Covid-19 : les bastiais apprennent à faire leur marché masqués

Le marché du dimanche matin, c'est un rendez-vous incontournable à Bastia. Un rendez-vous qui attire la foule, été comme hiver. Epidémie ou pas épidémie. Alors depuis la semaine dernière, le port du masque est obligatoire. Une décision pas toujours facile à faire respecter.

- "Je vous ai demandé de le mettre sur le nez, c'est tout !
- Mais tu te prends pour qui, sors-moi de là !
- Arrêtez de m'agresser !
-Aho c'est vous qui m'avez agressé...
- Je ne vous agresse pas, je vous le dis, encore et encore. Mettez-le bien, ce masque !"


Il est 7h30 ce matin, sur la place Saint-Nicolas. L'installation des stands des retardataires est perturbée par des éclats de voix qui montent de l'allée centrale.
Sauveur Bianco, l'un des gérants de l'Association pour l'Animation de la Corse, qui gère le marché aux puces, a maille à partir avec un quinquagénaire très remonté. 
Histoire de ne pas attirer l'attention des quelques lève-tôt qui sont venus tenter de dégoter une bonne affaire, Sauveur prend l'homme par le bras et l'emmène à l'écart. 
Loin des oreilles des curieux, le ton s'apaise, et les deux hommes se séparent, masque sur le nez. 
Une petite victoire...

Une habitude difficile à prendre

Sauveur rejoint Jean-Louis Pasqualini, qui arpente chaque dimanche avec lui le marché pour placer les gens, faire remplir les fiches des exposants, vérifier la taille des stands.
La journée vient de commencer, mais il a l'air épuisé. 
"On n'est pas de la police, on veut juste faire respecter l'arrêté préfectoral. Dans l'allée centrale il faut un masque, et on n'a pas envie que les gens disent qu'au marché aux puces, les gens ne le portent pas. On ne veut pas prendre le risque qu'on interdise le marché. Mais croyez-moi c'est pas facile, pas facile du tout". 
Lucien, le bouquiniste historique du marché aux puces, se mêle à la conversation, histoire de rassurer les organisateurs. 
Masque sur le nez, et gel hydroalcoolique à la main.
"Par rapport à dimanche dernier, y a du mieux. Il y a une semaine, les gens n'étaient même pas au courant, alors pas grand monde n'avait de masque sur le visage. Mais ce matin, j'ai l'impression que beaucoup de personnes jouent le jeu, et plutôt de bonne grâce".

La décision avait surpris tout le monde, et elle était tombée le 7 août dernier, à deux jours de la tenue des marchés bastiais. Alors il a fallu intégrer l'information. Et changer des habitudes prises depuis longtemps. 

Faire preuve de patience

Sauveur quitte le petit groupe qui s'est formé devant le rayon des livres d'Histoire de Lucien, et met le cap sur deux promeneurs d'une trentaine d'années. 
"-Il faut mettre un masque messieurs.
- Même sur la place ???
- Oui, on vous le dit, c'est tout. Si vous voulez vous le mettez, si vous ne voulez pas vous passez là-bas, derrière les stands. On vous renseigne, on vous oblige pas. Mais si la police vous voit, elle vous mettra une amende de 135 euros..."


La menace semble faire réfléchir le trentenaire, ce qui ne l'empêche pas de reprendre sa route au milieu de l'allée, comme si de rien n'était. Pariant, peut-être, sur le fait que la police fait la grasse matinée le dimanche matin...

Une décision pas comprise par tous

Olivia, elle, examine une carafe promotionnelle Casanis, qu'elle verrait bien sur la terrasse de sa résidence secondaire, à Erbalunga. 
Un Panama pour la protéger du soleil qui commence à taper fort, et pas de masque sur le visage. 
"On est encore dans un pays libre. Je fais ce que je veux. Et je ne veux pas porter de masque ici. Je l'ai dans mon sac, mais je ne le mets que dans les commerces. Ca ne sert à rien en plein air. On marche tranquillement, on n'est pas collés, on ne craint rien, et regardez là-bas. Dans une demi-heure, y aura plus une place, et ça ne gênera personne. Le masque, là-bas, n'est pas obligatoire".

Olivia pointe d'un menton dédaigneux les terrasses qui s'étendent tout au long du boulevard du général de Gaulle, de l'autre côté de la place Saint-Nicolas.

Le café en terrasse, le dimanche matin, à Bastia est une institution.
Et .effectivement, les places y sont chères. 
Effectivement, personne ne porte de masque, hormis les serveurs. 
Effectivement, ça ne gêne pas grand monde. 

"On est dans un pays libre. Je fais ce que je veux"

La raison ? 
Le masque est obligatoire sur la place Saint-Nicolas, c'est vrai.
Mais la règle, pour les cafés et restaurants, s'applique comme partout ailleurs. 
Une fois attablés, pas besoin de masque. 
Surtout en extérieur. 

Alors les terrasses sont bondées, les clientes et les clients pas masqués, et les distances de sécurité entre les tables plus respectées depuis longtemps dans la plupart des établissements. 
De quoi énerver certains Bastiais, et nombre de touristes, qui ne comprennent pas cette politique du "deux poids, deux mesures" , et dénoncent l'incohérence de certaines décisions. 
 


"Mon stand, ce serait un cluster à lui tout seul !"

Sur la place du Marché, où prennent place les étals des maraîchers, des éleveurs et des fromagers, même ambiance.
Il y a ceux qui sont pour. et ceux qui sont contre. 
Pour autant, une bonne moitié des promeneurs et des clientes font contre mauvaise fortune bon cœur, et arborent le masque. 
Au grand soulagement de Serge, qui vend des fruits et des légumes.

Sur son stand, on touche, on malaxe, on prend, on repose, et c'est déjà un problème qui l'inquiète, alors il a disposé un gel à proximité.  
C'est un bon début, mais ce n'est pas vraiment suffisant. 
Alors Serge a appris à apprécier les masques. Ca évite les projections sur ses produits. 
"Si c'était pas le cas, avec le monde qui passe, mon stand, ce serait un cluster à lui tout seul! " s'amuse-t-il, en écarquillant les yeux. 

Contre mauvaise fortune bon coeur

Les exposants n'ont pas vraiment le choix. Ils sont pour l'arrêté préfectoral, même si cela va avec son lot de contraintes. 
Le marché, ils en ont besoin pour écouler leur production, et gagner leur vie. 
Si par malheur il était interdit, comme cela a été le cas pendant le confinement, les conséquences pourraient être dramatiques. 
Alors ils le portent, même si, dès que l'occasion se présente, ils le glissent sous le menton, ou se réfugient à la terrasse du café le plus proche, pour respirer un peu en guettant le client. 

Du côté des clients, et particulièrement des touristes, le ton est un peu différent. 
la plupart jouent le jeu, mais avec plus ou moins d'entrain...

On enlève le masque à chaque coin de rue pour le remettre à l'autre ?

"Dans une rue oui, dans l'autre non ! Comment on s'en sort, nous ? interroge Gustave, père de famille venu en vacances dans la région bastiaise avec son épouse et ses deux filles. On souligne sur un plan les rues concernées ? On enlève le masque à chaque coin de rue pour le remettre à l'autre ? Alors on le garde tout le temps, de peur de prendre une contravention. 135 euros multipliés par 4, ça ferait mal au budget vacances..."
Audrey, sa compagne, rebondit :
"Avec cette chaleur, c'est désagréable, ça gâche un peu le plaisir... On vient plus trop en ville, et on reste le plus longtemps possible à la plage..."

"Profitez-en, glisse, taquin, le vendeur de beignets au brocciu qui leur fait face, avant que l'on impose aussi le masque pour aller se baigner..."
Le couple de touristes alsaciens lui jette un regard inquiet, avant de se détendre.
Gustave prend le chemin du parking en lançant, d'un ton désabusé :
"Bof, de toute façon, désormais, on peut s'attendre à tout..."

 
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