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Le 16 octobre 2012, à 9h du matin, Antoine Sollacaro, ancien bâtonnier du barreau d’Ajaccio, est assassiné. L'homicide va provoquer une onde de choc dans la société insulaire. Huit ans et de multiples rebondissements judiciaires plus tard, l’enquête touche à son terme. Mais une question demeure : le crime sera-t-il un jour renvoyé devant une cour d’assises ? 

En exclusivité, la rédaction de France 3 Corse Viastella a pu consulter le dossier d’instruction consacré à cette affaire. Et vous invite à une plongée au cœur de cette investigation, à travers un récit chronologique en cinq épisodes.

La bande du "Petit Bar"

Fin mars 2013, à l’issue des gardes-à-vue du concessionnaire, du mécanicien et du garagiste, les policiers décident qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure.

Une opération est donc organisée en vue d’interpeller trois suspects, membres supposés du Petit Bar : Pascal Porri, Mickaël Ettori et André Bacchiolelli. 

Pour appréhender les deux premiers hommes, le 30 mars 2013, les policiers de l’office central de lutte contre le crime organisé mettent en place deux dispositifs de surveillance dans le 16e arrondissement de Paris.

Le premier est installé à proximité du domicile de Pascal Porri, qui vit dans la capitale française à cette époque. Le second, autour de la résidence principale de Me Pascal Garbarini, alors avocat des deux hommes. Pour les policiers, les cibles sont en effet susceptibles d’être hébergées par leur conseil.

Et les surveillances vont payer : à 11h, Pascal Porri et son épouse sont interpellés dans une cabine téléphonique, à proximité du domicile de Pascal Garbarini. Un peu plus tard, à 11h45, Mickaël Ettori, qui se trouve dans l’appartement de son avocat, est à son tour arrêté.

Me Pascal Garbarini, qui n’est pas présent, est informé par téléphone de l’opération policière. Il lui est également signifié qu’une perquisition de son domicile va être effectuée.
 
La brasserie "Le Petit Bar", à Ajaccio, le 8 avril 2013. / © AFP
La brasserie "Le Petit Bar", à Ajaccio, le 8 avril 2013. / © AFP

L'audition de Mickaël Ettori

Né le 28 avril 1973 à Ajaccio, Mickaël Ettori est très défavorablement connu des services de police. À 40 ans, celui-ci a déjà été condamné pour trafic international de stupéfiants, association de malfaiteurs et extorsion.
Mickaël Ettori est interpellé le 30 mars 2013 par la police. / © Document France 3 Corse
Mickaël Ettori est interpellé le 30 mars 2013 par la police. / © Document France 3 Corse
Sans diplôme, il a quitté l’école en seconde, et en 2013, il est officiellement employé en tant que chauffeur livreur dans une boulangerie pour 1100 euros par mois. Divorcé et père d’une petite fille, il vit en concubinage avec une hôtelière ajaccienne.

Le 31 mars 2013, Mickaël Ettori est auditonné par les policiers et confronté aux déclarations du garagiste, qu'il nie en bloc. Il assure ainsi n'avoir jamais apporté de moto BMW GS1200 dans ce garage, ni jamais demandé de réparations.

"C’est un très gentil garçon, mais là il se trompe", coupe l’intéressé. De même, il conteste formellement avoir exercé une pression quelconque sur le concessionnaire et se scandalise des déclarations de ce dernier. Le jour et l'heure de l’assassinat d’Antoine Sollacaro, il se trouvait à Ajaccio, affirme-t-il, mais il ne se rappelle plus avec précision où ni ce qu'il faisait à l'heure du crime.

À 10h30, il indique avoir regardé les infos annonçant la mort de l’avocat en compagnie de Jacques Santoni, et au domicile de ce dernier.

 

L'audition de Pascal Porri

Pascal Porri est né le 2 décembre 1972 à Ajaccio et accuse, comme son ami, d'un casier judiciaire fourni. Condamné pour extorsion de fonds et associations de malfaiteurs, il a écopé de six ans de prison dans le dossier de la tentative d’assassinat visant Alain Orsoni en 2008.
Pascal Porri est interpellé par les policiers le 30 mars 2013. / © Document France 3 Corse
Pascal Porri est interpellé par les policiers le 30 mars 2013. / © Document France 3 Corse
En concubinage, père d’une petite fille, il occupe en 2013 une place de chauffeur livreur à Paris pour 1200 euros par mois. Un emploi qui, pour l’anecdote, lui a été trouvé par l’actrice et mannequin Noémie Lenoir, amie intime de Jacques Santoni.

Dans l’affaire Sollacaro, Pascal Porri n’aurait pas un rôle prépondérant : en octobre 2012, à la date de l’assassinat du bâtonnier, il vient d’obtenir une libération conditionnelle et se trouve à Paris, placé sous surveillance électronique avec interdiction de se rendre à Ajaccio.

À ce stade de la procédure, seules les déclarations du concessionnaire le mettent en cause, le désignant comme l’un des membres du "Petit Bar" et comme un homme "qui met la pression", sans même avoir besoin de menacer directement.

Auditionné en garde à vue, Pascal Porri rétorque que "c’est n’importe quoi", que le concessionnaire "est un gros menteur" et que les autres personnes ayant cité son nom (à la marge), se trompent.

 

L'audition d'André Bacchiolelli

André Bacchiolelli est pour sa part localisé le 30 mars 2013 dans le très chic l’hôtel Le Maquis, situé sur la rive Sud d’Ajaccio. 

À 6h40, les policiers de la brigade de recherches et d’intervention entrent dans la suite Horizon 1, facturée 600 euros la nuit. Celle-ci a été réservée au nom d’Hervé Santino.
La chambre est occupée par le suspect et deux autres hommes : Jacques Santoni, présenté comme le leader de la bande du "Petit Bar", et Philippe Porri, frère de Pascal.

En voyant arriver la police, André Bacchiolelli jette une arme de poing par la fenêtre. Le calibre termine son vol dans la mer, où une équipe de plongeurs spécialisés se charge par la suite de le récupérer. André Bachiolelli reconnaîtra plus tard en être le propriétaire.

L'enquête démontrera par la suite que l'arme n'a pas servi à l'assassinat d'Antoine Sollacaro. Dans le véhicule utilisé par le suspect, les enquêteurs vont découvrir un téléphone occulte, dit TOC, qui aura une importance déterminante pour l’enquête.

Né le 13 mai 1967 à Ajaccio, André Bacchiolelli est suspecté d’être lui aussi, un des piliers de la bande du Petit Bar.
André Bachiolelli est interpellé le 30 mars 2013 par la police. / © Document France 3 Corse
André Bachiolelli est interpellé le 30 mars 2013 par la police. / © Document France 3 Corse
En 2013, son nom est déjà loin d'être inconnu des services de police et justice.

Ses dernières infractions connues remontent à l'époque aux années 2007 et 2008 : trafic international de produits stupéfiants, association de malfaiteurs, revente de produits stupéfiants commis en bande organisée, ainsi que d'autres infractions liés à la législation sur les stupéfiants.

Séparé de son épouse et père de deux enfants, il est, en 2013 - tout du moins officiellement -représentant commercial en téléphonie pour un salaire de 1100 euros mensuel. Son travail, dit-il, consiste à débaucher les clients d’autres opérateurs en leur proposant de meilleures conditions tarifaires.

Entendu en première audition le 30 mars 2013 à 10h30, André Bacchiolelli indique aux policiers qu’il entend répondre à leurs questions. La raison : il n’a tout simplement rien à voir avec cette affaire, assure-t-il. "Je ne cautionne pas du tout ce qui s’est passé", martèle le suspect à plusieurs reprises.Le matin de l’assassinat d’Antoine Sollacaro, il assure qu’il se trouvait chez lui avec son ex-femme. Il faisait des travaux de rénovation lorsque son beau-père l’aurait averti qu’un crime venait d’être commis. Il aurait ensuite regardé les infos sur la chaîne d'information en continu BFMTV.

Confronté aux déclarations du mécanicien qui assure l'avoir reconnu, André Bachiolelli nie en bloc : jamais, dit-il, il n’a apporté de moto rouge chez le concessionnaire BWM.

Il précise d’ailleurs que la description physique donnée par le témoin ne lui correspond pas du tout. Pour lui, le mécanicien ment ou se trompe. Il réclame d’ailleurs une confrontation.

Pareillement, André Bacchiolelli conteste avoir apporté une moto chez le second garagiste pour une deuxième série de réparations. Libéré de prison en juillet 2012, il assure avoir passé l’été à "profiter de (sa) famille".

Comme Mickael Ettori et Pascal Porri, André Bachiolelli balaie d’un revers de manche les questions sur le "Petit Bar" : cette bande n’existe pas, c’est une construction journalistique, et lui-même ne fait pas partie ni de cette bande ni d’aucune autre.

Mises en examen

En dépit de leurs dénégations, les trois hommes sont mis en examen le 4 avril 2013.

Mickaël Ettori et André Bacchiolelli pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs, Pascal Porri pour association de malfaiteurs et recel. 
Dans l'ordre, de gauche à droite, Pascal Garbarini, Antoine Sollacaro, à Paris devant la Cour d'Assises Spéciale. Ici avec Gilles Simeoni lors du Procès d'Yvan Colonna, dont ils assuraient la défense. / © Olivier LABAN-MATTEI / AFP
Dans l'ordre, de gauche à droite, Pascal Garbarini, Antoine Sollacaro, à Paris devant la Cour d'Assises Spéciale. Ici avec Gilles Simeoni lors du Procès d'Yvan Colonna, dont ils assuraient la défense. / © Olivier LABAN-MATTEI / AFP

La place particulière de Me Pascal Garbarini dans cette affaire pour les enquêteurs

Dans cette affaire criminelle, l’avocat Pascal Garbarini occupe une place particulière selon les enquêteurs. Avocat habituel de plusieurs membres présumés du "Petit Bar", il entretient des liens étroits avec ses clients.

Lors de leur interpellation à Paris, Mickaël Ettori et Pascal Porri avaient même passé la nuit dans son appartement personnel.

Avocat médiatique, il fut, pendant un temps, très proche d’Antoine Sollacaro. Les deux pénalistes ont très souvent plaidé côte à côte, assurant notamment ensemble la défense d’Yvan Colonna.

Ils avaient également noué des liens d’amitié, et Antoine Sollacaro avaient été le témoin de mariage de Pascal Garbarini lors de ses secondes noces. Selon Pascal Garbarini, leurs relations s’étaient passablement refroidies après un différend sur la stratégie de défense dans l’affaire Colonna.
Pascal Garbarini (gauche) et Antoine Sollacaro (droite) au tribunal de Paris en 2011. / © Medhi FEDOUACH / AFP
Pascal Garbarini (gauche) et Antoine Sollacaro (droite) au tribunal de Paris en 2011. / © Medhi FEDOUACH / AFP
Pascal Garbarini est convoqué par la police pour être entendu en audition libre le 1er avril 2013. Les enquêteurs s’interrogent sur les liens qu’entretien l’homme de loi avec ses clients.

En audition, les policiers interrogent Pascal Garbarini sur les raisons qui l’ont poussé à héberger Mickaël Ettori et à recevoir chez lui Pascal Porri.

L’avocat explique alors avoir des liens de parenté avec Mickaël Ettori : "C’est un cousin par alliance, par rapport à mon ex-femme" et que ce dernier est son client depuis le début des années 2000. Il précise d’ailleurs : "Si nous n’avions pas de liens de famille, je ne lui aurais pas donné les clefs !"

Je ne suis et ne veux pas être assimilé à la bande du «Petit Bar», je suis l’avocat de certains. Je veille à ce que, lorsque je prends les dossiers les concernant, il n’y ait aucun conflit d’intérêt.

Me Pascal Garbarini

Avant de terminer l’audition de l’avocat, les policiers lui posent une dernière et très longue question, lourde de sous-entendus et qui n'est pas étayée : "Il semblerait que les tueurs ayant lâchement assassiné Maître Sollacaro avaient visé l'avocat et non l'homme. Maître Sollacaro était un avocat très médiatique qui intervenait dans les plus gros dossiers relevant du nationalisme et du banditisme corse. Certains esprits auraient pu l'associer à un clan."

"Vous hébergez Mickaël Ettori et recevez Pascal Porri, tous deux condamnés de nombreuses fois par des juridictions pénales, et membres réputés de la bande dite du "Petit Bar". Pascal Porri et d'autres membres du "Petit Bar", vous me dites si je me trompe, ont été condamnés pour des faits d'association de malfaiteurs en vue de tuer Alain Orsoni. Or, Antoine Sollacaro était très proche d'Alain Orsoni, un hommage lui a même été rendu avant le coup d'envoi d'un match de l'ACA."

"Ne pensez-vous pas que le fait de vous afficher et d’héberger à votre domicile des individus réputés dangereux peut vous porter préjudice ? Monsieur Garbarini, quelle est votre position au milieu de tout ça ? Vu le climat actuel en Corse, avez-vous conscience des conséquences ? Ou faites vous ça par obligation comme peut le faire un garagiste à qui on demande de faire redémarrer une moto volée ?
"
Me Pascal Garbarini, le 31 août 2010 dans le Palais de justice de Paris. / © Martin BUREAU / AFP
Me Pascal Garbarini, le 31 août 2010 dans le Palais de justice de Paris. / © Martin BUREAU / AFP
Des interrogations auxquelles Pascal Garbarini répond sans détours : "Je ne suis pas certain qu’il existe un contentieux entre les personnes actuellement en garde à vue et Antoine Sollacaro. Sur le dossier d'association de malfaiteurs, c'est un dossier que je connais bien. Porri a toujours nié les faits et le dossier démontrait qu'il n'était pas en face du stade François Coty où devait se positionner le commando pour tuer Alain Orsoni. J’ai hébergé Mickaël Ettori à titre exceptionnel, notamment parce qu’il est un parent par alliance. C’est une erreur par rapport à mon image."

"Je ne subis aucune pression de ces personnes. On ne m’impose rien ! Encore une fois, je le répète, mais au moment où la demande de Mickaël se présente, il n’est ni recherché, ni en fuite, ni en délicatesse avec la justice."

"Je ne suis et ne veux pas être assimilé à la bande du «Petit Bar», je suis l’avocat de certains. Je veille à ce que, lorsque je prends les dossiers les concernant, il n’y ait aucun conflit d’intérêt. Je comprends que cela puisse être mal interprété par certaines personnes. Je le répète, c’est une erreur de ma part
."
DOSSIER - Octobre 2012, l'assassinat d'une figure du barreau corse
16 octobre 2013, premier anniversaire de la mort d'Antoine Sollacaro

Les téléphones occultes

Pendant ce temps, l’enquête progresse sur un autre volet : la téléphonie. Si les suspects sont tous dépourvus de téléphones enregistrés à leur nom, la police les soupçonne d’utiliser, comme cela se fait généralement dans le milieu de la voyoucratie, des téléphones occultes, dits "TOCS".

Il s’agit de téléphones prépayés acquis dans des bureaux de tabac sans obligation de présenter des documents d’identité. Ces appareils ont en général une durée de vie limitée et sont rapidement remplacés par des nouveaux. L’objectif est d’une simplicité biblique : échapper aux surveillances téléphoniques de la police.

La stratégie est souvent très efficace, mais il arrive parfois que les enquêteurs aient un coup de chance. Ce sera le cas lors de l’interpellation d’André Bachiolelli, en mars 2013.

Dans sa voiture stationnée sur le parking de l’hôtel de luxe où il a été appréhendé, les policiers découvrent ainsi un TOC. Celui-ci a été acheté dans un tabac presse de Porticcio, et utilisé par le suspect.

En étudiant les communications passées depuis ce portable, les policiers s’aperçoivent qu’un seul numéro fait partie des contacts. Et ils parviennent bientôt, grâce à des recoupements, à identifier de façon quasi certaine l’homme qui se cache derrière le matricule : il s’agit de Jean Dominique Cortopossi.
Expertise du téléphone portable et de la carte SIM découvert. / © Document France 3 Corse
Expertise du téléphone portable et de la carte SIM découvert. / © Document France 3 Corse
 

L’homme de la Plaine Orientale

En 2013, au moment où les policiers découvrent ses liens avec le "Petit Bar", Jean Dominique Cortopossi est très jeune mais a déjà un casier chargé.

Né le 5 octobre 1987 à Bastia, le jeune homme est originaire de Haute-Corse et ne fréquente pas, d’ordinaire, la région ajaccienne. Electricien de formation, il a été mis en cause dans diverses procédures judiciaires pour association de malfaiteurs et infraction à la législation sur les armes.

La justice le suspecte également de faire partie d’une bande criminelle de Plaine Orientale et d’avoir participé à l’assassinat de Charles Philippe Paoli, militant nationaliste tué par balles en 2011 à Taglio Isolaccio. En bref, un profil "nettement ancré dans le banditisme", selon le juge d’instruction en charge du dossier Sollacaro.

En poursuivant leurs investigations sur le réseau de téléphonie occulte attribué aux membres présumés de la bande du "Petit Bar", les policiers vont faire une nouvelle découverte importante.

La ligne téléphonique de Jean-Dominique Cortopossi démontre ainsi que le jeune repris de justice est en lien avec un autre "gros poisson": Jacques Santoni, présenté par la police comme le leader du "Petit Bar".
L'adresse où se trouvait par le passé la brasserie "Le Petit Bar".

Le leader présumé du "Petit Bar"

Né le 4 février 1978 à Ajaccio, Jacques Santoni quitte l’école à 16 ans et travaille un temps avec son père dans la restauration. Marié et père de deux enfants, il perçoit en 2013 une allocation adulte handicapé de 2000 euros par mois et assure "vivre aux crochets de (sa) femme, qui est riche".

Tétraplégique depuis un accident de moto survenu en 2003, Jacques Santoni a besoin d’une aide quotidienne pour se laver, se nourrir et se soigner. Ce qui n’empêche nullement les enquêteurs de le considérer comme la tête pensante et le donneur d’ordre du "Petit Bar".
Jacques Santoni, leader présumé de la bande du "Petit Bar" / © Document France 3 Corse
Jacques Santoni, leader présumé de la bande du "Petit Bar" / © Document France 3 Corse
Interrogatoires, auditions et surveillances téléphoniques mettent d’ailleurs en relief "le contraste entre la très grande vivacité d’esprit dont il fait preuve, et la situation d’handicap physique lourd dans laquelle il se trouve", note le juge d’instruction. Condamné à huit reprises, il est, pour la justice "ancré dans la criminalité organisée".

Au cours de l’enquête, les policiers établissent que Jacques Santoni utilise fréquemment des TOCS pour communiquer. Ainsi, entre octobre 2012 et novembre 2013, 19 lignes occultes lui seront officiellement attribuées.

C’est aussi de cette manière qu’il aurait, selon les enqueêteurs, correspondu avec Jean-Dominique Cortopossi.

En effectuant un travail de reconstitution minutieux de la téléphonie, les policiers parviennent à démontrer que les deux hommes ont très probablement eu des contacts téléphoniques réguliers à partir de juillet 2012, et jusqu’au 15 octobre 2012, veille de l’assassinat d’Antoine Sollacaro.

Le séjour ajaccien de Jean-Dominique Cortopossi

En poursuivant leur étude de la téléphonie, les enquêteurs établissent que Jean-Dominique Cortopossi, contrairement à ses habitudes, séjourne à Ajaccio au mois d’octobre 2012. Ainsi, le téléphone occulte qui lui est attribué est localisé dans le centre-ville de la cité impériale du 4 au 12 de ce mois.

Jean-Dominique Cortopossi guettait-il Antoine Sollacaro pour le compte du "Petit Bar"? Il n’existe aucune preuve formelle corroborant ce scénario, mais c’est ce que déduisent les hommes de la police judiciaire.

Pendant cette période, le bâtonnier Sollacaro est souvent retenu hors d’Ajaccio et ne passe que très rarement acheter son journal à la station service où il a ses habitudes.
La station-service où Me Antoine Sollacaro avait ses habitudes, et celle où il a été assassiné.

Du 9 au 12 octobre, il assiste par exemple un client lors d’un procès d’assises à Bastia. Et le 15 octobre, il est appelé en urgence à Marseille pour défendre un suspect, présenté devant un juge d’instruction de la JIRS, en vue d’une éventuelle mise en examen.

 À la fin de cette journée du 15 octobre, les enquêteurs notent que la ligne occulte attribuée à Jacques Santoni tente de joindre celle de Jean-Dominique Cortopossi à plusieurs reprises, sans succès. Le lendemain matin, Antoine Sollacaro est assassiné.

Jean-Dominique Cortopossi, lui, disparait pendant un temps des radars policiers. Les 3 et 4 décembre, les enquêteurs relèvent que le jeune homme de Plaine Orientale est de nouveau en contact avec André Bacchiolelli, à Ajaccio.

"Soit le lendemain de la publication d’un article de presse faisant le lien entre la moto 1200 GS et trois assassinats, dont celui du bâtonnier. Et la veille de la découverte de ce véhicule fraîchement jeté dans un ravin", note le juge d’instruction.

Quel rôle alors a joué Jean-Dominique Cortopossi dans cette affaire ?

Les enquêteurs ne pourront jamais questionner le suspect à ce sujet. Le 3 juillet 2013, Jean-Dominique Cortopossi est assassiné lors d’un guet-apens tendu en pleine nuit à Silvareccio, en Haute-Corse.
Un tué, deux blessés graves dans une fusillade en Haute-Corse liée au banditisme
Dominique Alzeari Procureur de la République de Bastia
Deux de ses compagnons sont également abattus. Seul un quatrième homme survira à la tuerie. Ce dernier ne racontera jamais aux enquêteurs les événements qui se sont déroulés dans la soirée.

Reste que les victimes étaient armées, circulaient dans un véhicule volé et s’apprêtaient, selon les enquêteurs, à commettre un forfait au moment de leur mort. L’affaire n’est, à ce jour, pas élucidée.

Selon les analyses de la police judiciaire, cette tuerie de Silvareccio est néanmoins sans lien avec l'affaire Sollacaro. Il s'agirait, selon toutes probabilités, d'une série de règlements de comptes entre bandes rivales dans le secteur de la Plaine Orientale. 
Photographie extraite des surveillances de Jacques Santoni à Paris au mois de novembre 2013.  / © Document France 3 Corse
Photographie extraite des surveillances de Jacques Santoni à Paris au mois de novembre 2013. / © Document France 3 Corse

Interpellation de Jacques Santoni à Paris

Le 17 décembre 2013, Jacques Santoni est interpellé dans un appartement parisien qu’il occupe avec sa femme et leurs deux enfants.

En raison de son état de santé, le suspect est accompagné à l’hôpital Raymond Poincaré de Garche pour y être auditionné dans un environnement médicalisé.

Dès le début des interrogatoires, Jacques Santoni explique qu’il ne répondra pas aux questions des enquêteurs par principe. Le suspect s’estime ainsi victime d’un acharnement judiciaire. Il précisera toutefois être totalement étranger aux faits qui lui sont reprochés.

Le 19 décembre 2013, le juge d’instruction se déplace à l’hôpital pour interroger Jacques Santoni. Ce dernier répète au magistrat  ce qu’il a déjà dit en garde à vue : il n’a rien à voir avec l’assassinat d’Antoine Sollacaro et pense être victime d’une "réputation fabriquée de toutes pièces".

Il conteste formellement être le leader de la bande du "Petit Bar". "Je ne suis le chef de rien, sauf de ma famille et de mes enfants. Je ne suis surtout pas le chef d’une organisation criminelle", précise-t-il.

À l’issue de sa présentation, il est mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de commettre l’assassinat d’Antoine Sollacaro.

Retrouvez jeudi 15 octobre la suite de l'enquête avec l'épisode n°4 : Le repenti du "Petit Bar" relance l'enquête.