L'opposition voit des menaces dans les propos de Gilles Simeoni

L'attaque frontale menée par l'exécutif contre l'Etat mardi 26 janvier a fait grand bruit. Si le ton restait courtois, les propos, eux, l'ont été beaucoup moins. Et l'opposition n'a pas tardé à faire entendre ses profonds désaccords avec Gilles Simeoni. 

L'hémicycle de l'assemblée de Corse.
L'hémicycle de l'assemblée de Corse. © Pascal Pochard-Casabianca / AFP

"S'il faut construire un rapport de force avec l'Etat, y compris par des moyens qui ne se limitent pas à l'action institutionnelle, on sait d'où l'on vient et ce que nous sommes capables de faire. On sera capables là aussi d'aller sur un rapport de force qui ne se limitera pas aux déclarations et aux prises de parole dans les assemblées". 

Une profonde inquiétude

Ces quelques mots lancés par Gilles Simeoni, au coeur d'une conférence de presse au ton déjà véhément, n'ont pas manqué de faire bondir la classe politique insulaire, hors nationalistes.

Au lendemain de la conférence de presse, Jean-Martin Mondoloni et les élus du groupe Per l'Avvene se demandent, dans un communiqué de presse :
"le Président du Conseil Exécutif a clairement fait passer un message indiquant que la majorité pourrait employer « des moyens ne se limitant pas à l’action institutionnelle ». Lesquels ?"

Gilles Simeoni
Gilles Simeoni © ViaStella

Du côté de Jean-Charles Orsucci, l'interrogation est plus claire encore : "si le refrain de la responsabilité étatique était connu voire dépassé, le recours à peine voilé à des voies non démocratiques est nouveau depuis 2015 et suscite notre profonde inquiétude."

Nous avons droit aux menaces du retour des années de plomb.

Jean-Charles Orsucci

Un peu plus loin, le président de Andà Pà Dumani enfonce le clou. "Après l’appel à la désobéissance civile du Président de l’Assemblée de Corse dont on emboîte systématiquement le pas, nous avons donc eu droit hier aux menaces du retour des années de plomb de la part d’hommes et de femmes démocratiquement élus."
 

Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président du groupe Andà Pà Dumani.
Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président du groupe Andà Pà Dumani. © ViaStella

Pour Jean Zuccarelli et la Gauche Républicaine Corse, même son de cloche. "Les propos tenus par Gilles Simeoni, Président de l’exécutif, à l’encontre de l’Etat sont des menaces inacceptables. Leur caractère ambigu ne masque pas leur sens très clair compte tenu du passé qui est invoqué."

Des condamnations venues de toutes parts

Les reproches ne sont réservés aux bancs de l'opposition du cour Grandval. De leur côté, Jean-Jacques Panunzi et Jean-Jacques Ferrara, sénateur et député Les Républicains de Corse-du-Sud, n'ont pas manqué de se joindre au concert des récriminations. 

"Les propos tenus hier par Gilles Simeoni sont inacceptables de la part d'un président du Conseil exécutif qui, à demi-mot, laisse planer l'éventualité d'un retour à la violence politique dont le sombre souvenir reste à jamais gracé dans la mémoire sémantique. Un durcissement sémantique qui traduit une radicalisation politique qui ne peut que dégrader davantage encore les relations entre la majorité nationaliste et ses partenaires éventuels". 

ARCHIVES - Jean-Jacques Panunzi en 2010, alors qu'il était encore président du Conseil Général de la Corse du Sud.
ARCHIVES - Jean-Jacques Panunzi en 2010, alors qu'il était encore président du Conseil Général de la Corse du Sud. © Jean-Pierre Belzit / MAXPPP

Des accusations que Gilles Simeoni a démenti fermement sur notre plateau, mercredi 27 janvier :

"Je n'ai jamais changé. Je n'ai jamais varié. Pour moi il n'y a pas d'autre chemin que celui de la démocratie. Mais cela ne peut pas se confondre avec le renoncement. Avec le déni, de la part de Paris, de ce que nous sommes en tant que peuple. Nous ne sommes pas dans la rupture, mais nous disons qu'il faut écouter ce que dit la Corse". 

Reste à savoir ce que cherchait exactement à dire Gilles Simeoni. Et de quelle nature serait le rapport de force évoqué. Qui ne se limitera pas "à l'action institutionnelle", mais qui restera dans les clous de la loi... A Corsica Sera, il s'est servi de l'exemple de la manifestation du samedi 30 janvier, où il se rendra pour plaider la cause d'Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri. "C'est une manière de faire entendre notre voix en dehors du cadre des institutions"

Pas sûr que cela suffise à convaincre ses détracteurs. 

Une "diversion"

Pour les groupes Per l'Avvene et Andà Pà Dumani, plus largement, ces déclarations sont avant tout des gesticulations destinées à faire "diversion".

Selon Jean-Martin Mondoloni, "A l’heure où la Corse souffre, et dans un contexte particulièrement anxiogène, on était en droit d’attendre du Président de l’Executif qu’il ne se livrât pas à des manœuvres grossièrement politiciennes en donnant des gages à sa base militante mais qu’il disposât du sens des affaires publiques et de la hauteur qui s’attachent à sa fonction.

Jean-Martin Mondoloni, président du groupe Per l'Avvene.
Jean-Martin Mondoloni, président du groupe Per l'Avvene. © FTVIASTELLA

Cette stratégie est irresponsable et conduit inévitablement à l’impasse. Pour notre part, nous continuerons inlassablement à créer les conditions pour servir les intérêts généraux de la Corse et ne cesserons de dénoncer ces « guérillas politiques » qui ne grandissent ni la démocratie ni ceux qui les alimentent. »

Jean-Charles Orsucci, lui, affirme que le ton martial et le discours trumpistes ne sauraient néanmoins cacher l'échec patent des nationalistes au pouvoir sur quasiment tous les sujets avancés hier". 

Cela laisse augurer de prochains débats dans l'hémicycle plutôt musclés...

Communiqué de presse du groupe Per l'Avvene

Communiqué de presse du groupe Andà Pà Dumani

Communiqué de presse de Jean-jacques Panunzi et Jean-Jacques ferrara

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
assemblée de corse politique économie