Chiens renifleurs du Covid : un succès à l’étranger, un échec en France

En mars, un projet était lancé par la réputée école vétérinaire d'Alfort afin de former des chiens à détecter la Covid. Une idée qui a séduit à l'étranger, mais qui ne parvient pas à convaincre en France. La Corse était parmi les premières régions à soutenir le projet. Qu'en est-il six mois après ?
La salle où l'odorat des chiens renifleur est formé à détecter la Covid
La salle où l'odorat des chiens renifleur est formé à détecter la Covid © Fanny DELPORTE/MAXPPP
"Le problème, c'est que l'on a affaire à des technocrates de la médecine. Ils n'ont jamais vu un malade ! C'est d'un ridicule sans nom, cette situation..."

L'homme qui tempête, au bout du fil, n'est pas n'importe qui.

Dominique Grandjean est professeur à la très renommée école nationale vétérinaire d’Alfort (Val-de-Marne), colonel de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris en charge des équipes cynotechniques, et conseiller technique de la zone de défense Île-de-France. 

C'est lui qui a eu l'idée de former les chiens à la détection du virus Covid-19, en mars dernier, alors que l'épidémie se répandait sur la planète. 

Et qui est à l'origine du projet Nosaïs. 
Dominique Grandjean, à l'origine de ces essais qui ont désormais dépassé les frontières de la France
Dominique Grandjean, à l'origine de ces essais qui ont désormais dépassé les frontières de la France © DR
Depuis le lancement de l'opération, 15 pays travaillent en étroite collaboration avec son équipe. 

La Belgique, l'Argentine, le Brésil, l'Australie, le Mexique ou les Émirats arabes unis...

"Ce ne sont pas des petits pays... Et j'ai un dossier de presse avec plus de 2.500 articles, de 112 pays différents."

La Corse premier soutien

L'île a été la première à répondre à l'appel de l'école vétérinaire d'Alfort, qui cherchait des relais sur le terrain pour effectuer des essais et des prélèvements. 

Par l'intermédiaire du SDIS 2A, mais également des gendarmes et de l'hôpital d'Ajaccio. 

Une réponse encourageante, mais qui a fait long feu.  "On a suspendu la collaboration en Corse pour plusieurs raisons. D'abord le manque de moyens. Et puis surtout parce que l'Agence Régionale de Santé se refuse à communiquer les résultats des tests PCR sur l'île, comme c'était convenu."

Une situation qui met un coup d'arrêt à toute la démarche. "On ne peut pas les comparer aux nôtres, et voir si les résultats obtenus par les chiens sont les mêmes."

Selon le colonel des sapeurs pompiers de Paris, ce n'est pas tant l'ARS qui y a mis de la mauvaise volonté, que certains médecins qui ont refusé la collaboration. 

"On nous rétorque que ce n'est pas légal de communiquer les PCR. Soit ! Mais on a proposé d'envoyer les nôtres pour qu'ils effectuent les comparaisons de leur côté et ça non plus, ils ne veulent pas. Pourquoi ?"
Les chiens du projet Nosaïs à Alfort
Les chiens du projet Nosaïs à Alfort © Nosaïs
Contactée par nos soins, l'ARS insulaire affirme qu'elle montre le plus grand intérêt "pour ce type d’expérimentation et travaille actuellement avec les équipes du SDIS 2A à l’élaboration d’un nouveau protocole".

Un dernier exemple, peut-être, de la confusion administrative et politique qui règne autour de ce projet...

Dominique Grandjean soupire. "Je ne cherche même plus à comprendre". 

Une idée française adoptée dans le monde entier

Bizarrement, là où ça coince, c'est en France.

Pas de soutien, ni d'aide financière de la part du ministère de la Santé. Et pas de chiens dans les aéroports ou les gares pour détecter les malades.
En Finlande, des chiens dénicheurs sont utilisés dans les aéroports pour détecter la Covid
En Finlande, des chiens dénicheurs sont utilisés dans les aéroports pour détecter la Covid © ANTTI AIMO-KOIVISTO / LEHTIKUVA / AFP
"Au ministère, ils regardent ça de loin, et ils ne donnent pas un centime. Véran, il a un ticket de métro à prendre pour venir jusqu'à Alfort, mais on ne l'a jamais vu. Ça doit coûter trop cher". 

On sent le colonel Grandjean, une sommité dans le domaine cynotechnique reconnu bien au-delà des frontières de la France, pour le moins dépité. 

Depuis des mois, avec sa petite équipe de cinq personnes, il travaille quotidiennement, d'arrache-pied, à former les chiens à la détection du virus sur les malades. 

Véran, il a un ticket de métro à prendre pour venir jusqu'à Alfort, mais on ne l'a jamais vu.

Colonel Dominique Grandjean

Mais, alors que le dépistage dans le pays patine régulièrement, et soulève souvent des questions, personne, du côté des pontes de la Santé, n'a l'air de s'en émouvoir.

"Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise... Récemment, on a appris qu'on allait mettre en place les tests salivaires... 60 % de fiabilité, c'est pas terrible, mais on met en vente quand même. Ça ne m'étonne même plus. Au point où j'en suis, y a plus rien qui me fait bondir". Même si, parfois, la motivation de son équipe en prend un coup."On nous envoie des chiens du Moyen-Orient pour qu'on les forme, les gouvernements paient le transport, sont demandeurs... Et en France, c'est comme si on n'existait pas. Hier encore une collaboratrice m'a dit "on ne va jamais y arriver, c'est pas la peine..." Bien sûr que la situation nous pèse. Mais le lendemain matin, on est encore fidèles au poste."

Soutenus par l'Organisation Mondiale de la Santé

Parce que malgré tout, loin en loin, les soutiens affluent. "Notre ministère de tutelle, l'agriculture, nous soutient. Les Affaires étrangères nous soutiennent. L'Organisation mondiale de la Santé nous soutient. L'OMS !"

Dominique Grandjean ne dissimule pas sa satisfaction en annonçant la nouvelle. 

"Il y a deux jour, on a reçu une validation de leur part. Ils pensent que notre projet est extrêmement valable et vont le soutenir. En quinze jours c'était fait, avec eux. Alors qu'avec la commission interministérielle, à Paris, ca fait six mois qu'ils nous sollicitent, qu'on leur envoie des dossiers, qu'ils nous répondent juste "bien reçu". Et puis plus rien..."

Parce que ces chiens sont merveilleux et que ça marche. Tout ça peut largement contribuer à aider en ces temps de crise...

Publiée par Dominique Grandjean sur Jeudi 8 octobre 2020
Tous les jours, à la radio, dans les journaux, le colonel des sapeurs-pompiers de Paris entend parler de deuxième vague, voit les chiffres augmenter, et les officiels s'agiter dans tous les sens pour convaincre la population que tout est mis en œuvre pour lutter contre l'épidémie. Et il ronge son frein. 

"Au Liban, en Finlande, ils ont mis en place la détection par les chiens. A l'aéroport, avec des brigades mobiles dans les rues. Et nous non. Mais eux, on ne les a pas emmerdés au niveau administratif. Tout le monde travaille main dans la main, là-bas! Pour Dominique Grandjean, c'est un mal très français qui explique la situation.

"Dans ces pays, ils partent du principe que l'on est en situation de crise et qu'il faut adapter son fonctionnement. Et pas en France."

Des rivalités vétérinaires-médecins

Les pesanteurs de l'administration, c'est une chose, mais ce n'est pas tout.

"Pour lutter contre la Covid, il faut tous tirer dans le même sens. Et dans notre pays, les médecins ont décidé que c'était chasse gardée. Ils ont confisqué le sujet. Je suis sûr que si je me retrouvais face à Macron, en deux minutes ce serait réglé. Mais il y a trop de filtres. Trop de barrières". 

Et ces barrières, Dominique Granjean les a expérimentées en Corse. 
 
Le ponte en cynotechnique raccroche et retourne au laboratoire retrouver son équipe. En se disant que, lui, au moins, il aura faut tout ce qui était en son pouvoir...
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