Festival de la BD de Bastia : « Je crée mon propre monde, je ne suis plus à la merci du monde qui m’entoure », livre Luz

Le festival de la BD de Bastia se tient jusqu’au 7 avril. Cette année, l’édition a été marquée par la participation surprise de Luz. L’ancien dessinateur de Charlie Hebdo répond aux questions de France 3 Corse.

Luz, ancien dessinateur de Charlie Hebdo, était l’invité surprise de la 31e édition du festival de la BD de Bastia. 

Ainsi, une exposition dédiée à son parcours est proposée à L’Arsenale jusqu’au 30 avril prochain. Une centaine de planches originales sont accessibles au public. 

Une journée avant la fermeture du festival, le dessinateur a accordé un entretien à France 3 Corse ViaStella. 

Vous n’étiez pas revenu à Bastia depuis 2010, est-ce que ça fait du bien de retrouver le festival de la BD de Bastia ? 

Oui, ça fait du bien de retrouver les bases d’un festival qui a toujours été très accueillant. Ça fait du bien de renouer le dialogue aussi avec les lecteurs et les lectrices. Bastia una volta c’est justement un endroit où les rencontres peuvent se faire et perdurer.

Même si à l’époque, c’était une autre organisation, d’autres personnes, finalement la chaleur est toujours là, la bienveillance est toujours là. Quand on dessine tout seul, on est un peu solitaire, et on a besoin un peu d’une équipe derrière soi et je sais qu’ici, à Bastia, il y a toujours une bande derrière soi. 

Vous étiez dessinateur de presse, aujourd’hui vous vous définissez comme un dessinateur normal, quelle est la différence ? 

La différence entre un dessinateur qui est obligé d’être actif, par rapport à la politique, à ce qu’il se passe dans le monde, et celui que je suis devenu, c’est tout bêtement le temps. Le temps de réfléchir, de prendre des notes, de créer de nouveaux personnages. 

Et puis il y a une grande différence, c’est qu’à l’époque, je faisais du dessin politique donc je dessinais des hommes politiques… Je dessinais contre et maintenant, je dessine pour. C’est très important. Je crée mon propre monde, mon propre langage et du coup, je ne suis plus à la merci du monde qui m’entoure, je décide de ma temporalité.  

Ce travail de dessinateur de BD est visible à L’Arsenale, il y a une exposition de vos planches, on y voit l’évolution de votre dessin et notamment dans votre dernier album, Testosterror, vous avez réfléchi à comment dessiner les femmes… 

C’est une bande dessinée qui parle de la masculinité toxique et aussi de comment on fait en sorte de sortir du mythe de la masculinité, virilité, dans lequel on est né et dans lequel on patauge. 

Dessiner un personnage féminin, c’est aussi lui donner la possibilité d’être moche. Et quand vous regardez une bande dessinée et que vous ne voyez que des femmes trop belles, ça veut dire qu’il y a un problème, que le dessinateur ne dessine non pas la réalité, mais son fantasme. Moi, j’aime bien dessiner la réalité même si c’est une réalité un petit peu tordue.  

À L'Arsenale vous avez eu un grand moment, celui de retrouver des planches que vous aviez dessiné il y a longtemps. Vous avez eu une grande émotion devant ces originaux ... 

Dans les choix qui ont été faits, il y avait aussi des planches tirées de l'album Catharsis qui est au tout début de mon nouveau travail de dessinateur, sorti en 2015. Et il y a ces planches où je discute avec ma femme, à l'époque, on n'est pas encore sortis du drame et on n'est pas encore sortis de la sidération. On se dit est-ce qu'on va réussir ? Est-ce qu'on va encore réussir à s'aimer ? C'est toujours le cas. 

J'ai revu ces planches et en dehors de l'émotion, revoir ces planches et de me dire qu'elles sont encore modernes, contemporaines, qu'elles font encore sens aujourd'hui... Il y avait la couleur rouge carthame que je n'avais pas vue depuis longtemps. Dans mes souvenirs c'était très en noir et blanc et c'est bien de coloriser un petit peu ces souvenirs là. Ca m'a fait du bien, peut-être, de voir que j'avais mis une touche de couleur dans un moment très sombre.  

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Luz, dessinateur ©France Télévisions