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117 mineurs étrangers non accompagnés sont accueillis en Corse

© Guillaume Leonetti / FTVIASTELLA
© Guillaume Leonetti / FTVIASTELLA

Des tensions se font jour dans le centre ancien de Bastia. Les nuisances se multiplient et certains habitants pointent du doigt les mineurs étrangers hébergés dans les foyers sociaux de la montée Filippina. Des accusations sans fondement notamment selon les services de police. 

Par Kael Serreri / France 3 Corse ViaStella


« Le mur » est un petit coin de rue du centre ancien de Bastia. Une institution où des générations entières sont venues s'asseoir.

Depuis quelques mois, « le mur » cristallise pourtant les tensions. Les habitants du quartier se disent excédés par le comportement des jeunes qui s'y réunissent jusque tard dans la nuit. 

Bruyants, agressifs, souvent alcoolisés voire drogués : ils inquiètent les voisins. « Des jeunes délinquants, de toute race, de tout milieu qui n’ont aucune éducation », lance une riveraine. Ce qui cristallise les tensions est aussi l’existence d’un squat dans les locaux désaffecté de l’ancien Bon Pasteur à quelques mètres du mur. 

La grogne des riverains est remontée jusqu'à la mairie de Bastia. Et en octobre, une réunion a même été organisée par la municipalité avec les représentants de forces de l'ordre et de la préfecture. « C’est un vrai problème que l’on va essayer de régler. Le terreau à ce genre de comportement, c’est le problème de la réalité économique et sociale de notre ville, de l’agglomération et de la Corse plus généralement », indique Pierre Savelli, maire de Bastia.
 

Tags racistes


Le maire n'est pas le seul à se faire du souci. La police craint elle aussi des débordements. Il y a quelques semaines, des tags racistes ont été inscrits sur les murs du quartier : « Immigrants Get Out ! » ; « Migranti Fora ». 

Le message est sans ambiguïté. Pour certains, les principaux responsables des problèmes, ce sont les mineurs étrangers hébergés dans les deux foyers de la montée Filippina. 

De l'avis des travailleurs sociaux qui œuvrent quotidiennement sur le terrain, la réalité est toute autre. Les groupes qui se réunissent à la nuit tombée sont composés d'une population hétéroclite qui arrive souvent de l'extérieur de la ville

 
177 mineurs étrangers non accompagnés sont actuellement accueillis en Corse
Intervenants - Patricia, Habitante du quartier ; Pierre Savelli, Maire de Bastia ; Florence Luca, Chargée de mission cohésion sociale à la mairie de Bastia ; Alain Olmeta, Directeur du foyer le Belvédère ; Bianca Fazi, Conseillère exécutive en charge de la santé et du social. Equipe - SERRERI Kael ; Urtizverea Typhaine ; Leonetti Guillaume ; Rajanoarison Francia ; Merciadri Corinne ; KINANY Ramsey.


Et, dans le centre ancien, les jeunes étrangers subissent davantage les nuisances qu'ils ne les causent. « Les foyers au même titre que l’ensemble des voisins sont vulnérables par ces faits de fréquentation sur le domaine public. Du fait de leur corps de métier aussi, du fait que ce soit la protection de l’enfance qui accueille automatiquement certains individus avec différentes problématiques se trouvent forcément vulnérables par rapport à ce qui se déroule dans la rue. Ce sont eux aussi des victimes au même titre que l’ensemble des voisins », estime Florence Luca, chargée de mission cohésion sociale à la mairie de Bastia.

Une analyse confirmée par le parquet de Bastia. Selon la justice, si le sentiment d'insécurité est bien réel, il s'agit uniquement d'un « ressenti » de la population. En dépit de contrôles de police intensifiés, aucune augmentation de la délinquance n'a été enregistrée dans le quartier.

Et aucun des jeunes mineurs étrangers des foyers n'est mis en cause dans les enquêtes en cours. 
 

Foyers surchargés


Pour autant, tout n'est pas rose dans les foyers pour jeunes de Bastia. Comme tous les établissements de France, ils sont confrontés à un problème national : l'augmentation très importante d'arrivée de mineurs étrangers non accompagnés.

Autrefois peu nombreux, ils composent aujourd'hui près de 90 % des effectifs. Une évolution qui nécessite des adaptations : « Ça demande aux équipes de réviser leur posture, leur pratique professionnelle. Ca nous demande aussi de réfléchir en termes de formation des professionnels et donc de revoir nos plans de formations et d’y intégrer certaines dimensions socio-culturelles. La dimension linguistique est prégnante puisqu’on a un public qui arrive et qui parle peu ou pas français », souligne Alain Olmeta, directeur du foyer le Belvédère.

Autre problème : les mineurs albanais sont surreprésentés en Corse et on observe un phénomène de repli communautariste entre les adolescents. « Il faut arriver à décloisonner des comportements où les jeunes ont tendance à se regrouper par origine », complète Alain Olmeta.
 

4,5 millions d'euros 


En Corse, c'est la collectivité unique qui doit prendre en charge les « mineurs non accompagnés », dits MNA. Depuis 2016, ces enfants arrivés seuls en France et qui dépendent de l'aide sociale, sont répartis équitablement dans tous les départements du pays

Dans l’île, 117 mineurs non accompagnés sont placés dans les foyers et les familles d'accueil de l'île, 66 d'entre eux sont arrivés en 2018. Ce dispositif a un coût : plus de 4 500 000 euros. « Le problème, c’est de trouver les places sachant que nous avons une population d’enfants locaux qui augmente avec la problématique des assistants familiaux qui diminue. Nous avons lancé un appel à projet sur des structures d’hébergement en vue des mineurs non accompagnés », précise Bianca Fazi, conseillère exécutive en charge de la santé et du social.

Des structures d’hébergement plus légères en appartement sont l’un des projets envisagés pour la prise en charge des mineurs non accompagnés. Les locaux de l'ancien centre de formation du SCB pourraient être utilisés à cette fin.







 

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