Conca : après un conseil municipal houleux, le budget passe sous la responsabilité du préfet

Un conseil municipal du village de Conca (Corse-du-Sud) a pris une tournure inattendue, ce mercredi 28 avril. Le budget primitif a été rejeté, tout comme le compte administratif et le compte de gestion du précepteur. Le budget de la commune passe ainsi sous la responsabilité du Préfet.

ILLUSTRATION - Vue du village de Conca (Corse du Sud) depuis le GR20.
ILLUSTRATION - Vue du village de Conca (Corse du Sud) depuis le GR20. © Florent Villard / Wikimedia

"C'était inattendu", soupire François Mosconi. Le maire du village de Conca, en Haute-Corse, a vu son budget primitif être rejeté lors du dernier conseil municipal, qui a eu lieu ce mercredi 28 avril.

Le compte de gestion du précepteur et le compte administratif ont également été refusés. Fait assez rare pour être souligné : c'est une partie de la majorité municipale qui a décidé de s'opposer au budget présenté.

L'examen du budget a donc été confié au préfet. Dans l'attente de sa décision, le pouvoir budgétaire de la commune est suspendu. Plus aucun investissement ne peut être réalisé. Seules les affaires courantes et le paiement des salaires sont maintenus.

"Personne ne peut contester ma place"

Pour l'édile, François Mosconi, il s'agit d'un coup de massue : "C'est la première fois que ça m'arrive en 44 ans aux affaires de la commune."

"Ils ont entraîné deux ou trois personnes dans leur vote et le budget a été refusé", précise-t-il. En tout, 3 adjoints lui ont fait faux bond et quatre élus de la majorité ont également voté contre le budget.

"Ils n'ont même pas fait de contre-proposition, je ne sais donc pas pourquoi ils ont voté contre. J'ai eu l'impression que c'était personnel, que l'on voulait m'évincer. Mais personne ne peut contester ma place", répond-il.

Dans la foulée du conseil municipal, le maire a décidé de retirer les délégations aux adjoints : "Ils ne s'en sont jamais servi de toute façon. Que je leur laisse ou que je leur retire, il n'y aura rien de nouveau sous le soleil de Conca", lâche-t-il.

Des anomalies et des soucis de transparence

François Bartoli fait partie de ceux qui n'ont plus de délégation après voté contre le budget. Pour le premier adjoint au maire, il n'y a rien de personnel : "Ce n'est pas du tout une guerre de pouvoir. On n'est pas là pour prendre la place du maire. C'est important de le dire"

Nous ne sommes pas de simples moutons qui suivent sans jamais chercher à comprendre.

François Bartoli, premier adjoint au maire de Conca.

"Notre choix s'est fait par un souci de transparence. Je suis adjoint et je n'ai pas eu accès à l'élaboration des dossiers présentés. On a relevé des anomalies, on voulait des détails, des réponses à nos questions. Mais nous n'avons pas eu aucune réponse", justifie-t-il.

François Bartoli et quelques adjoints s'étaient laissé un an après les dernières élections municipales pour émettre ses premiers avis : "Le résultat de cette année est amer. On n'a pas eu l'accompagnement nécessaire. Nous ne sommes pas de simples moutons qui suivent sans jamais chercher à comprendre."

Pour lui, il est temps de sortir "d'une totale opacité" et d'une "hémorragie". Il regrette un "énorme manque de collégialité" et espère, à l'avenir, des conditions de travail plus sérieuses : "Un adjoint à l'urbanisme n'a même pas eu accès aux identifiants de la boîte mail du service urbanisme de la mairie... Ça illustre ce qui se passe."

Querelle interne ou déficit réel ?

Elu d'opposition, Guy Profizi a été témoin du malaise au sein du conseil municipal. Avec son groupe "A Vodda di Fà", il avait déjà prévu de voter contre le budget primitif : "Seulement 5 % des investissements prévisionnels votés lors du dernier budget ont été réalisés. Les prévisions de ce budget primitif sont les mêmes que l'an dernier. C'est comme si on nous demandait de voter dans le vide", regrette-t-il.

"Nous avons aussi voté contre, car, cette année, on va devoir résorber un déficit réel qui approche les 250 000 euros", poursuit-il.

La commune de Conca avait déjà fait l'objet, en 2019, d'une saisine de la Chambre régionale des comptes (CRC). Une décision de la préfecture motivée "par le défaut d’équilibre réel du budget primitif".

La CRC avait alors recommandé à la commune "de procéder à une augmentation de la fiscalité afin de dégager une recette supplémentaire de 291 510 € (soit une augmentation moyenne de 52 %)."

Des conséquences pour les villageois

Guy Profizi s'était présenté face à François Mosconi aux dernières élections municipales, avant de perdre au second tour. Les finances de la ville étaient déjà un enjeu du scrutin.

Depuis sa défaite, il siège au conseil avec deux autres adjoints : "On a été surpris de cette situation. On ne s'attendait pas à voir la majorité se déchirer. L'ambiance qui régnait pendant ce conseil municipal était particulière."

"Mais le budget n'était peut-être pas la raison de ce vote de la part des élus de la majorité", continue-t-il. Pour l'élu d'opposition, il n'est pas impossible que des tensions internes soient la raison de ce déchirement.

Toutefois, Guy Profizi et François Mosconi s'accordent sur un point. Tous deux évoquent une situation regrettable pour les administrés : "La réponse du préfet peut arriver dans un mois. Pendant ce temps-là, ce sont les villageois qui vont en supporter les conséquences", regrette le maire.

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