Paul Natali : de l'entreprise à la politique

Paul Natali, sous les colonnes du Sénat / © Martin Bureau, AFP
Paul Natali, sous les colonnes du Sénat / © Martin Bureau, AFP

Paul Natali est décédé à la clinique Maymard à l'âge de 86 ans au terme d'une longue maladie. C'est une figure de la Corse qui disparaît aujourd'hui, et qui aura marqué une époque de la vie politique et économique de l'île. 

Par Jean-Vitus Albertini, édité par Sébastien Bonifay

Que retiendra-t-on de la vie publique de Paul Natali ?

Son poids économique à la tête de la plus importante entreprise de BTP de l'île dans les années 80/90 ?
Son action à la tête de la Chambre de commerce et d'Industrie de la Haute Corse qu'il présida de 1984 à 1999 ?
Son parcours politique qui le conduisit jusqu'au Sénat après avoir chuter l'homme fort de la Haute-Corse François Giacobbi à qui il ravit le conseil général en 1992 ?
Ou encore son passage au S.E.C.Bastia qu'il dirigea lors de la fameuse épopée européenne de 1978 qui abouti à la finale de la Coupe UEFA ?

Beaucoup de tout cela sans doute.
 

Un homme aux multiples carrières

L'employé de l'entreprise de travaux publics qui conduisait des engins de chantiers s'est mué en chef d'entreprise incontournable dans le secteur du BTP.
Une réussite rapide qui lui a permis de s'imposer parmi ses pairs et devenir en 1985 le Président de la CCI de la Haute-Corse. Une place prépondérante dans le monde économique qui donnera une dimension nouvelle à la chambre et l'imposera parmi les décideurs économiques.

Mais Paul Natali vise plus haut.
Beaucoup plus haut.

La politique il s'y est déjà investi en 1984 lorsqu'il est élu conseiller régional et fait son entrée à l'Assemblée de Corse. Il y restera 14 ans.
Entretemps il entamera un parcours ascentionnel qui l'amènera jusqu'au Sénat.
Etape par étape il va conquérir les mandats et s'imposer comme incontournable à Droite sans jamais cependant devenir le leader de son camp.
Paul Natali, figure de la Droite insulaire durant des décennies / © Stephan Agostini, AFP
Paul Natali, figure de la Droite insulaire durant des décennies / © Stephan Agostini, AFP

 

Une ascension politique progressive et inexorable

En 1986 il devient conseiller général du canton de Borgo.
Il lui faudra cependant faire preuve de patience, le Département de Haute-Corse étant le fief du très puissant François Giacobbi dont la majorité va bien au delà de son camp politique.

L'occasion va pourtant se présenter 6 ans plus tard.
Ce sera là le firmament de sa vie politique.

Le Statut Joxe entre en application et la première élection Territoriale se couple avec les cantonales.
Le système politique traditionnel est fortement ébranlé par la poussée nationaliste mais aussi par les rapprochements qui se dessinent entre les progressistes.
La Droite l'emporte aux Territoriales et aux cantonales.
Si le département de Corse du Sud lui est acquis, celui de Haute-Corse est beaucoup plus incertain.

Certes mathématiquement la « famille libérale », comme se plaît à la dénommer Paul Natali, dispose désormais d'une majorité de conseillers généraux mais en face il y a François Giacobbi.
La force de son système rend l'éléction du futur président très aléatoire.

Les accords de Castirla temps fort de la Droite

Il faut donc impérativement verrouiller l'ensemble de la famille pour que tout se déroule normalement.
C'est à dire pour que la Droite majoritaire conserve ou s'empare des trois institutions.

L'élection des Présidents se fera en deux temps le jeudi à l'Assemblée de Corse et le Vendredi dans les conseils généraux.

Le 31 mars l'ensemble de la Droite est donc réunie au Ponte a Castirla à l'auberge « Chez Jacqueline ».

La situation est simple :
Aucune voix ne doit manquer à Paul Natali qui affrontera François Giacobbi, et gare à ceux qui dévieraient.
Les conséquences pourraient être néfastes au plan territorial.

17 signatures – l'ensemble des présents – s'engageront donc sur ces bases.
Tout le monde respectera sa parole, il ne manquera pas une voix à Paul Natali qui deviendra le nouveau Président du Conseil général de la Haute-Corse.

Un événement politique d'importance puisqu'il mettra fin au règne de François Giacobbi après 23 ans à la tête du Département.

C'est donc dans cet habit d'homme fort de la Droite que Paul Natali va poursuivre son parcours politique, mais les difficultés vont se multiplier pour lui.

 
Paul Natali, au côté de son épouse, Anne-Marie Natali, le 24 janvier 2010 / © STEPHAN AGOSTINI / AFP
Paul Natali, au côté de son épouse, Anne-Marie Natali, le 24 janvier 2010 / © STEPHAN AGOSTINI / AFP
 

Une famille libérale divisée

Judiciares d'abord.
Le ministre du budget de l'époque, un certain Michel Charasse, diligentera une enquête pour fraude fiscale. Puis d'autres procédures vont être ouvertes pour abus de biens sociaux, favoritisme, prise illégale d'intérêts...
Des actions judiciaires qui aboutiront en 2005 à des condamnations et à son inéligibilité.

Entre temps il aura fort à faire sur le plan politique avec toujours sa fameuse « famille libérale » qui n'en finit pas de se diviser.
En 1998 à l'occasion des élections territoriales la bataille de l'investiture parisienne l'opposera à Jean Baggioni et in fine si aucun des deux ne l'obtiendra, c'est Jean Baggioni qui sortira vainqueur des élections.

Un échec qui va se doubler d'une autre déconvenue autrement plus sérieuse pour lui : il perd la présidence du Conseil Général de Haute-Corse, au bout d'un seul mandat, face à... Paul Giacobbi !

Une défaite cruelle due à la défection d'un conseiller de droite, mais que Paul Natali surmontera vite en se faisant élire Sénateur de la Haute-Corse en octobre de la même année.
Poste qu'il occupera jusqu'en 2005.

C'est à partir de ce moment qu'il abandonne, contraint et forcé, ses différents mandats électifs et se retire progressivement de la vie politique, même s'il reste influent dans son fief de Borgo.
Et même au-delà.

Son épouse Anne Marie y dirige la mairie depuis 1983, son gendre préside la CCI de Corse, ses enfants le groupe d'entreprises familial.

S'il n'a jamais pu être le leader de la Droite en Corse, son parcours personnel et politique aura fait de lui une figure marquante de la vie insulaire et un incontestable homme d'influence.

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