Covid : où en est la Corse à quelques heures de l'intervention d'Emmanuel Macron ?

Confinement strict, fermeture des écoles... De nouvelles mesures pourraient être annoncées par le chef de l'Etat à 20 heures, alors que l'épidémie continue de progresser, très inégalement, dans le pays. L'occasion de faire le point sur la situation en Corse.

La Corse affiche des chiffres souvent meilleurs que la moyenne nationale. Mais le risque d'un débordement du système hospitalier est toujours vif.
La Corse affiche des chiffres souvent meilleurs que la moyenne nationale. Mais le risque d'un débordement du système hospitalier est toujours vif. © ARS Corse

Depuis des semaines, le gouvernement le répète. La situation sanitaire en France est très diverse. Ce qui explique les récentes mesures annoncées par Jean Castex et Olivier Veran, qui s'appliquent différemment d'une région à l'autre selon la virulence de l'épidémie de Covid. 

Durcissement du ton ?

Ce soir, Emmanuel Macron va prendre la parole. Ce qu'il va annoncer, on ne le sait pas encore. Mais les rumeurs de couloir, qui se sont rarement trompées jusque-là, laissent craindre un durcissement du ton. Et c'est cette fois-ci l'ensemble du pays qui pourrait être concerné. 

Emmanuel Macron s'adresse aux Français mercredi 31 mars à 20 heures.
Emmanuel Macron s'adresse aux Français mercredi 31 mars à 20 heures. © Ludovic MARIN / AFP

Alors en Corse, on guette l'intervention du président de la République avec appréhension. D'autant que la situation, sur l'île, semblait plutôt encourageante. Pour beaucoup, des mesures plus strictes, à l'égale des régions les plus touchées, seraient vécues comme une injustice.

Nous avons fait un point de la situation, en comparant les derniers chiffres du Covid19 sur l'île, d'abord avec ceux du reste de la France, puis avec ceux de la Corse à la veille du dernier confinement en date, le 29 octobre dernier.

Corse/National

- Au 30 mars, 90 personnes étaient hospitalisées à Bastia et Ajaccio. 13 personnes occupaient les lits des services de réanimation et de soins intensifs.
Le taux d'occupation national en réa est de 100,3 %, de 72,2 % en Corse selon les chiffres du gouvernement.

- Le taux de positivité, en Corse, est de 3 %. Il est de 8,2 % pour l'ensemble de la France.
(Le taux de positivité est le nombre de personnes testées positives en RT-PCR ou test antigénique parmi le nombre de personnes ayant eu au moins un test sur les sept derniers jours, et qui n‘ont jamais été testées positives dans les 60 jours précédents).

- Le taux d'incidence est de 128,9 pour 100.000 habitants en Haute-Corse, et de 175,5 en Corse-du-Sud. La moyenne nationale est de 377,3
(Le taux d'incidence correspond au nombre de personnes testées positives (RT-PCR et test antigénique) pour la première fois depuis plus de 60 jours rapporté à la taille de la population. Il est exprimé pour 100 000 habitants et permet de comparer des zones géographiques entre elles).

La Corse, et plus particulièrement la Haute-Corse, est loin des plus hauts nationaux en matière de taux d'incidence.
La Corse, et plus particulièrement la Haute-Corse, est loin des plus hauts nationaux en matière de taux d'incidence. © Santé Publique France Géodes

- Concernant la campagne vaccinale, la Corse est en avance sur le reste du pays. 16,5 % de la population a reçu la première dose, et 6,1 % la deuxième. 
La France plafonne à 11,9 % et 4 %

Mars 2021/Corse octobre 2020

Venons-en maintenant au deuxième comparatif.

Le 29 octobre 2020, le pays connaissait un deuxième confinement. Nous avons voulu savoir quelle était la situation sur l'île alors que le pays faisait face à une deuxième vague épidémique. 

- Taux de positivité : 3 % aujourd'hui, 7,8 % en octobre 2020. 

- Taux d'incidence en Haute-Corse : 128,9 aujourd'hui, 228,8 en octobre 2020. 
- Taux d'incidence en Corse-du-Sud : 175,5 aujourd'hui, 258,9 en octobre 2020.

- Lits de réanimation occupés : 13 aujourd'hui, 16 en octobre 2020. 

108 décès avaient alors été recensés depuis le début de la pandémie. Le chiffre s'élève aujourd'hui à 194. 

Depuis le deuxième confinement, en novembre, la campagne de vaccination a enfin commencé en France. Pour autant, les risques d'un nouveau confinement subsistent.
Depuis le deuxième confinement, en novembre, la campagne de vaccination a enfin commencé en France. Pour autant, les risques d'un nouveau confinement subsistent. © Anne-Marie Leccia / FTV

Des chiffres trompeurs

Pour autant, il serait trompeur, et risqué, de penser que la Corse est sortie d'affaire. 
Il y a une semaine, les autorités sanitaires tirait la sonnette d'alarme. Si les chiffres sont inférieurs à la moyenne nationale, certains d'entre eux sont en augmentation. 

C'est le cas par exemple du taux d'incidence en Corse-du-Sud, ou du taux de positivité des plus de 65 ans, confiait Marie-Hélène Lecenne lors d'un point presse, le 19 mars dernier. "Nous sommes à quelques semaines d'un éventuel débordement du système hospitalier", prévenait la directrice de l'ARS de Corse. 

Nous sommes à quelques semaines d'un éventuel débordement hospitalier.

Marie-Hélène Lecenne, ARS de corse

C'est là que réside le talon d'Achille de l'île, malgré les vaccinations et le couvre-feu : le peu de capacités des services de réanimation des hôpitaux de Bastia et d'Ajaccio.

L'hôpital de Bastia a dû s'adapter, en catastrophe, et avec les moyens du bord, à la vague de Covid-19
L'hôpital de Bastia a dû s'adapter, en catastrophe, et avec les moyens du bord, à la vague de Covid-19 © Sébastien BONIFAY / FTV

Et l'on sait les terribles conséquences en cascade que la saturation peut provoquer, autant pour les malades du Covid, que pour les patients souffrant d'autres pathologies, victimes collatérales de la crise sanitaire. 

La Corse est la région de la métropole la moins bien dotée en lits de soins critique, au regard de sa population (18 pour 100.000 habitants).

Et un rapport mené par une équipe de recherche en pharmaco-épidémiologie et recours aux soins de Rennes, publié le 16 mars dernier, affirme que la Corse est la région la plus sensible à un risque de saturation de ses capacités de soin en réanimation. 

L'équipe avance même une date. Le 28 mars. 

Autant d'éléments qui pourraient nettement modérer l'optimisme d'une grande partie de la population de l'île...

 

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