Musica Day à Bastia : le vinyle fait de la résistance

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Deuxième édition de cette journée bastiaise consacrée à la musique, à toutes les musiques. Un rendez-vous incontournable pour les musiciens, les curieux, et les amateurs de vinyles, pour qui la médiathèque Barberine Duriani se transforme en caverne d'Ali Baba.

Alexandre, méticuleusement, passe en revue les dizaines de bacs de disques qui ont envahi la terrasse de l'Alb'Oru, à Bastia. Des milliers de vinyles, de la soul au hip-hop en passant par le reggae, la chanson corse et les musiques de films.

Un univers à explorer

Avec un grand sourire de satisfaction, Alexandre se dirige vers la caisse. Sous son bras, Let it bleed des Stones, Abbey Road des Beatles, et The Wall, de Pink Floyd. Des classiques parmi les classiques, dont les amateurs de rock connaissent le moindre note.  

Mais Alexandre a 14 ans. Et pour lui, ces disques, c'est un peu le ticket vers un univers inconnu, un continent à explorer, dont il devine à peine les rivages. Le rock.

Heureusement qu'il y a des choses comme Musica Day. On se sent moins seul.

"Mes copains, à l'école, ils me regardent comme un extra-terrestre. Ils me disent toujours : mais qu'est-ce que c'est que ces trucs que tu écoutes ? Aujourd'hui, la musique, ce sont les ordinateurs... Alors les guitares, pour eux, c'est loin". 

Il y a six mois, Alexandre a acquis une guitare électrique, et tous les soirs, il joue, dans sa chambre. "Quand je serai meilleur, je chercherai un groupe. Mais c'est difficile... Y a plus de magasins de disques, plus de salles pour jouer en live, de moins en moins de magasins d'instruments de musique... Heureusement qu'il y a des choses comme Musica Day. On se sent moins seul !" sourit Alexandre, avant de mettre le cap vers un autre stand de vinyles avec son père. 

Démocratiser l'accès à la culture

C'est toute l'idée qui sous-tend cette journée dédiée à la musique, sous toutes ses formes, et organisée par la direction des affaires culturelles de la ville de Bastia, en partenariat avec l'alb'Oru. "Le maître mot, c'est convivialité. A travers un tel lieu de rencontres, on veut démocratiser l'accès à la culture", précise Mattea Lacave, adjointe au maire en charge de la culture. 

Durant toute la journée, à Lupinu, se tiennent des ateliers, une bourse aux instruments, des rencontres avec des écoles et associations de musique de la région, le conservatoire, et la journée se termine par une projection gratuite du classique de John Landis, The Blues Brothers

Pressages d'origine

Mais ce qui attire le plus de monde, c'est la foire aux vinyles. Philippe est l'un des six brocanteurs qui ont créé "le garage", à Ajaccio. Lui, son truc, c'est la musique. Et il a franchi Vizzavona avec des centaines de vinyles en parfait état. La plupart sont vieux de plusieurs décennies. Certains sont même des pressages d'origine, le graal ultime pour les amateurs. "Le son de l'époque n'a pas d'équivalent. Il n'a rien à voir avec les CDs, bien sûr, ou le streaming. Mais il n'a rien à voir non plus avec les pressages actuels, qui sont compressés, et sonnent comme un CD". 

Dans un coin de la terrasse, le DJ pose Across 110th Street, de Bobby Womack sur la platine. Et les clients, qui examinent avec soin les pochettes et les disques, à la recherche de la moindre rayure, dodelinent du chef en rythme. Certains d'entre eux empilent les pépites dans un coin, au fur et à mesure de leurs pérégrinations. "Je vais encore me ruiner...", lance un sexagénaire, goguenard, à une connaissance, devant un bac Elvis Presley. "Rien que de regarder, mon compte en banque baisse déjà"

Et pourtant... Alors que les vinyles neufs sont de plus en plus cher, avec des prix montant parfois jusqu'à 40 euros, le marche de l'occasion, lui, reste abordable. A la médiathèque, ce matin, un AC/DC première période se négocie à 25 euros, et un Nino Ferrer, rare et en parfait état, à une soixantaine d'euros. Mais Philippe, le marchand de disques, sourit : "ce n'est pas toujours le cas. parfois, les prix peuvent s'envoler. Il y a certains disques très, très rares, presqu'impossibles à trouver. Vous avez autant de chance de tomber dessus que de trouver les bons numéros au loto !"

Et l'on ne parle pas uniquement d'un premier pressage de Pet Sounds des Beach Boys, ou de Sticky Fingers, des Stones, avec la véritable braguette, imaginée par Andy Warhol, qui s'ouvre sur la pochette...

Il y a un groupe corse, Rialzu, qui a signé un disque de rock progressif en 1978. Il est rarissime, et il se négocie, sur le net, à plus de 1.000 euros !

Philippe

La musique corse compte quelques incunables, tels que Spaventu, d'I Voci di a Gravona, ou d'autres, moins connus, mais a qui le temps, et la rareté, ont conféré un statut presque légendaire, selon Philippe. "Il y a un groupe, Rialzu, qui a signé un disque de rock progressif en 1978. Ils l'ont enregistré chez Ricordu, et il a été tiré à mille exemplaires. Il est rarissime, et il se négocie, sur le net, à plus de 1.000 euros ! Et ce, dans le monde entier ! Par exemple, les japonais en sont fous..."

Alexandre, lui, repart chez lui, ses vinyles précieusement emballés. Avec l'envie pressante de les poser sur la platine, et de tenter de jouer l'arpège d'I want you (she's so heavy) ou le solo de Love in vain. Avant peut-être, à son tour, de monter son groupe, et de créer sa propre musique. Histoire de prendre la suite de ces glorieux anciens. 

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