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Le 16 octobre 2012, à 9h du matin, Antoine Sollacaro, ancien bâtonnier du barreau d’Ajaccio, est assassiné. L'homicide va provoquer une onde de choc dans la société insulaire. Huit ans et de multiples rebondissements judiciaires plus tard, l’enquête touche à son terme. Mais une question demeure : le crime sera-t-il un jour renvoyé devant une cour d’assises ? 

En exclusivité, la rédaction de France 3 Corse Viastella a pu consulter le dossier d’instruction consacré à cette affaire. Et vous invite à une plongée au cœur de cette investigation, à travers un récit chronologique en cinq épisodes.

Confrontations

Un peu plus d'un an et demi après l'assassinat de l'ancien bâtonnier d'Ajaccio, l'enquête a bien avancé : quatre hommes suspectés d'être des membres de la bande criminelle dite du "petit bar" ont été mis examen pour avoir participé à la préparation et à l'homicide de l'avocat ajaccien. Les suspects, toutefois, clament leur innocence et réclament des confrontations avec les témoins qui les mettent en cause. 

Ces actes déterminants pour l'enquête vont être organisés par le juge d'instruction au cours des mois d'avril, mai et juin 2014.

Objectif : interroger une nouvelle fois le concessionnaire, le mécanicien et le garagiste sur les propos incriminants qu'ils ont tenus en garde à vue et devant le juge, et qui mettent lourdement en cause Pascal Porri, André Bacchiolelli et Mickaël Ettori. Le tout, en présence des suspects qui nient leur implication. 

Au cours de ces face à face, organisés en visioconférences, les témoins changent de version et reviennent intégralement sur leurs précédentes déclarations.

Je n'ai subi aucune pression. Personne ne m'a approché. Personne ne m'a parlé de cette affaire.

- Le mécanicien, face au juge

En confrontation, le concessionnaire, le garagiste et le mécanicien dédouanent totalement les trois membres présumés du "Petit Bar". Pour justifier ce retournement de veste, les témoins expliquent qu'en garde à vue, les policiers ont influencé leurs réponses ou les auraient poussés à donner une version erronée des faits.

En réalité, ils n'ont jamais vu ni Pascal Porri, ni Mickaël Ettori, ni André Bacchiolelli s'intéresser à la fameuse moto volée qui a servi aux assassins d'Antoine Sollacaro.

Les trois témoins jurent en outre et comme un seul homme, qu'aucun membre présumé du Petit Bar ne leur a "mis la pression". "André Bacchiolelli ne me met pas la pression, ni les autres. C'est moi et l'image que j'ai d'eux, le contexte... Je me mets la pression moi-même", assure ainsi le concessionnaire face au juge, le matin du 4 avril 2014.

"Je n'ai subi aucune pression. Personne ne m'a approché. Personne ne m'a parlé de cette affaire. La pression, je l'ai plus eu en garde à vue que par la suite finalement" tranche de son côté le même jour le mécanicien, un peu plus tard dans la matinée.

Le garagiste indique, dans une audition organisée le 28 mai 2014, que "lors de [sa] garde à vue, on [lui] a donné pas mal de renseignements pour savoir qui était [Mickaël Ettori]. Mais [l'a] jamais rencontré". Et d'ajouter : "Je n'ai jamais discuté avec lui. Je n'avais pas plus de renseignements sur ce monsieur. Je n'avais aucune raison de me renseigner sur ce monsieur."
Entrée de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. / © MaxPPP
Entrée de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. / © MaxPPP

Annulation des mises en examen

Avec les confrontations, la défense marque des points. D'autant qu'André Bacchiolelli, Pascal Porri et Mickaël Ettori clament leur innocence depuis le premier jour.

Ils n’ont, disent-ils, rien à voir ni de près ni de loin, avec l’assassinat d’Antoine Sollacaro et n’ont jamais approché la fameuse moto qui a servi aux tueurs.

Après les rétractations en série du garagiste, du mécanicien et du concessionnaire, l’accusation a du plomb dans l’aile. Les avocats des trois suspects réclament que leurs clients soient blanchis et se tournent vers la chambre de l’instruction d’Aix-en-Provence, section de la cour d’appel compétente pour statuer sur les enquêtes en cours.

La décision des magistrats va provoquer un revirement total de la situation.

Fait relativement rare dans les affaires de cette ampleur, la juridiction ordonne le 2 juillet 2014 d’annuler les mises en examen criminelles dans le dossier. Pour la défense, cette décision est considérée comme une grande victoire : elle y voit le signe que la "vacuité du dossier" a enfin  été reconnue.

Mais du côté des magistrats de la juridiction inter-régionale spécialisée de Marseille et les hommes de la police judiciaire, qui enquêtent depuis de longs mois sur l’affaire, elle est vécue comme un véritable camouflet.
Affaire Sollacaro: des mises en examen annulées (2014)
L’annulation concerne cependant uniquement le volet criminel de l’affaire.

Mickaël Ettori et André Bacchiolelli restent mis en examen pour association de malfaiteurs en vue d’assassiner Antoine Sollacaro, mais bénéficient tout de même d’une libération. Pascal Porri, lui, est blanchi concernant l’association de malfaiteurs, mais reste poursuivi pour recel de véhicule volé.

Procédures jointes

5 novembre 2014  : Après plus de deux ans d'enquête, la justice prend une décision plutôt inhabituelle, en décidant de faire une jonction entre les deux procédures judiciaires dites Sollacaro et Cervoni.

À partir de ce jour, les dossiers fusionnent et deviennent une seule et même affaire. Pour les magistrats en charge des investigations, ce choix est totalement justifié : les deux crimes ont été commis avec un mode opératoire similaire, la moto utilisée par les tueurs est semblable - voire unique -, les victimes sont considérées comme des proches d’Alain Orsoni, et les suspects font partie du même environnement, celui du "Petit Bar".

La décision ne fait cependant pas l’unanimité. En défense, on grogne sotto voce que la jonction est une stratégie accusatoire grotesque dont le seul objectif est de tenter de sauver le dossier Sollacaro, trop faible pour être soutenu devant une cour d'assises. 

Dans le dossier Cervoni, désormais lié à la procédure Sollacaro, les enquêteurs ont également réalisé un important travail sur le réseau de téléphonie occulte supposément utilisé par les malfaiteurs.

Ce qui leur a notamment permis d'identifier deux lignes prépayées : activées le 30 août 2012, soit la veille de la tentative d’assassinat de Charles Cervoni, elles ont communiqué en vase clos et ont cessé de fonctionner dès le lendemain. "L’une de ces lignes sera rechargée au moyen d’un «voucher» acheté au même moment et au même endroit qu’une série de «vouchers» ayant servi à activer un téléphone occulte attribué à Jacques Santoni", note le juge d’instruction.
ILLUSTRATION / Patrick Giovannoni est admis au programme de protection des collaborateurs de justice. II est la première personne en France à bénéficier de ce statut . / © FTV
ILLUSTRATION / Patrick Giovannoni est admis au programme de protection des collaborateurs de justice. II est la première personne en France à bénéficier de ce statut . / © FTV

L'affaire Nivaggioni

Au début de l’année 2015, en dépit d’un travail d’enquête considérable sur la téléphonie, l’enquête est fragilisée : les témoins désignant les membres présumés du "Petit Bar" se sont rétractés, la chambre de l’instruction a considéré que l’accusation était trop faiblement étayée pour maintenir les mises en examen criminelles, et les suspects ont été libérés de prison.

C’est alors qu’un événement exceptionnel va se produire. Un individu, considéré comme un proche de la bande présumée du "Petit Bar" - tendance homme à tout faire -, va prendre la décision de se mettre à table et de dire à la police tout ce qu’il sait. Son nom est Patrick Giovannoni.

Il va devenir le premier repenti de l’histoire judiciaire de France.
Le repenti bénéficie d'un statut qui implique un changement de nom, d'adresse et une surveillance constante. (Croquis réalisé en 2018, lors du procès devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence pour l'assassinat d'Antoine Nivaggioni en 2010) / © FTV
Le repenti bénéficie d'un statut qui implique un changement de nom, d'adresse et une surveillance constante. (Croquis réalisé en 2018, lors du procès devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence pour l'assassinat d'Antoine Nivaggioni en 2010) / © FTV
Patrick Giovannoni est admis au programme de protection des collaborateurs de justice. II est la première personne en France à bénéficier de ce statut qui implique un changement de nom, d’adresse et une surveillance constante.

Âgé de 46 ans en 2015, employé comme agent de sécurité à Ajaccio, il avait été interpellé en 2014 dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat d’Antoine Nivaggioni, ancien directeur de la société de sécurité SMS et proche d’Alain Orsoni tombé dans un guet apens le 18 octobre 2010.

Patrick Giovannoni se présente aux policiers comme un "ami" de Jacques Santoni et d’autres membres présumé du "Petit Bar", établissement qui a donné son nom au gang criminel et dans lequel lui-même officiait, à l'occasion, en donnant un coup de main au comptoir.
L'adresse où se trouvait par le passé la brasserie "Le Petit Bar"

Patrick Giovannoni explique avoir rendu durant cette période quelques menus services à ses copains. L’un de ces "coups de main" va le précipiter en garde à vue : c’est lui, en effet, qui a loué et garé une "voiture ventouse" devant l’immeuble où Antoine Nivaggioni sera assassiné.

Pour éviter d’assumer l’entière responsabilité du crime, Patrick Giovannoni va choisir de collaborer avec la justice, en dénonçant ses anciens amis.

Ses déclarations vont être exploitées dans plusieurs procédures et vont permettre des avancées judiciaires. En 2019, deux personnes réputées proches du "petit bar" seront condamnées pour avoir participé à l'assassinat d'Antoine Nivaggioni :  Eric Coppolani écope de 25 ans de réclusion criminelle,  Antoine Mondoloni de 10 ans de prison. Jacques Santoni, renvoyé pour avoir commandité l'assassinat, ne s'est pas présenté devant la cour d'assises pour raisons médicales. Son cas a été disjoint et pour l'heure, aucune date de procès n'a été fixée. 

Pour voir le sujet consacré au jugement en appel de l'assassinat d’Antoine Nivaggioni (29 juin 2019)
Assassinat d’Antoine Nivaggioni : Coppolani condamné à 25 ans de prison, Mondoloni à 10 ans (2019)
Intervenants - Me Jean-Sébastien de Casalta, Avocat d'Eric Coppolani ; Me Jean-Félix Luciani, Avocat des parties civiles ; Me Caroline Perez-Canaletti, Avocate d'Antoine Mondoloni
Les pièces présentées lors du procès en appel de deux membres de l'équipe du "Petit Bar" en 2019, accusés de l'assassinat d'Antoine Nivaggioni, le 18 octobre 2010 à Ajaccio. / © Serge MERCIER / MaxPPP
Les pièces présentées lors du procès en appel de deux membres de l'équipe du "Petit Bar" en 2019, accusés de l'assassinat d'Antoine Nivaggioni, le 18 octobre 2010 à Ajaccio. / © Serge MERCIER / MaxPPP

Les révélations du repenti

Le 9 mars 2015, Patrick Giovannoni est entendu, à sa demande, en tant que témoin par le juge d’instruction charge du dossier Sollacaro-Cervoni.

Il fait au magistrat un certain nombre de révélations. Elles concernent des confidences qui lui ont, dit-il, été faites par ses anciens amis. Selon lui, Jacques Santoni a commandité plusieurs assassinats, dont celui d’Antoine Sollacaro.

 "Après le meurtre d'Antoine Nivaggioni, Jacques Santoni m'avait dit qu'il voulait taper quatre fois. Il m'en a parlé plusieurs fois, cela a mis du temps à se faire. […] Il y a eu le meurtre de l'avocat Sollacaro. Je suis descendu quinze jours avant le meurtre chez Jacques pour boire un coup. Et là il m'a dit on va taper. Il ne m'a pas dit qui était la cible", raconte le repenti.

Je suis descendu voir Jacques [Santoni]. Je lui demande si c'est eux. Il me répond oui. Je lui ai dit qu'ils allaient trop loin, que c'était un avocat, qu'ils allaient avoir toute la police à dos. Il m'a dit qu'il savait les risques qu'il prenait.

- Patrick Giovannoni, au sujet de l'assassinat d'Antoine Sollacaro

"La semaine d'après, poursuit Patrick Giovannoni, je suis redescendu. Il ne s'était encore rien passé. Il m'a dit qu'on ne fait rien car la personne n'est pas là. Et il m'a dit qu'il allait taper." Des propos que Jacques Santoni lui aurait tenu quelques jours avant l'assassinat d'Antoine Sollacaro.
Après le crime, le futur repenti dit "descendre" voir Jacques Santoni et lui demander si la bande du "Petit Bar" est responsable de l'assassinat.

"Il me répond oui. Je lui ai dit qu'ils allaient trop loin, que c'était un avocat, qu'ils allaient avoir toute la police à dos. Il m'a dit qu'il savait les risques qu'il prenait", détaille le repenti.

Le juge le questionne ensuite sur les personnes qui composait le commando qui a attaqué le bâtonnier Sollacaro. Patrick Giovannoni assure ne pas savoir qui était l'équipe opérationnelle.

[Jacques Santoni] m'a dit qu'il voulait faire disparaître [la moto] au fond d'un ravin, mais qu'elle n'était pas tombée comme il l'aurait voulu.

- Patrick Giovannoni

Le repenti raconte s'être rendu auprès du chef présumé du "Petit Bar", inquiet. "Je lui ai reparlé de cette affaire [à Jacques Santoni ; ndlr] concernant Me Sollacaro quand la moto a été découverte. J'ai vu ça dans les journaux, c'était pas mal de temps après. En 2009, j'avais changé une batterie sur une moto du même genre, une BMW. Je lui ai dit que je ne voulais pas qu'on retrouve mon ADN dessus car je ne voulais pas être impliqué dans l'affaire. Jacques Santoni m'a dit de ne pas m'inquiéter, en souriant."

"Il m'a dit qu'il voulait la faire disparaître au fond d'un ravin mais qu'elle n'était pas tombée comme il l'aurait voulu.
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La moto qui a servi aux assassins de l'ancien bâtonnier Sollacaro, truvée en contrebas d'un ravin, sur la route de Cognocoli-Montichi. / © Document France 3 Corse
La moto qui a servi aux assassins de l'ancien bâtonnier Sollacaro, truvée en contrebas d'un ravin, sur la route de Cognocoli-Montichi. / © Document France 3 Corse
Le repenti donne également au juge des détails sur la tentative d’assassinat perpétrée à l’encontre de Charles Cervoni.

Selon lui, c’est André Bacchiolelli qui aurait tiré sur la victime. Jacques Santoni, toujours selon le repenti, aurait évidemment été informé du crime : "J'ai appris par les journaux qu'il y avait une tentative contre Charles Cervoni. J'ai entendu dire que c'était le "Petit Bar". Je suis allé voir Jacques Santoni quatre cinq jours après. Et il m'a dit qu'ils l'ont loupé. Il ne savait pas s'il était blessé, s'il allait s'en sortir, s'il était paralysé."

"Après il y a eu un repas chez André Bacchiolelli. J'y étais avec Jacques P, Philippe P, Jacques Santoni, la femme d'André et André Bacchiolelli. On discutait en mangeant et buvant." Patrick Giovannoni raconte être sorti fumer une cigarette sur la terrasse, avant d'être rejoint par André Bacchiolelli.

Il m'a dit que Charles Cervoni était paralysé. Je lui ai dit alors ils l'ont raté. Il m'a dit oui ils l'ont raté, mais c'est pas grave il est paralysé.

- Patrick Giovannoni, au sujet de la tentative d'assassinat sur Charles Cervoni

"Je lui ai parlé de ce qui était arrivé à Charles Cervoni. Il m'a dit qu'il l'avait raté. Il m'a dit que c'était lui qui avait tiré. Je lui ai demandé pourquoi il l'avait raté. Il m'a dit qu'ils sont arrivés en moto, et que le conducteur s'est approché trop près et qu'il n'a pas pu vider le chargeur. Il m'a dit qu'ensuite il a jeté l'arme qu'il avait utilisé dans un véhicule qu'il avait brûlé. Il m'a dit que c'est eux qui ont mis le feu après avoir cassé la vitre et jeté l'arme dans la voiture."

Le juge d'instruction lui demande si Jacques Santoni a abordé une autre fois l'affaire Charles Cervoni. "Je suis repassé quelques jours plus tard, affirme le repenti. Je lui en ai reparlé et il m'a dit que Charles Cervoni était paralysé. Je lui ai dit alors ils l'ont raté. Il m'a dit oui ils l'ont raté, mais c'est pas grave il est paralysé."

Le Petit Bar dans le viseur

Les déclarations du repenti font l'effet d'une bombe dans le dossier. Pour l’accusation, la parole de cette ancienne petite main de la bande criminelle présumée du "Petit Bar" pèse très lourd.

Ses mises en cause vont toutefois faire l’objet de vérifications et, selon le magistrat instructeur, "le travail d’investigation [va permettre de corroborer la véracité de ses déclarations, particulièrement précises et abondantes s’agissant de la tentative commise au préjudice de Charles Cervoni".

Deux "détails" sont particulièrement parlants. Selon la version de Patrick Giovannoni, le tireur à moto (André Bacchiolelli)  n’aurait pas réussi à tuer Charles Cervoni pour deux raisons : son deux-roues était positionné trop près du véhicule de la victime, et il n’aurait eu le temps de vider le chargeur de son arme.

Des éléments corroborés par les constatations matérielles effectuées pendant l’enquête.
Reconstitution de la tentative d'assassinat sur Charles Cervoni organisée par les services de la police judiciaire, le 18 janvier 2013. / © FTV
Reconstitution de la tentative d'assassinat sur Charles Cervoni organisée par les services de la police judiciaire, le 18 janvier 2013. / © FTV
Le 13 mars 2015, André Bacchiolelli est convoqué par le juge d'instruction. Il est mis en examen pour tentative de meurtre en bande-organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime sur Charles Cervoni, et pour le meurtre en bande organisée d’Antoine Sollacaro.

Interrogé par le magistrat instructeur, le suspect nie plus que jamais son implication dans les faits qui lui sont reprochés. Il explique être victime d’un "travail" policier, d’une manipulation judiciaire et n’accorde aucune crédibilité aux déclarations du repenti.

Lequel est relégué au rang de sous-fifre "qui portait les bouteilles d’eau pour Jacques Santoni". "Je ne vois pas comment moi qui ne le fréquentais pas et qui suis considéré comme appartenant au grand banditisme, j’irais me confier à une personne chez moi devant ma femme et mes enfants", insiste André Bacchiolelli auprès du juge d’instruction.  

Audition et mise en examen de Jacques Santoni

Incarcéré à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat d’Antoine Nivaggioni, Jacques Santoni est auditionné le 9 juin 2015 par le magistrat instructeur.
Mis en examen pour tentative de meurtre en bande organisée sur Charles Cervoni et meurtre en bande organisée sur Antoine Sollacaro, Jacques Santoni refuse de s’expliquer sur le fond du dossier.

Au juge souhaitant l’interroger, le mis en cause répond : "Je ne vous donnerai aucune explication. Vous avez essayé de me faire assassiner en me faisant porter le chapeau dans des tas de dossiers, en manipulant un malheureux pour fabriquer un repenti, ancien pompiste reconverti en curé, auprès de qui je me serais confessé, chose qui est totalement fausse."

Je n’ai rien à voir avec tout ce que vous me reprochez, ni de près ni de loin.

- Jacques Santoni, au juge d'instruction

"Quand la justice retrouvera son indépendance, que vous cesserez d’être téléguidé et que ce règlement de compte judiciaire à mon encontre prendra fin, et si je suis encore vivant, alors peut-être que je m’expliquerai. En attendant, au lieu de vous en prendre aux infirmes et de pousser les gens dans des cercueils, attaquez-vous aux pédophiles."  

En juillet 2015, soit un mois après cet entretien, Jacques Santoni est libéré de l'établissement pénitentiaire de Fresnes pour motif médical, son handicap étant jugé incompatible avec la détention.

Confrontations entre André Bacchiolelli et le repenti

Le 30 septembre 2015, Patrick Giovannoni révèle avoir fourni le fusil d'assaut utilisé lors de la tentative d'assassinat de Charles Cervoni, et est mis en examen dans le dossier.

L’ancienne petite main de la bande criminelle présumée explique au juge qu’il avait alors l’habitude de garder les armes pour le compte du "Petit Bar". Et précise qu'un mois et demi avant la tentative d’assassinat de Charles Cervoni, il aurait remis un fusil Kalachnikov et un chargeur et 30 munitions à Jacques Santoni.

"J’utilisais des gants à chaque fois. Je demandais à Jacques de les nettoyer pour ne pas qu’on retrouve mes empreintes", ajoute le repenti.
Les impacts sur le véhicule de Charles Cervoni, après l'attaque dont il est victime, le 1er septembre 2012. / © Document France 3 Corse
Les impacts sur le véhicule de Charles Cervoni, après l'attaque dont il est victime, le 1er septembre 2012. / © Document France 3 Corse
Une confrontation en visioconférence est organisée le 14 octobre 2015 entre Patrick Giovannoni et André Bacchiolelli. Le repenti maintient ses déclarations. André Bacchiolelli continue, lui, de nier les faits qui lui sont reprochés. 

Le 19 novembre 2015, Jacques Santoni est interrogé sur le fond du dossier et nie une nouvelle fois les faits. Selon lui, les déclarations de Patrick Giovannoni relèvent du pur fantasme, et sont destinées à "colmater le dossier, car au départ c’était du fantasme, et ensuite on va fabriquer ce prêtre pour que cela tienne".

Il s'agit de la dernière fois le leader présumé de la bande du "Petit Bar" se présentera en personne devant le magistrat instructeur. À partir de ce jour, il ne se rendra à aucune autre convocation, pour raison médicale. 

Retrouvez vendredi 16 octobre la suite de l'enquête avec le cinquième et dernier épisode : Les manquements de la procédure judiciaire.