Élections territoriales en Corse : quels enjeux pour le rural ?

Les élections territoriales se tiendront les 20 et 27 juin prochains. Afin de mieux en appréhender les enjeux, France 3 Corse ViaStella vous propose des dossiers thématiques. Aujourd'hui, le développement du rural.

Du 9 juillet au 8 septembre, nos équipes vous feront découvrir dix villages.
Du 9 juillet au 8 septembre, nos équipes vous feront découvrir dix villages. © Paul Salort FTV /

Quelques dizaines d’habitants à l’année, des commerces qui disparaissent et des services qui tendent à s’éloigner… le portrait s’applique à la plupart des villages de l’intérieur de l’île. Le rural perd inexorablement du terrain en Corse, tandis que les villes et les communes périurbaines voient leur population augmenter chaque année.

Chiffres clefs
                   143 communes comptent moins de 250 habitants
      25,9% de la population vit dans l'espace rural et "hors influence d'un                                                        pôle urbain"
               Environ 1/3 des habitants de l'espace rural a plus de 65 ans
         Les 3/4 des habitants mettent plus de 7 minutes pour accéder aux                                                  services de la vie courante

La menace de la désertification

Vivre "au village" en 2021 est assurément difficile. Les habitants de l’intérieur de l’île ne disposent pas des mêmes commodités que ceux des centres urbains. Peu de commerces, des distances souvent longues pour accéder au panier de base, des conditions climatiques difficiles en hiver... tels sont les difficultés auxquelles doivent faire face les habitants de l'intéreiur de l'île.

À cela, il faut ajouter les fermetures de services publics, agences postales ou trésoreries, qui réapparaissent régulièrement dans l’actualité insulaire.

Manifestation contre la fermeture de la trésorerie publique de Ponte-Leccia
Manifestation contre la fermeture de la trésorerie publique de Ponte-Leccia © Jeannot Filippi /Corse-Matin

S’il existe des exceptions, la désertification des villages de l’intérieur semble être irrévocable. Pourtant, nombreux sont les élus et habitants de ces "petites communes" qui refusent la fatalité.

La future Assemblée de Corse sera confrontée aux enjeux d’un rural en perte de vitesse. Les propositions des différentes listes pour contrer le phénomène de désertification et redynamiser l’intérieur sont, à n’en pas douter, au cœur des attentions des électeurs dans les villages de l’île.

Le rôle de la Collectivité de Corse

La réactivation du comité de massif en 2017 a ouvert de nouvelles perspectives d’investissements pour la montagne corse. Cet outil, créé en 1985, était de la compétence de l’Etat jusqu’à 2002 et son transfert à la Région. Il n’avait toutefois jamais été réuni. Le manque à gagner de la non-utilisation de ces crédits est estimé à 300 millions d’euros par la majorité nationaliste.

Le comité de massif est compétent pour investir dans de nombreux domaines cruciaux pour l’intérieur. Les axes principaux de ces compétences sont le développement du réseau mobile, la rénovation des routes, l’assainissement ou encore l’électrification. Avec un budget de 182,3 millions d’euros sur 7 ans, la manne financière destinée aux territoires de montagne n’est pas négligeable.

Autre levier d’action de la CdC pour accompagner le développement de l’intérieur : les aides et subventions aux communes. Elles correspondent au financement partiel de projets portés par les mairies. Le règlement des aides aux communes, qui est voté par l’Assemblée de Corse, prévoit aujourd’hui que les communes de moins de 350 habitants peuvent bénéficier d’un taux de subvention de 80%, contre un taux maximal de 40% pour les communes de plus de 10.000 habitants.

Néanmoins, pour de nombreux maires de l'intérieur, l'ingénierie fait défaut. Ces subventions sont en effets obtenues après le montage en bonne et due forme d'un projet complet. C'est de la qualité du dossier déposé que dépend, in fine, le pourcentage du financement accordé par la Collectivité de Corse.

Lutter contre l'isolement

D’autres difficultés se posent aussi aux maires de l’intérieur. Les contraintes induites par les lois et règlements d’urbanisme sont fréquemment présentés comme des freins au développement des villages et à l’installation de nouveaux habitants. La problématique est d’ores et déjà apparue dans la campagne à travers l’association des maires de Corse-du-Sud qui a posé 10 questions aux candidats sur le sujet.

Au chapitre des possibles revient l’idée d’une zone franche pour les territoires de l’intérieur. De l’avis général, cet outil permettrait d’installer des entreprises dans le rural. Créer de l’activité économique, tel est l’enjeu majeur dans des villages principalement peuplés de retraités.

Temps d'accès moyen aux équipements du panier de vie courante par degré de densité/ Source : INSEE
Temps d'accès moyen aux équipements du panier de vie courante par degré de densité/ Source : INSEE

Autre problématique : réduire l’éloignement aux services des habitants du rural. En Corse, selon l'INSEE, seul 57% de la population a accès au panier de vie courante en moins de 7 minutes. A titre de comparaison, c'est 90% au niveau national.

Concrètement, l'accès aux services de base (écoles, services publics, commerces...) est difficile pour les Corses ne résidant pas dans les principales aires urbaines. En cause, la disparition progressive des services publics dans l'intérieur mais également l'état des routes, une compétence de la Collectivité de Corse.

Réduire la fracture numérique

Autre dossier capital pour l'avenir : le numérique. Une convention de délégation de service public a été signée en novembre 2018 entre la Collectivité de Corse et SFR Collectivités. Objectif annoncé : fournir un accès très haut débit couvrant 100% du territoire insulaire d'ici à 2023 pour un coût de 275 millions d'€.

Le déploiement de la fibre pourrait donc réduire la fracture numérique, aujourd'hui très forte, entre les centres urbains et l'intérieur. À l'heure du télétravail et de la croissance des services dématerialisés, un accès internet optimal serait un des fers de lance du désenclavement des territoires ruraux. Le calendrier de déploiement crée cependant des disparités entre les zones les plus peuplées et les petites communes. Les territoires les plus enclavés disposent actuellement d'une couverture internet à faible débit, pénalisant leurs habitants et leurs entreprises. Ils seront pourtant les derniers à connaître le déploiement de la fibre optique. 

Le déploiement d'une couverture internet fiable dans l'intérieur de l'île constitue un enjeu majeur pour lutter contre la désertification des villages.

Carte du déploiement de la fibre optique en Corse
Carte du déploiement de la fibre optique en Corse © Corsica Fibra

Au-delà des effets d’annonces, les élus de la prochaine Assemblée de Corse devront se saisir de ces problématiques. La menace de désertification pesant sur l’intérieur de l’île est plus que jamais d’actualité. Sans changement de braquet dans le domaine, la Corse pourrait voir l’essentiel de sa population se fixer dans les zones urbaines, abandonnant inexorablement les territoires les plus isolés.

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