"On a autorisé un DPS radicalisé et Yvan Colonna a se retrouver dans la même pièce. A qui la faute ?"

Alors que les circonstances de l'agression font polémique, nous avons rencontré ceux, surveillants et détenus, qui ont connu le statut de DPS de très près.

Comment Yvan Colonna a-t-il pu être agressé, violemment, par un codétenu, alors qu'il était DPS, ou détenu particulièrement signalé, et que ce statut en fait par définition quelqu'un soumis à une surveillance très accrue ?

C'est la question que se posent la famille et les proches d'Yvan Colonna depuis hier. "Où étaient les gardiens dont le rôle était précisément d'empêcher ce type d'agression ? Pourquoi un islamiste radical s'en est-il pris à lui particulièrement ? L'Etat est juridiquement responsable de la sécurité d'Yvan Colonna. S'il décède l'administration pénitentiaire et l'ensemble de la hiérarchie politique dont elle dépend devra en rendre des comptes à sa famille", font-ils savoir par l'intermédiaire de leur avocat, maître Spinosi. 

Pour essayer de comprendre, il faut revenir sur ce statut, et ce qu'il signifie concrètement pour le quotidien des détenus. 

350 DPS en France

Selon la Chancellerie, "ce statut est donné aux détenus appelant une surveillance particulière en raison de leur niveau de dangerosité élevé ou du risque d'évasion qu'ils présentent, en raison notamment des réseaux qu'ils sont susceptibles de mobiliser". Sont concernés les détenus de la criminalité organisée locale ou interrégionale, nationale ou internationale, les personnes ayant réussi à s'évader auparavant ou ayant initié l'exécution d'une évasion. Et les détenus appartenant à une mouvance terroriste. 

"des agressions se déroulaient très souvent, et les surveillants, qui ne sont pas au milieu des détenus, n'intervenaient que très tard. En général, plusieurs minutes après les faits"

Jean Castela

Ces détenus, au nombre de 350 environ en France, sont répartis dans des maisons centrales et dans des établissements de niveau de sécurité élevé. "La surveillance est accrue, et ils sont sous le coup de mesures spécifiques", explique Eric*, un fonctionnaire de l'administration pénitentiaire. "Mais elle est surtout liée à leurs rapports à l'extérieur. Les collègues surveillent de plus près les appels, les opérations de fouille sont plus minutieuses, les visites, les correspondances sont scrupuleusement contrôlées, et lorsqu'ils sont emmenés à l'hôpital, par exemple, l'escorte est renforcée par rapport aux autres détenus, elle est en niveau 4". 

Jean Castela a passé plus de sept ans en cellule, à la suite l'assassinat du préfet Claude Erignac, avant d'être acquitté en 2006. Il a vu tout cela de près, confirme : "Ce sont des mesures qui sont dures à supporter, mais ce ne sont en rien des mesures d'isolement. C'est un statut de pression sur le prisonnier, mais absolument pas de protection. Aucune mesure de protection personnelle n'est appliquée"

Zones de mélange

Pour essayer d'avoir un éclairage plus précis encore, nous avons rencontré Olivier*, un autre surveillant pénitentiaire, qui a travaillé à la prison d'Arles, où était détenu Yvan Colonna au moment du drame, et s'est occupé plusieurs années des DPS.

Il connaît intimement les lieux, et nous explique que, c'est vrai, les DPS ne sont pas interdits de promenade, ou d'activités. "Les activités sportives sont primordiales pour l'évasion cérébrale, on sait que les détenus ont besoin de voir la lumière du jour. Et il y a des zones où les activités sont communes. C'est le cas de la zone où s'est déroulée l'agression d'Yvan Colonna, je la connais bien". 

Il est peut-être passé sous les radars de surveillance en terme d'agressivité.

Mais, nous précise Olivier *, "les DPS, normalement, sont répartis de façon bien ordonnée. Imaginez que la prison d'Arles, c'est cinq immeubles. On mettrait un grand DPS par immeuble. De manière théorique, ça devrait être comme ça. Mais y a toujours des zones de mélange..."

Là encore, Jean Castela confirme : "Dans les espaces qui sont fréquentés par les détenus, nous ne sommes pas plus surveillés que les autres. Et ce sont, potentiellement, des lieux de grande violence, et d'agression permanente. On est amenés à y fréquenter des personnes au profil très particulier. Moi, à l'époque, dans la cour, tous les jours, je croisais l'islamiste qui avait mis une bombe dans le métro parisien..."

Dans son souvenir, "des agressions se déroulaient très souvent, et les surveillants, qui ne sont pas au milieu des détenus, n'intervenaient que très tard. En général, plusieurs minutes après les faits"

Dans le cas d'Yvan Colonna, selon Laurent Gumbau, procureur de Tarascon, le délai aurait été de "moins de trois minutes après l'alerte"

Radicalisé

Olivier, le surveillant pénitentiaire passé par Arles, précise néanmoins que certains DPS, particulièrement difficiles, peuvent faire l'objet d'un régime à part. Et que là, de toute évidence, ce n'était pas le cas, malgré le lourd CV de Franck Elong Abé.

"L'agresseur a été reconnu, apparemment, comme une personne qui pouvait avoir des activités communes... Il était catalogué comme djihadiste, mais peut-être qu'il était passé sous les radars de surveillance en terme d'agressivité".

A tel point que Franck Elong abé effectuait, d'après les premières informations qui ont filtré, un travail d'auxiliaire d'entretien affecté aux activités sportives, en charge de l'entretien et de l'organisation de la salle de sport de la maison centrale d'Arles.

C'est par ce biais qu'il aurait eu accès à la salle de musculation où se trouvait Yvan Colonna. 

Les DPS sont écartés de ces postes sur recommandation de la Direction de l'administration pénitentiaire.

Observatoire international des prisons

Le problème, rappelle l'Observatoire International des Prisons, c'est que ce les DPS sont normalement "écartés de ces postes sur recommandation de la Direction de l'administration pénitentiaire". De quoi alimenter un peu plus les nombreuses interrogations que soulèvent les circonstances de l'agression...

"Ce que je sais, c'est qu'on a autorisé un DPS radicalisé et Yvan Colonna à se retrouver dans la même pièce. Alors à qui la faute ?", conclut l'ancien surveillant de la prison d'Arles. 

*Les prénoms ont été changés

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