Viol à Corte : Jean-Louis Francisci condamné à 6 ans de prison par la cour d'assises de Haute-Corse

Publié le Mis à jour le

L'affaire remonte à mai 2018. Jean-Louis Francisci était accusé d'avoir violé Alexandra Hoarau-Boyer, une amie proche, en profitant de son état avancé d'ébriété. Le parquet avait requis 7 ans de réclusion. La défense a annoncé faire appel.

"Jean-Louis Francisci a assouvi un plaisir égoïste. Un plaisir à sens unique. Cette nuit-là il a profité de l'état de vulnérabilité d'Alexandra, de sa faiblesse, de son impuissance, et très certainement aussi de son état de sidération", avait affirmé Frédéric Metzger, lors de son réquisitoire, hier après-midi. "Il s'est certainement dit que le lendemain, elle ne se souviendrait de rien, en raison de l'alcool".

Une journée particulière...

Durant de longues minutes, l'avocat général avait retracé, avec minutie, le déroulé de cette journée du 5 mai 2018. Une journée que Jean-Louis Francisci et la victime, alors amis proches, avaient passé ensemble. Une journée très alcoolisée, particulièrement du côté d'Alexandra Hoarau-Boyer, qui venait de décrocher sa licence de communication. 

Je suis consterné qu'en 2022, on puisse encore penser que "non" veut dire "oui".

Frédéric Metzger, avocat général

Une journée qui s'était terminée par un acte sexuel dans la chambre de la jeune fille, dans son lit. "A quel moment Jean-Louis Francisci a-t-il pu croire qu'Alexandra était consentante alors qu'elle était déjà ivre en discothèque ? A quel moment Jean-Louis Francisci a-t-il pu croire qu'Alexandra était consentante quand elle s'est affalée sur le canapé ? A quel moment Jean-Louis Francisci a-t-il pu croire qu'Alexandra était consentante quand elle a dit "non, non, non arrête", plusieurs fois ? A quel moment Jean-Louis Francisci a-t-il pu croire qu'Alexandra était consentante quand elle s'est mise à pleurer ?", avait martelé le ministère public au cours des réquisitions.

"A quel moment celui-ci", avait Frédéric Metzger en pointant du doigt l'accusé, "a-t-il pu croire qu'elle était consentante ? Il était alcoolisé, mais suffisamment lucide pour savoir ce qu'il faisait". 

L'avocat général s'était également attardé sur la question des mœurs prétendument légères d'Alexandra Hoarau-Boyer : "on a tourné autour du pot durant ces trois jours, et on a vu un défilé de témoins, soit disant de moralité, marcher sur Alexandra comme sur un paillasson. On a tout dit, tout. Le viol n'est en aucun cas provoqué par le comportement ou la tenue de la victime. Le viol n'est jamais provoqué par la victime. Je suis consterné qu'en 2022, on puisse encore penser que "non" veut dire "oui". Non, ça veut dire non ! Que peut faire de plus une femme qui refuse une relation sexuelle, et qui pleure pendant l'acte ?"

Il était un peu plus de 16h30 lorsque l'avocat général avait conclu, après avoir jeté un dernier regard à Alexandra Hoarau-Boyer : "elle, elle a pris perpet'. La dépression, le traumatisme, les cauchemars, les réminiscences, c'est à vie".

L'avocat général avait requis ensuite 7 ans de prison pour Jean-Louis Francisci. Les jurés, après plus de 5 heures de délibération, l'ont condamné à 6 ans. La défense a annoncé qu'elle allait faire appel. 

Consentement

L'avocate de la partie civile, en début d'après-midi, avait également voulu balayer les sous-entendus distillés par la défense, et corroborés par quelques témoignages, durant l'audience : "c'est une fille normale, c'est une étudiante de 22 ans, avec les activités d'une fille de 22 ans. Ce n'est pas une aguicheuse, une provocatrice". Valérie Vincenti marquait une pause. "On peut me dire qu'elle a des tatouages, et que c'est un appel au viol... Avec des tatouages, on est dans la séduction ? C'est quoi cet état d'esprit ? On est en 2022 !"

L'avocate, qui se tournait régulièrement vers sa cliente, comme pour s'assurer qu'elle supportait la situation, avait continué : "elle a dit non, elle a pleuré, et je ne le répèterai jamais assez, elle n'a jamais donné son consentement. Il tente de nous faire croire qu'il n'a pas pris la mesure de ce qu'il a fait. Il l'a trahie, elle était son amie. Quoi qu'il arrive, je te crois, Alexandra. Nous te croyons. Aujourd'hui, dit-elle aux jurés, vous avez la possibilité de rétablir la vérité. Pas celle d'Alexandra, car il n'existe qu'une seule vérité. Elle a été victime d'un viol commis par son meilleur ami"

Verbe haut

Les échanges du matin entre la défense et le parquet, au sortir du témoignage d'Alexandra Hoarau-Boyer, avaient été houleux. Et on devinait que les conseils de Jean-Louis Francisci, au moment de leur plaidoirie, ne retiendraient pas leurs coups. 

"Votre rôle n'est pas de donner raison à l'un ou à l'autre", avait attaqué maître Anna-Livia Guerrini en milieu d'après-midi. "Vous ne défendez pas une cause. J'ai beaucoup entendu parler de #Metoo et de libération de la parole des femmes", dit-elle en faisant allusion aux propos de l'avocat général, "mais quand on vous glisse ce message, on vous dit que chaque fois qu'un acte sexuel se passe mal, on doit crier au viol. #Metoo et tous les autres mouvements doivent rester à la porte de cette audience."

"La clé de ce dossier, c'est la relation sexualisée qu'ils ont. Et l'ambiguïté qui était maintenue, et alimentée par tous les deux", avait poursuivi l'avocate de la défense, qui faisait plus d'une fois référence aux liens entre Jean-Louis Francisci et Alexandra Hoarau-Boyer, qui avaient eu une première relation sexuelle, peu après leur rencontre. Elle évoqua leurs petits jeux "érotisés", ou encore les témoignages de celles et ceux, autour d'eux, qui les pensaient en couple. 

Me Guerrini revenait ensuite sans surprise sur la vidéo de l'acte filmée par son client. Une vidéo qui, selon le ministère public, l'accablait.  Mais qui, selon elle, le dédouanerait presque. "Sa thèse est plausible. On a cette vidéo de l'acte. Et qu'est-ce qu'on y voit ? Elle a déclaré qu'elle avait dit non, qu'elle l'avait supplié d'arrêter. Je suis désolée mais je ne l'ai jamais entendue le supplier d'arrêter, durant ces 18 secondes de vidéo Tout ce que mon client raconte est plausible. Et vous devez entendre sa version". 

"Elle n'a jamais vraiment fermé la porte, voilà tout. Et ce jour-là, il a vu une ouverture", affirmait Me Guerrini, alors que son client, assis sur une chaise, devant le box des accusés, ne pouvait retenir un sanglot. "C'est un chic type, loyal, dévoué en amitié et en amour"

 Manipulation

Maître Erick Campana, qui prenait la parole en dernier, s'était montré plus offensif encore : "Est-ce que marteler pendant trois jours que cet homme qui est sur le banc de l'infamie est coupable suffit à en faire une preuve ? Je pense que vous avez la réponse". 

L'avocat s'était employé à montrer que les propos d'Alexandra Hoarau-Boyer n'étaient pas crédibles. Et que leur autrice n'était pas digne de confiance : "la fille bien sous tous rapports qui se présente à vous, qui de temps en temps sort de la salle d'audience pour montrer son désarroi, a tout de même un vécu ! Elle est suivie par un psychologue, elle s'adonne au cannabis, elle prend de la cocaïne épisodiquement, elle s'adonne à l'ecstasy, au LSD. Et, permettez-moi de le dire, elle est gavée de cachets ! Elle est malade, elle a des troubles importants de l'humeur, elle est borderline... moi je pense qu'au fond d'elle elle est intimement convaincue de ce qu'elle nous raconte. Mais le problème c'est qu'elle était ce soir-là dans un état qui ne peut pas lui permettre de croire cela". 

On veut vous faire passer des vessies pour des lanternes !

Maître Campana, avocat de la défense

Pas à pas, il était revenu sur les déclarations de la victime présumée. Des déclarations qu'il estimait truffées d'approximations, voire d'invraisemblances. Il détaillait son attitude après les faits, d'une lucidité qu'il estimait peu compatible avec l'état d'ébriété qu'elle évoquait. Avant de prendre le jury à témoin : "on essaie de vous manipuler, on veut vous faire croire des choses. On veut vous faire passer des vessies pour des lanternes !"

"A trop vouloir marteler qu'il est coupable sans apporter la moindre preuve, nous arriverons à l'acquittement de Jean-Louis Francisci", avait clamé Erick Campana, avant que son client ne se présente, une dernière fois, devant la cour d'assises de Haute-Corse.

Alors que les jurés s'apprêtaient à partir délibérer, Jean-Louis Francisci s'était approché de la barre et avait conclu les débats d'une phrase brève : "j'ai été bien malmené, mais j'ai essayé d'être toujours le plus clair possible dans mes propos. Et j'ai essayé de vous dire que je suis innocent. Je n'ai pu commettre ce crime abominable, ce n'est pas possible". 

Si le jury s'est montré moins sévère que l'avocat général, il a néanmoins condamné Jean-louis Francisci à 6 ans de réclusion.

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