Le cumitatu Corsica-Rojava mobilisé pour défendre la cause des kurdes

La ville kurdo-syrienne de Kobane, à la frontière de la Turquie, le 18 octobre dernier, quelques jours après le début des affrontements.
Au premier plan, le drapeau de Rojava. Au second plan, le drapeau turque. / © AFP
La ville kurdo-syrienne de Kobane, à la frontière de la Turquie, le 18 octobre dernier, quelques jours après le début des affrontements. Au premier plan, le drapeau de Rojava. Au second plan, le drapeau turque. / © AFP

Depuis le début du mois d'octobre, les combattants kurdes de Rojava, en première ligne dans la lutte contre Daech, sont abandonnés par leurs alliés occidentaux. Et font face à l'armée turque. Un comité de soutien s'est créé en Corse. Demain, des représentants kurdes tiendront une réunion à Ajaccio.

Par Sébastien Bonifay

Le Rojava.
Perdu dans la cacophonie de l'actualité internationale, ce nom ne vous dit peut-être rien. 
Cette région du Kurdistan occidental (Rojava signifie "l'Ouest" en kurde) se trouve dans le nord de la Syrie, à la frontière de la Turquie. 

Et depuis quelques semaines, elle est le symbole de la valse-hésitation des grandes puissances occidentales au cœur du Moyen-Orient. 

Le Cumitatu Corsica-Rojava, qui s'est constitué au début du mois de novembre, entend mieux faire connaître le Rojava sur l'île, et défendre la cause des kurdes auprès des Corses.
 
La région autonome du Rojava, prise en étau entre la Syrie et la Turquie / © GoogleMaps
La région autonome du Rojava, prise en étau entre la Syrie et la Turquie / © GoogleMaps


Après la guerre contre Daech, l'abandon des alliés d'hier

Deux millions de kurdes vivent dans la région, et en 2016, ils proclament une entité fédérale démocratique, qui prône une politique progressiste, favorable à la démocratie directe, et l'égalité des sexes.

La région a été l'un des symboles de la lutte contre le califat de Daech.
Les Kurdes, 11.000 combattants des Forces Démocratiques Syriennes, ont mené le combat jusqu'à la victoire, épaulés par la coalition internationale, qui l'a assurée de son soutien. 

Mais le 7 octobre dernier, Donald Trump a retiré ses troupes, et c'est désormais face aux tanks et aux avions de l'armée turque.
Une armée bien supérieure en nombre, et bien mieux équipée que Daech.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan n'entend pas laisser une région autonome progressiste se développer à sa frontière.
L'opération a été nommée "Printemps de la Paix", ce qui laisse rêveur au vu du déroulement de cette dernière...
 
Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie / © DR
Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie / © DR

La France et les autres pays européens, eux, condamnent, mais du bout des lèvres, et se disent "préoccupés" par la situation.
Paris, Berlin, Oslo et Helsinki ont suspendu la vente d'armes à la Turquie. Mais nul ne se risque à évoquer des sanctions.

Redoutant qu'Erdogan n'ouvre les frontières de la Turquie, et donc les portes de l'Europe, à des millions de réfugiés syriens, comme il le laisse régulièrement entendre.

Les kurdes, donc, se retrouvent livrés à eux-mêmes, et doivent mener une guerre perdue d'avance, sans quoi ils n'auraient d'autre choix que de se retirer de leurs terres, pour ce que nombre d'observateurs internationaux appellent un projet de "nettoyage ethnique". 

Les soutiens se multiplient dans le monde

Face au peu de gratitude manifestée par les gouvernements occidentaux, et à leur impuissance revendiquée, les manifestations de soutien se multiplient dans les plus grandes villes d'Europe. 

Mais pas seulement. Partout, des comités se forment pour alerter l'opinion publique, et tenter de faire changer les choses. 
D'autant que l'intérêt médiatique international, très fort durant les premiers jours du conflit, a diminué semaine après semaine.

C'est le cas en Corse, où le Cumitatu Rojava-Corsica à vu le jour au début du mois. 
Il rassemble une douzaine d'associations, et entend mettre à mal "la dérive autoritaire et népotique de Tayyip Erdogan".
 
Des milliers de manifestants, place de la République, à Paris, en soutien au Rojava, le 12 octobre dernier / © Le Pictorium/Maxppp
Des milliers de manifestants, place de la République, à Paris, en soutien au Rojava, le 12 octobre dernier / © Le Pictorium/Maxppp


La Corse n'est pas en reste

Pour cela, le comité présente 3 revendications :
  • Déclarer la région de Rojava Zone d'exclusion aérienne
  • Le boycott économique de la Turquie
  • Une intervention de l'ONU et le déploiement d'une force d'interposition
Aujourd'hui, des représentants du Cumitatu Corsica-Rojava étaient reçus par Jean-Guy talamoni, président de l'Assemblée de Corse.
Le but, sensibiliser les politiques insulaires sur la question kurde, mais également tenter de trouver un écho médiatique à leur combat. 
 
Les représentants du Cumitatu Rojava-Corsica reçus par Jean-Guy talamoni / © Dominique Moret
Les représentants du Cumitatu Rojava-Corsica reçus par Jean-Guy talamoni / © Dominique Moret

Pour le comité, l'objectif des turcs est clair :
"Détruire la zone d'autonomie créée par les turcs, qu'Erdogan ne peut voir que comme une menace pour son pouvoir et son projet ultra-nationaliste, alors qu'il a été mis en difficulté lors des dernières éléctions municipales". 
 

Les victimes pourraient se compter par milliers, et déjà les enlèvements, extorsions, viols et massacres sont là. 
 

 

Demain, à 18 heures, le comité tiendra une réunion publique au Creps d'Ajaccio. 
Une réunion qui fera la part belle aux réprésentants du peuple kurde qui auront fait le déplacement. 

Agit Polat, membre du Conseil Kurde en France, sera présent. 
Pour lui, de telles rencontres permettent de briser le silence qui entoure la situation de son peuple.
"Nous voulons montrer qu'il y a une opération qui continue à l'encontre, non seulement d'une région qui est autoadministrée par les Kurdes, mais sur l'ensemble de la population civile qui vit dans cette région".  
 
Cumitatu Corsica-Rojava
Intervenants - Agit Polat, membre du conseil Kurde en France Equipe - Dominique Moret

Les associations qui composent le Cumitatu Corsica-Rojava sont Per a Pace, Corsica Palestina, Core In Fronte, PCF, PS, JC, Inseme a Manca/ ensemble à Gauche, UD CGT Corse du Sud, Utopia, L'Acellu di Corsica, Federazione Anarchica, Association des Travailleurs Tunisiens de Corse, A Macna, Squadra Technica 98, Personnalités indépendantes...

 
Affiche de la réunion publique du 29 novembre / © Cumitatu Rojava-Corsica
Affiche de la réunion publique du 29 novembre / © Cumitatu Rojava-Corsica

 

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