Le procès en appel de Jacqueline Angelini, accusée du meurtre de son conjoint, s'ouvre ce mardi à Bastia

Le procès en appel de Jacqueline Angelini s'ouvre devant au Palais de justice de Bastia le 17 novembre. Cette femme est accusée du meurtre par balle de son compagnon, Jacques Ambrosi. Condamnée en première instance à 22 ans d'emprisonnement, elle évoque un coup de feu accidentel lors d'une dispute.

ILLUSTRATION. Le tribunal de Bastia.
ILLUSTRATION. Le tribunal de Bastia. © Pascal Pochard-Casabianca / AFP
Le procès en appel de Jacqueline Angelini s'ouvre mardi 17 novembre devant les assises de Haute-Corse.

La sexagénaire est accusée du meurtre de son époux, Jacques Ambrosi, en août 2016, à Ucciani. Condamnée en première instance à 22 ans d'emprisonnement - une peine plus sèvere que celle alors requise par l'avocate générale, 15 ans -, elle reconnait les faits, mais assure un drame accidentel.

Décrite par la défense comme une femme à bout, soumise aux violences et aux brimades d'un conjoint souvent en état d'ébriété, Jacqueline Angelini évoque un "coup mortel" survenu lors d'une dispute de couple qui aurait dégénéré, le soir du 28 août 2016.
C'est dans ce chalet, à flanc de colline à Ucciana, que s'est déroulé le drame, le soir du 28 août 2016.
C'est dans ce chalet, à flanc de colline à Ucciana, que s'est déroulé le drame, le soir du 28 août 2016. © FTV
"Ce jour-là, Madame Angelini discute avec son époux, lequel est en train de manipuler des armes. Une arme est agitée devant elle, une bagarre éclate, elle prend l’arme et malheureusement, il y a ces coups mortels. Et elle maintient cette version depuis le début", expliquait en novembre 2019 maître Marie-Hélène Casano-Servas, son avocat, devant la cour d'assises de Corse-du-Sud.

Une version des faits alors récusée par l'avocate générale. Pour cette dernière, la volonté d'homicide était évidente, le mari étant désarmé au moment où les coups de feu ont été tirés. Même conclusion pour la famille de la victime : la préméditation du meutre ne fait pas l'ombre d'un doute.

La question d'un meurtre avec ou sans préméditation

Dans ce dossier, de nombreuses zones d'ombres subsistent encore. Combien de coups de feu ont-ils été tirés ? Trois, comme l'assure Jacqueline Angelini - qui clame aussi des difficultés à se souvenir de l'épisode qui l'aurait traumatisée - , ou quatre ? La victime était-elle debout et menaçante, ou endormie, comme le pense la partie civile ?

Une seconde hypothèse étayée par le témoignage de la soeur de l'accusée. Cette dernière, confontrée à la suite d'une mise sur écoute de son téléphone, a laissé entrendre au juge d'instruction avoir reçu un coup de fil, le soir du drame, dans lequel Jacqueline Angelini aurait admis avoir tué son époux dans son sommeil.

Avec ce procès en appel, la partie civile espère, au-delà d'obtenir justice, "enfin entendre la vérité de vive voix". "Mon père a été présenté comme un tyran sadique... Ce n'est pas tolérable", se désole Jean-Jacques Ambrosi, fils de la victime.

Il ne s'agit pas d'un drame conjugal, mais d'un acte monstrueux.

Jean-Jacques Ambrosi, fils de la victime

Il appelle à une forme de "respect" dans le traitement de cette affaire.

Jean-Jacques Ambrosi regrette ainsi la couverture médiatique et publique qui lui a été consacrée. "J'espère ne pas réentendre les nombreuses choses malsaines dites sur mon père. Car il ne s'agit pas d'un drame conjugal, mais bien d'un acte monstrueux."

Lui et "toute sa famille" seront présent pour suivre l'ensemble du procès en appel. Un moment qui sera sans nul doute "extremêment douloureux". 

Une première condamnation "très dure"

Une audience qui sera également suivie de "très près" par l'association corse "d'entraide féminine" Donne e Surelle.

L'organisation prend note d'une première condamnation "très dure". "On peut constater, de manière globale, que les peines pour féminicide sont généralement plus faibles que dans une situation inversée. Peut-être parce que les assassinats de femmes par leur conjoints sont plus banalisés dans la société, et cela se ressent après dans les jugements", s'interroge Laetitia Marrocu, sa présidente.

On peut constater, de manière globale, que les peines pour féminicides sont généralement plus faibles que dans une situation inversée.

Laetitia Maroccu, présidente de l'association Donne e Surelle

Elle insiste néanmoins sur l'importance de laisser la justice trancher dans ce dossier.

"C'est une histoire très douloureuse qui a suscité beaucoup d'émoi. Mais il n'est pas question de mettre en place un tribunal populaire, assure-t-elle. Nous suivrons de très près la décision en appel, mais il ne faut pas que cet intérêt devienne malsain. Il ne faut pas oublier que derrière toutes ces affaires, il y a des familles en souffrance."

Le verdict devrait tomber vendredi 20 novembre, au terme de quatre journées d'audiences.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société