En campagne avec Paul-Félix Benedetti : "Ne rompre aucun engagement"

Sur la lancée du meeting d'Ajaccio, Paul-Félix Benedetti et certains de ses colistiers étaient ce mercredi 16 juin dans l'arrière-pays ajaccien pour présenter la démarche de Core in Fronte aux Territoriales. Une réunion publique s'est notamment déroulée à Trova, sur la commune d'Alata.

Paul-Félix Benedetti, tête de liste de Core in Fronte aux élections territoriales.
Paul-Félix Benedetti, tête de liste de Core in Fronte aux élections territoriales. © FTV

De la place du Casone au village d'Afa, il y a une dizaine de kilomètres, un code postal différent et un discours qui reste le même pour Core in Fronte. Après le meeting d'Ajaccio mardi soir, Paul-Félix Benedetti et ses partisans sont allés mercredi 16 juin à la rencontre des habitants de l'arrière-pays ajaccien, dans le "20167". 

17 heures au pied du Monte Gozzi. En cette fin d'après-midi, le soleil cogne sur Afa. Paul-Félix Benedetti est attablé, à l'ombre, sur la terrasse d'un café du village. "Un bar historique", précise-t-il en buvant une gorgée d'eau. Souriant, détendu, il discute avec Véronique Pietri, en deuxième position sur la liste qu'il conduit pour les Territoriales des 20 et 27 juin prochains.

Paul-Félix Benedetti et ses colistiers étaient en tournée dans la région ajaccienne mercredi 16 juin.
Paul-Félix Benedetti et ses colistiers étaient en tournée dans la région ajaccienne mercredi 16 juin. © FTV

Le chef de file de la liste nationaliste évoque notamment le débat auquel il a participé avec quatre autres candidats le matin même dans les locaux de France 3 Corse. Et revient sur le meeting organisé la veille, à Ajaccio : "On a eu la satisfaction d'avoir du monde, des intervenants de valeur, une pluralité de l'intervention et, bien entendu, le contact direct avec les gens, souligne-t-il en tirant sur son cigarillos. À l'inverse d'une réunion publique, dans un meeting, en général, on est face à une assistance convaincue."

Soudain, une connaissance passe en voiture devant le bar. Paul-Félix Benedetti se lève, la salue et lui passe un tract par la fenêtre. "Tu crois qu'on rigole !", lance-t-il en plaisantant au conducteur. À quatre jours du pemier tour du scrutin, l'équipe de campagne multiplie les tournées. "Aujourd'hui, d'autres colistiers et militants sont aussi présents dans deux autres régions de Corse", précise l'homme politique originaire d'Aullène. C'est d'ailleurs dans son village de l'Alta Rocca qu'il votera dimanche. "Je devrais y faire une belle élection", espère-t-il. 

Là, nous bénéficions d'un écho de plus en plus grand dans la société corse.

Paul-Félix Benedetti

Créditée cette fois de 7% dans le sondage réalisé par Ipsos, sa liste avait échoué de très peu en 2017 pour figurer au second tour. "Il nous avait manqué 300 voix, regrette-t-il encore avant d'ajouter : là, nous bénéficions d'un écho de plus en plus grand dans la société corse. Notre positionnement politique répond aux attentes d'un grand nombre de personnes. Nous sommes sereins et on va se donner à fond, ne rompre aucun engagement et continuer cette campagne sans rien relâcher."

"L'accueil est positif"

Après Afa, direction le pôle d'activités du Serenu, en contrebas du village. Parmi les quelques personnes en terrasse, Karine Bernardini-Piccioli expose la démarche du parti à un électeur encore indécis. "C'est autant intéressant de parler avec des gens complètement détournés de la politique qu'avec des gens qui s'y intéressent vraiment", confie l'enseignante au collège de Baleone.

Là, pour le coup, elle est servie, son interlocuteur se révélant être plutôt concerné par les élections. "Le  projet politique semble être correct, indique-t-il en jetant un oeil au programme. De toute façon, ils sont connus pour rester fidèles à leurs idées, ce qui  n'est pas le cas de tous les partis. Ça pourrait me séduire. Je suis encore indécis pour dimanche car je ne crois plus trop en la politique. Néanmoins, j'irai quand même voter et je choisirai un parti."  

Une trentaine de personnes a assisté à une réunion publique organisée à Trova, sur la commune d'Alata.
Une trentaine de personnes a assisté à une réunion publique organisée à Trova, sur la commune d'Alata. © FTV

L'heure tourne et Paul-Félix Benedetti est attendu à 18 heures pour une réunion publique à la salle polyvalente de Trova, sur la commune voisine d'Alata. Conseillère municipale dans l'opposition, Véronique Pietri prend un peu d'avance pour s'assurer que tout est prêt. Ici, elle est en terrain connu. Reste à savoir s'il sera conquis. "Je trouve qu'il y a un très bon retour, confie l'enseignante qui avait déjà figuré sur la liste du Rinnovu aux Territoriales de 2004. Je ne sais pas si ça va se retrouver dans les urnes, mais en tout cas, l'accueil est positif. Et notre démarche n'a pas changé."

Crise des déchets, statut de résident...

Dans cette microrégion limitrophe d'Ajaccio, la question de l'urbanisation est au coeur des débats : "C'est à la fois un territoire avec un peu de ruralité et faisant partie du grand Ajaccio, ce qui entraîne pas mal de problématiques, relève Véronique Pietri. Sur ces quinze dernières années, l'évolution a été telle qu'il y a de gros besoins de remettre tout ça à jour. On s'aperçoit que le PLU ne permet pas de fixer un cadre comme on le voulait. Il y a vraiment des choses à changer. On se sent quand même un peu dépossédés. Le PLU et le Padduc n'ont pas réussi à cadrer tout ça. On se rend aussi compte que l'agriculture a été mise de côté. " 

Des thèmes que le leader de Core in Fronte va placer au coeur de la réunion publique qu'il tient quelques minutes plus tard. Accueilli républicainement par Etienne Ferrandi, le maire divers gauche d'Alata, et son premier adjoint François Dominici, l'indépendantiste déroule avec son aisance habituelle.

Face à une trentaine de personnes, le ton est plus sérieux pour évoquer les déchets, le statut de résident, l'urbanisation, la spéculation, la démographie, les inégalités sociales... Tout en insistant sur "la dépossession de la terre". Sur ce sujet, Étienne Ferrandi ne partage pas le point de vue. Un petit débat s'installe. La confrontation des idées a lieu dans le calme.

Paul-Félix Benedetti était notamment accompagné de deux de ses colistiers : Véronique Pietri et Arthur Solinas.
Paul-Félix Benedetti était notamment accompagné de deux de ses colistiers : Véronique Pietri et Arthur Solinas. © FTV

Paul-Félix Benedetti se montre aussi critique envers la majorité territoriale sortante, notamment sur la gestion de la crise des déchets : "C'est inadmissible, six ans à ne rien faire. On va se retrouver avec 50.000 tonnes de balles sur les bras. Je ne suis pas du tout solidaire de cette manière de gouverner. J'aurais été aussi critique avec n'importe quelle autre gouvernance, je le suis encore plus avec les miens."

À une question sur le statut de résident, la tête de liste répond que "pour l'obtenir, il faudrait négocier sereinement avec la France et montrer que nous sommes respectables". Et d'ajouter : "Je suis persuadé qu'Emmanuel Macron avait une oreille attentive sur la Corse, comme Joxe et Rocard. On a raté le coche..."

Confusion avec la majorité sortante

Même si Core in Fronte ne siégeait pas sur les bancs de l'Assemblée de Corse sous la mandature qui s'achève, le parti est parfois assimilé à la politique de l'exécutif nationaliste sortant. "Il arrive que les gens confondent, confirme Karine Bernardini-Piccioli. Souvent, la première question qui revient est de savoir pourquoi nous partons désunis. On leur rétorque que c'est la majorité territoriale qui part désunie. Nous, personne ne nous a tendu la main, on a gardé nos idées et nos valeurs. La droiture de la démarche, j'espère qu'elle sera un avantage pour nous." 

Il ne faut rien laisser au hasard.

Paul-Félix Benedetti

De son côté, Paul-Félix Benedetti préfère ne pas trop penser - pour l'instant - au résultat de dimanche soir. "Pour le moment, objectivement, étant de ceux qui ont connu la désillusion d'un ratage de très peu au second tour il y a quatre ans, je reste consacré à la campagne. Il ne faut rien laisser au hasard. Aujourd'hui, nous sommes là, dans la ruralité au contact des personnes pour discuter, prendre le temps et pour donner des repères. On a eu la chance d'avoir un grand succès en 2017, de rater l'élection de quelques voix et, surtout, de ne pas s'embourgeoiser dans un rôle d'élus fonctionnarisés. Il nous appartient de redonner par la politique, par les bras de levier que nous avons, un dynamisme, un axe fort, de la sincérité et surtout des actes. Il faut arrêter de "blaguer"."

Un message que le parti indépendantiste continuera de délivrer ce jeudi dans le Fiumorbu, puis vendredi à Bastia pour un ultime meeting avant le premier tour.

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