Assises à Haute-Corse : « Je m’en voudrai toute ma vie pour le geste que j’ai fait »

Alexandre Rebours est accusé d’avoir tenté d’assassiner Dominique Desvignes, le 17 septembre 2020, à Calvi, armé d’une hachette. Il reconnaît l’agression mais affirme n’avoir pas voulu le tuer. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité devant la cour d’assises de Bastia.

« C’est une femme que j’ai aimée éperdument, plus que de raison. C’était la femme de ma vie. Elle était tout pour moi, et peut-être que c’était un peu trop, que c’était déséquilibré ». À 19h30, après plusieurs heures passées assis, prostré, le regard fixé sur le sol du box des accusés, Alexandre Rebours prend la parole, à l’occasion de l’interrogatoire de personnalité.

Le quinquagénaire à la silhouette athlétique revient sur ses années, en couple, à Calvi, avec sa compagne. « Je m’en suis aperçu en 2011, qu’elle me trompait. J’ai ravalé ma fierté d’homme, et j’ai supporté les railleries ». Et puis, en 2020, l’expression sera prononcée plusieurs fois durant la première journée d’audience, est arrivée « la goutte de trop ».

Coup de hache

Le 17 septembre 2020, à 15h40, les hommes de la gendarmerie de Calvi se rendaient au camping Bella Vista, avertis d’une agression commise à la hachette. Devant l’un des bungalows, le bungalow 28, gisait Dominique Desvignes, le gérant, dans une mare de sang. Après un examen sur place mené par les secours, il s’avérait que le pronostic vital de l’homme, blessé à la tête, était engagé. La victime était emmenée en hélicoptère jusqu’à l’hôpital de Bastia. Il passera vingt jours en réanimation.

Deux employés du camping, un homme qui nettoyait le bungalow au moment de l’agression, et la réceptionniste, apportaient rapidement leur témoignage aux enquêteurs. Les éléments permettaient d’identifier un possible responsable, Alexandre Rebours.

Le 18 septembre 2020, au lendemain de l’agression, la voiture d’Alexandre Rebours, un 4 X 4 Toyota bordeaux, était retrouvée sur un chantier où l’homme était supposé travailler, ouverte, les clés de contact à l’intérieur. Une trace de sang était repérée sur la poignée intérieure, côté conducteur.

À l’intérieur, l’étui d’une hachette, et une facture, pour l’achat d’un outil de ce genre, datée du 17 septembre à 15h19, une poignée de minutes à peine avant l’agression de Dominique Desvignes.

Corbeau

Le lendemain, la fille de la compagne d’Alexandre Rebours racontait aux enquêteurs que ce dernier lui avait confié l’infidélité de sa mère, qu’il avait apprise par l’intermédiaire de SMS et de mails signés d’un corbeau, un certain Franck ange-gardien. Des messages lui conseillant de se méfier de sa femme, mais également des copies d’échanges de sms, et des photographies.

Moins de 36 heures après les faits, Alexandre Rebours, convaincu par son frère, se rendait aux autorités. Il reconnaîtra avoir agressé Dominique Desvignes, mais sans aucune intention de lui ôter la vie. Juste, dira-t-il, de lui mettre « une gifle » avec le dos de la hachette.

« C’est le fonctionnement de ce couple qui est au cœur du procès », estime Maître Marc Ceccaldi, avocat des parties civiles, à l’occasion de l’enquête de personnalité, tandis que défilent, en visioconférence, enquêtrice, psychiatre et psychologue.

Un couple où les infidélités sont nombreuses. « On voit que cela s’entasse, que c’est de plus en plus compliqué. C’est un couple qui se dégrade, il n’y a plus de complicité », estime un expert. Une deuxième relève qu’« il lui était impossible d’accepter une réalité presque évidente ».

Au fil des rapports d’experts, se dessine le portrait d’un homme, né à Saint-Etienne en 1973, dont l’enfance a été difficile. Issu d’une « famille conservatrice, à l’ancienne », « il a très souvent été livré à lui-même ».

Malgré une jeunesse compliquée, Alexandre Rebours se construit tout seul, et rejoint un corps d’élite de l’armée française, dans laquelle, il l’affirme, il se sent enfin à sa place. Il sera décoré de l’Ordre national du Mérite pour ses états de service sous l’uniforme.

Ses proches le décrivent comme un homme apprécié de son entourage, calme, réservé, altruiste, et gentil.

« Il n’y a pas une personne, en procédure, qui dit que mon client a déjà haussé le ton », souligne maître Simoni, l’un des deux conseils d’Alexandre Rebours.

Néanmoins, précisera l’experte psychologue, s’il a reconnu avoir agressé Dominique Desvignes, il n’a pour autant « jamais verbalisé de regrets » lors de leurs entrevues.

Honte

À 18h, ce sont les médecins qui défilent à la barre, pour revenir sur les conséquences médicales de l’agression pour Dominique Desvignes, dont un traumatisme crânien grave, et ses séquelles, parmi lesquelles un ITT de 228 jours, et un déficit fonctionnel permanent. Ce dernier point a fait débat, en absence d’un rapport définitif.

« Si les secours n’étaient pas arrivés, que serait-il arrivé à la victime ? », demande la cour. « Monsieur Desvignes ne serait plus là. Il serait décédé », répond le médecin.

J’étais abasourdi. Qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que j’ai fait ? 

Alexandre Rebours

« J’ai eu un comportement déplorable, et j’ai très honte de ce que j’ai fait », conclut Alexandre Rebours peu après 20 heures. « J’ai plongé dans les égouts, quand je suis allé voir monsieur Desvignes, je me suis moi-même dégradé. J’aurais dû prendre de la hauteur, m’en aller, et ne plus jamais revenir. Voilà ce que je pense, et je le redis encore avec beaucoup de sincérité, monsieur est une victime, et je m’en voudrai toute ma vie pour le geste que j’ai fait ».

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