Ilôt de la Poste à Bastia : les incertitudes sont loin d'être levées

Pierre Savelli et la majorité veulent "reprendre la main" sur le dossier, alors que le mandataire, le groupement Antoniotti rencontre des difficultés. L'opposition pointe du doigt le manque de vision de la municipalité dans ce dossier majeur de la mandature.

Jean-Louis Milani et quelques autres élus sont déjà là, mais la séance du conseil municipal de Bastia ne débute que dans une demi-heure.

Deux personnes passent entre les rangs où prennent place les conseillers pour déposer un rapport d'information de quelques pages concernant le projet de l'îlot de la Poste, l'un des projets phare de la majorité municipale.

Le dossier s'est invité au programme de la séance, en urgence, après l'annonce par France 3 Corse, la semaine dernière, que le projet porté par le groupement Antoniotti était abandonné.

Défaillance

Le rapport rappelle l'historique de ce projet, censé redynamiser le centre-ville, et le bas de la vallée du Fango. L'îlot de la Poste, bien connu des Bastiaises et des Bastiais, devait être totalement repensé, et devenir un ensemble immobilier de 12.000 mètres carrés, avec un parking de 300 places, et un hôtel, des appartements, et les locaux de la Poste et ceux de France Télévisions.

On va arrêter de perdre du temps

Pierre Savelli

Le problème, c'est que le groupement Antoniotti, qui avait décroché le chantier, n'a déposé aucun permis de construire avant le 16 février. Même s'il dispose encore de près d'un an, jusqu'au 22 février 2025 pour apporter les garanties de financement, la mairie estime que c'est du temps perdu, et désire rompre à l'amiable avec le groupement Antoniotti, même si ce n'est pas si simple que cela. 

Écoutez l'explication de Pierre Savelli sur la situation avec le mandataire : 

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{} ©France Télévisions

Contacté par nos soins, Dominique Antoniotti s'est refusé à tout commentaire.

Un échec politique concernant la stratégie d'attractivité de la ville

Julien Morganti

En préambule du conseil municipal, Pierre Savelli a donc pris la parole, et exposé les faits, avant d'annoncer une suspension de séance d'une vingtaine de minutes, pour que les élus puissent prendre connaissance du rapport.

Un choix qui a passablement irrité l'opposition, comme l'a énergiquement fait savoir Jean-François Paoli, qui a dénoncé une méthode "cavalière et assez osée"

Écoutez les reproches formulés par l'opposition : 

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{} ©France Télévisions

Après l'interruption de 20 minutes, l'opposition a pris acte du rapport, et les débats ont tourné court. Nul doute que la question s'invitera régulièrement, lors des prochains mois, lors des séances du conseil municipal. 
Mais en attendant, Julien Morganti, lui, dénonce le manque de préparation dont ferait preuve la majorité: "c'est surprenant que l'on n’ait toujours pas la position de la mairie sur l'îlot de la Poste. Voilà huit ans que les Bastiais sont trimballés de projet en projet concernant ce site. Ce dossier est le symbole de l'échec de cette mandature, un échec de gestion, un échec financier, et surtout un échec politique sur la stratégie d'attractivité de la ville". 

Prudence

Pour Pierre Savelli, ce que l'opposition voit comme un manque de préparation est au contraire un souci de précision : "ce rapport a été fait une fois qu'on a obtenu des informations précises sur le devenir de l'îlot de la Poste. On a fait le choix d'informer le conseil municipal, et il était prévu que nous le fassions avant que l'affaire sorte dans les médias. Malheureusement, l'information est sortie dans les médias avant la date du conseil municipal. Ce n'était pas notre choix".

Le maire de Bastia préfère insister sur le positif, à savoir la levée de la menace que faisait planer le risque d'inondation de la zone où se trouve l'avenue Maréchal Sebastiani. À la fin de l'année dernière, la préfecture a pris un arrêt de modification qui autorise désormais la réhabilitation des bâtiments déjà existants, et donc, de l'îlot de la Poste.

Un frein d'importance au projet a été levé, avec cette décision. Mais pour autant, cela ne suffira pas à faire du projet une promenade de santé...