Détention prohibée d'armes : 3 ans de prison avec mandat de dépôt pour Jean-Luc Codaccioni, 2 ans de prison avec mandat de dépôt pour Mathieu Gaffory

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Les deux hommes avaient été interpellés par les douanes, dimanche 4 décembre dernier en Balagne, dans une voiture qui transportait 2 armes de poing, 3 fusils de chasse et 1 carabine, ainsi qu'un millier de cartouches. La défense se réserve la possibilité de faire appel.

"On ne parle pas de gens totalement inconnus, qui auraient trouvé une arme appartenant à Papy derrière un meuble poussiéreux" avait lancé Arnaud Viornery dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Bastia, en milieu d'après-midi. 

"Il est temps de mettre en perspective les faits, et les éléments en notre possession. Il y a un héritage, dans cette affaire. L'héritage d'un glock. L'héritage d'un véhicule blindé. Ceux de son père. Un héritage, on peut en être prisonnier. Et monsieur Codaccioni a fait le choix d'en être prisonnier". 

"Quant à monsieur Gaffory, poursuit le parquet, il a fait le choix de s'inscrire dans une dynamique criminelle. Un choix qu'il doit assumer aujourd'hui. Le verdict doit rappeler la gravité de ces faits".

Il était un peu moins de 17 heures quand le ministère public faisait connaître ses réquisitions. Les mêmes pour les deux hommes, présentés devant le tribunal en comparution immédiate. 3 ans d'emprisonnement assorti d'un mandat de dépôt, interdiction de détention d'armes pendant 10 ans, et interdiction de séjour en Corse pour une durée de 3 ans, "afin de préserver l'ordre public"

Une journée au soleil

L'héritage dont parlait Arnaud Viornery, c'est celui du père de Jean-Luc Codaccioni. L'homme, qui portait le même prénom que son fils, a été abattu le 5 décembre 2017 à Poretta. L'ombre de cette figure du grand banditisme insulaire a plané sur tout le procès. 

A la barre, Mathieu Gaffory et Jean-Luc Codaccioni n'ont jamais évoqué son nom, hormis quand ce dernier a évoqué le Glock chargé qu'il portait à la ceinture, et que son père lui avait donné. Et le 4 X 4 blindé dans lequel il roulait dimanche dernier, qui appartenait également à son père. 

Pour le Glock, j'assume. Je ne réalisais pas que c'était si grave. Je voulais tirer à la campagne, pour l'essayer.

Jean-Luc Codaccioni

Pour les deux hommes, ce dimanche 4 décembre était un dimanche presque comme les autres. Plus ensoleillé peut-être. L'occasion d'aller faire un barbecue, et de s'adonner au ball-trap. C'est pour cela, expliquait Jean-Luc Codaccioni à la barre, que les fusils et la carabine étaient dans le 4 X 4. Des armes qui appartenaient à des proches qu'ils s'apprêtaient à rejoindre lorsqu'une voiture des douanes leur a fait signe de s'arrêter. 

"Je ne savais pas que le transport des fusils était interdit, sinon je ne les aurais pas mis dans la voiture", a affirmé le trentenaire à la barbe bien taillée. "C'était des armes en règle, déclarées. Pour le Glock, j'assume. Je ne réalisais pas que c'était si grave. Je voulais tirer à la campagne, pour l'essayer. Depuis 5 ans, il n'avait jamais servi". 

J'ai vu un autre glock, glissé entre le siège et la portière. Dans la précipitation, dans la panique, j'ai mal agi. Je l'ai pris.

Mathieu Gaffory

En ce qui concerne Mathieu Gaffory, ce qui l'a emmené devant le tribunal correctionnel, c'est également un glock. Quand les douaniers les fouillent, après les avoir interpellés, il n'a rien sur lui, contrairement à Jean-Luc Codaccioni, qui porte le sien à la ceinture. Ils lui assurent qu'il ne sera pas inquiété. "J'ai été placé à l'arrière du véhicule, pendant une bonne vingtaine de minutes. Et j'ai vu un autre glock, glissé entre le siège et la portière. Dans la précipitation, dans la panique, j'ai mal agi. Je l'ai pris"

Seulement voilà. Lors d'une seconde fouille, un peu plus tard, les autorités retrouvent l'arme cachée dans son caleçon. le problème, c'est qu'après une condamnation, en 2019, pour vol avec arme, tentative de vol avec arme et association de malfaiteurs, Mathieu Gaffory est sous le coup d'une interdiction de port d'armes de 5 ans. 

Aujourd'hui encore, devant le tribunal, il assure qu'il n'a pas pensé à mal : "je me suis dit, je la récupère, comme ça il n'y a plus de problèmes, je la rendrai au propriétaire si elle est déclarée, ou je m'en débarrasse. Je ne savais même pas ce que c'était comme arme, je n'y connais rien. Je voulais protéger un peu tout le monde..." 

"Insinuations"

Maître Marcel Ceccaldi, l'un de ses deux avocats, chevelure blanche et faconde Troisième République, va dans le même sens, mais se veut plus spécifique : "si mon client a pris l'arme, c'est parce qu'il savait très bien ce que l'on risquait d'imputer à Jean-Luc Codaccioni, si l'on trouvait cette deuxième arme !"

Maître Jean-François Vesperini, conseil de Jean-Luc Codaccioni, emprunte le même chemin lors de sa plaidoirie : "je ne suis pas surpris par la teneur des réquisitions, ni par les insinuations instillées, ni par la coloration que le ministère public a essayé de donner à ce dossier. C'est un dossier simple, factuel, et les faits sont intégralement reconnus. La peine proposée est disproportionnée, elle ne tient compte ni des faits ni des éléments objectifs du dossier, ni de la personnalité de monsieur Codaccioni. Il n'a pas choisi le drame qui est arrivé à son père. Et il n'est enfermé dans aucun héritage". 

Ca signifierait que circuleraient des notes dans les différents services concernant les individus à interpeller, parce qu'ils sont nécessairement coupables d'infraction à venir.

Maître Marcel Ceccaldi

Sans surprise, c'est également le sillon que va s'employer à creuser Antoine Guidici, le second conseil de Mathieu Gaffory : "certains vivent au présent, d'autres au passé, le ministère public, lui, vit au conditionnel. On vous demande de juger ce qui aurait pu se passer. On vient vous parler de grand banditisme, de criminalité organisée, sur la base de quoi ? 

Maître Marcel Ceccaldi conclut en ne voyant pas dans cette affaire un simple contrôle de routine qui aurait été fructueux, mais un plan ourdi  : "j'en viens à me demander si l'intervention des douanes n'était pas motivée par d'autres raisons. S'ils ne savaient pas que Jean-Luc Codaccioni était au volant du véhicule. Ca signifierait que circuleraient des notes dans les différents services concernant les individus à interpeller, parce qu'ils sont nécessairement coupables d'infraction à venir. Et qu'il faut les interdire de séjour en Corse".  

Pas d'interdiction de séjour en Corse

Le tribunal, qui s'est retiré pour délibérer durant un peu plus d'une heure, a suivi en partie les réquisitions de l'avocat général : il a condamné Jean-Luc Codaccioni à 3 ans de prison avec mandat de dépôt et 10 ans d'interdiction de détention d'arme. Mathieu Gaffory, lui, a écopé de 2 ans de prison avec mandat de dépôt et de 10 ans d'interdiction de détention d'arme. En revanche, il n'a pas prononcé d'interdiction de séjour en Corse. 

Les avocats des deux hommes, qui jugent les peines "disproportionnées", se réservent le droit de faire appel. 

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