Trafic de drogue entre l'Espagne et la Corse: relaxe et prison ferme prononcées par le tribunal correctionnel de Bastia

Après une semaine d’audience, le jugement est tombé vendredi 9 octobre. 9 hommes comparaissaient devant le tribunal de Bastia pour association de malfaiteurs dans un trafic de stupéfiants entre l’Espagne et la Corse. Les peines prononcées vont de la relaxe à 7 ans d’emprisonnement.
Les peines sont tombées ce vendredi 9 octobre.
Les peines sont tombées ce vendredi 9 octobre. © Stéphane LAPERA / FTV
Si les avocats de Marc-Antoine Mattei, décrit par la procureure comme "le principal organisateur du trafic" ont immédiatement annoncé faire appel, du côté de la défense, les peines, largement revues à la baisse après les réquisitions de la veille, ont été dans l’ensemble favorablement accueillies.

L’accusation réclamait 11 et 6 ans de prison avec mandat de dépôt à l’encontre de Marc-Antoine Mattei et Yassine Akhazzane, principaux suspects de l’affaire, assorties respectivement de 80.000 et 30.000 euros d’amende.

Des sanctions fermes, seul manière selon elle de lutter efficacement contre les trafiquants, qu’elle juge de plus en plus doués pour cacher leurs méfaits.

Des injonctions que le tribunal correctionnel de Bastia n’aura finalement pas décidé de suivre. Les deux hommes, reconnus coupables d’association de malfaiteurs, écopent respectivement de 7 ans et 18 mois d’emprisonnement, couplé d’une amende de 30.000 euros pour Marc-Antoine Mattei.
Neuf hommes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Bastia pour association de malfaiteurs dans un trafic de stupéfiants entre l'Espagne et la Corse entre 2016 et 2018.
Neuf hommes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Bastia pour association de malfaiteurs dans un trafic de stupéfiants entre l'Espagne et la Corse entre 2016 et 2018. © Stéphane LAPERA / FTV
Pour Romain Ridolfi, Remy Virou, Cédric Guerrero, Anthony Scanu et Jean-Philippe Muddadu, le tribunal a prononcé la relaxe pour le motif d’association de malfaiteurs.

Jean-Philippe Muddadu, Anthony Scanu, Rémy Virou et Cédric Guerrero sont reconnus coupables de trafic de stupéfiants. Jean-Philippe Muddadu, qualifié de "chef des revendeurs" par l’accusation, écope de la peine la plus importante : 5 ans d’emprisonnement et maintien en détention, ainsi qu’une amende de 10.000 euros.

Ce sera respectivement 3 et 2 ans d’emprisonnement  pour Anthony Scanu et Rémy Virou. Le premier voit sa peine assortie d’une peine probatoire de 6 mois et d’un suivi de soins. Pour le second, la condamnation précise son maintien en détention.

Cédric Guerrero est lui condamné à 18 mois de prison dans 6 mois sursis. Une peine immédiatement aménageable en peine d’un an à domicile avec bracelet électronique.

Romain Ridolfi est de son côté reconnu coupable de complicité de trafic, et écope de 8 mois d’emprisonnement.

Enfin, Charles Mattei et Jean-François Mattei, cousins germains de Marc-Antoine Mattei, sont relaxés pour association de malfaiteurs. Le second, sous le coup d’un mandat d’arrêt depuis le mois de mars, ne s’est pas présenté aux audiences.

Des peines de 4 ans de prison avec mandat de dépôt étaient requises à leur encontre par le ministère public.

Un dossier avec plusieurs "difficultés"

L’enquête a révélé que Marc-Antoine Mattei, a effectué 15 voyages entre l'Espagne et la Corse entre 2016 et 2018, aucune preuve formelle n'a pu être établie.

Pour l'accusation, cela ne fait aucun doute : il allait bien s'approvisionner en cannabis. Ce qu’à nié en bloc l'homme de 32 ans, tout comme son co-prévenu, Yassine Akhazzane.

Les deux hommes l'affirment : s'ils se sont rendus en Espagne, c'est pour y monter un élevage de poulets.

Depuis l’ouverture du procès, lundi 5 octobre, la procureure de la République a été attaquée sur le dossier d’enquête. Des points qu’elle désignait sobrement de "difficultés" : absence de saisie importante de drogues, pas de preuves directes, et conversations téléphoniques sujettes à interprétations.

Des "faiblesses dans le dossier "selon Me Claudia Lusi, avocate de Marc-Antoine Mattei, qui l’avait incitée au sortir de l’audience jeudi 8 octobre a demandé la relaxe. 

"On a largement le sentiment que la faiblesse de ce dossier impose à Madame la procureure de prendre des réquisitions très lourdes pour essayer de le faire tenir. On arrive à la fin de ces réquisitions avec des déclarations qu'elle qualifie elle-même d'invérifiables, et on a vraiment le sentiment qu'on nous prend pour des idiots".

"Revendeurs" et "chef des revendeurs"

Le réseau comprenait, selon l'accusation, un système de revente de cannabis et de cocaïne en Balagne, à Ajaccio et à Propriano, piloté depuis la microrégion du Niolu.

Dans ce système, elle qualifie quatre suspects, en état de récidive, de "revendeurs" : Anthony Scanu, Romain Ridolfi, Rémi Virou et Cédric Guerrero.

Un terme fermement rejeté par la défense. Pour leurs avocats, les quatre hommes seraient avant tout de simples consommateurs de stupéfiants. "Les quantités qui sont évoquées sont des quantités en grammes, et les sommes sont en centaines d’euros", a ainsi avancé Me Laurent Ivaldi, avocat d'Anthony Scanu. 

"Le mot trafic peut englober beaucoup de choses, et je crois qu’il faut revenir à un problème essentiel qui est à mon avis celui de la consommation et comment on traite cette délinquance. Est-ce-qu’on la traite uniquement par une peine de prison ferme ou est ce qu’on essaye de mettre en place d’autres sanctions ?"
Pour l'accusation, cela ne fait aucun doute : Marc-Antoine Mattei, décrit comme "le principal organisateur du trafic"  allait s'approvisionner en cannabis en Espagne.
Pour l'accusation, cela ne fait aucun doute : Marc-Antoine Mattei, décrit comme "le principal organisateur du trafic" allait s'approvisionner en cannabis en Espagne. © Stéphane LAPERA / FTV

 

Le ministère public fait de lutte contre le trafic de drogue "une priorité"

Ce dossier est la première grosse affaire de stupéfiants à Bastia depuis la rentrée.

Au mois de septembre, le nouveau procureur de Bastia, Arnaud Viornery, avait rappelé que la lutte contre le trafic de drogue restait une des priorités du ministère public. Et le moyen pour les parquets locaux de faire obstacle à l'emprise du crime organisé en Corse.
 
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