-Charles, nous partageons encore quelques valeurs en commun, mais son soutien à Macron témoigne du fait que l'on s'éloigne".

En 2010, la première adjointe de Pierre Savelli à Bastia était alors 2ème sur la liste de Paul Giacobbi. Jean-Charles Orsucci, lui, pointait à la 5ème place. 

En 2015, déjà, l'entente était moins cordiale. Emmanuelle de Gentili menait sa propre liste. Tout comme Jean-Charles Orsucci. Tout comme Paul Giacobbi... Les cartes ont été rebattues. Les amis d'hier sont devenus les adversaires d'aujourd'hui. Et inversement...

"Il dit être de gauche mais il soutient un président qui mène une politique qui est tout sauf de gauche. Il dit être autonomiste, mais il soutient un président qui est contre la décentralisation, et se contente de déconcentrer les services de l'Etat pour les mettre entre les mains des préfets..."

Là encore, le reproche fait bondir Marie Luccioni : "il est de bon ton de dire qu'on ne sait pas où le situer, mais il a toujours été centre gauche et girondin ! Il n'a jamais changé son positionnement. Ce sont juste les autres qui ont changé le leur !"

Ce n'est pas lui qui change de positionnement. Ce sont les autres !

Marie Luccioni

Même si certains ont pris leurs distances, autour de Jean-Charles Orsucci, nombre de gens de gauche sont toujours réunis. Parmi eux, Marie-Hélène Padovani, maire de San Martino di Lota, ou Jean-François Paoli et Hélène Salge, représentants du mouvement radical de gauche. Sans oublier Séverin Medori, maire de Linguizetta et recrue de poids pour la liste Corse, terre de progrès. 

"Je le connais depuis plus de 25 ans. On vient du même corpus idéologique, le centre gauche. Et en prenant de l'âge, on n'a pas renoncé à notre idéal, la foi dans le progrès. On s'était fait la promesse de lutter toute notre vie contre les déterminismes, contre les assignations à résidence philosophiques, économiques... Et il est resté fidèle à ces combats."

La conciliation plutôt le sectarisme

Né d'un père nationaliste et d'une mère communiste, Jean-Charles Orsucci a appris très tôt, autour de la table familiale, l'art de la conciliation. Et a retenu une leçon : personne, ni leader ni mouvement politique, ne détient la vérité. C'est de l'échange que naissent les solutions.

Pour François Orlandi, "Jean-Charles Orsucci comprend très vite les problèmes. Il maîtrise très vite les dossiers. Mais il veille à écouter tout le monde. Dans Andà per dumane, le groupe qu'il présidait sur les bancs de l'hémicycle, tout le monde était libre d'exprimer ses opinions. Il est d'une grande hônnêteté intellectuelle. Il n'est pas sectaire, il est pragmatique". 

Même son de cloche à la mairie de Bonifacio, une ville qu'il administre depuis 2008. Roxane Piriottu est cinquième adjointe, en charge du tourisme. La jeune femme a rejoint l'équipe municipale lors des dernières élections, et pour elle, Jean-Charles Orsucci "aime s'entourer de personnes venues d'horizons différents, avec des profils différents. Il encourage la pluralité des opinions. Dans nos tâches, il nous laisse notre libre-arbitre, et avant de statuer, il prend toujours le pouls de l'équipe". 

Cunsulta di i Studienti Corsi

Collaborer plutôt que s'affronter, c'est un peu le leitmotiv de Jean-charles Orsucci. Qui, à la communauté de communes du Sud-Corse, est le vice-président de Jean-Christophe Angelini, l'un de ses adversaires aux territoriales. 

"On travaille ensemble, on prend les décisions de manière collégiale, on ne peut même pas parler de hiérarchie" reconnaît le maire de Porto-Vecchio. Il faut dire que les deux hommes se connaissent depuis longtemps... "Il était mon pion, au lycée, et il était déjà très sympa", s'amuse Jean-Christophe Angelini. 

Jean-Charles Orsucci félicite Jean-Christophe Angelini de sa victoire face à Camille de Rocca-Serra aux cantonales de 2011.
Jean-Charles Orsucci félicite Jean-Christophe Angelini de sa victoire face à Camille de Rocca-Serra aux cantonales de 2011. © PHOTOPQR/NICE MATIN

Par la suite, ils ont milité au sein du syndicat étudiant Cunsulta di i Studienti Corsi, à Corte, où Jean-Charles Orsucci décrochait sa maîtrise de droit. Et depuis, ils se sont soutenus régulièrement, lors des élections locales. "Durant les campagnes à Porto-Vecchio, même quand les temps étaient durs, les soirs de défaite, il a toujours été présent". A tel point, s'amuse, ou feint de s'amuser Jean-Christophe Angelini, "qu'on nous prête déjà des arrangements sottu scala !"

Quand on lui demande quelles sont les qualités de son rival du 20 juin prochain, le refrain est connu : un homme de convictions, bienveillant et très humain...
 

Il est presque trop bonifacien !

Jean-Christophe Angelini

En ce qui concerne les défauts, le leader du PNC hésite. "Ce n'est pas du politiquement correct, mais je ne sais pas, franchement... Ah, si, peut-être... Il est presque trop bonifacien ! Il me dit souvent "mais comment tu fais pour repartir sur les routes, encore ?" Et je lui réponds toujours, "je fais ce que tu devrais être en train de faire !". Il est terriblement attaché à son mandat de maire, profondément. Et parfois il ne prend pas assez part aux débats plus généraux. Mais dites bien que c'est pour le taquiner, hein !". 

En période d'élections territoriales, l'anecdote, effectivement, pourrait être mal interprétée...

 

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