Élus / collectif anti-mafia : la polémique perdure

© Pierrick Nannini
© Pierrick Nannini

"Dérapage", "calomnies", "attaque injuste", ou encore discours "dangereux"... Les élus cités dans les propos Marie-France Giovannangeli lors d'une réunion publique du collectif "A Maffia Nò, a vita iè" dont elle est la porte-parole le 8 novembre s'y sont fermement opposés. 

Par Axelle Bouschon

"Je suis mère de famille, avocate et élue depuis plus de 10 ans. Je n'ai jamais été condamnée". Si Valérie Bozzi, conseillère territoriale et mairesse de Grosseto-Prugna, a décidé de réagir, mardi 12 novembre, c'est parce qu'elle a été, affirme-t-elle, "profondément choquée et meurtrie".

Choquée, par des propos qui ont été tenus lors de la réunion publique du collectif "A Maffia Nò, a vita iè", le 7 novembre dernier. Et meurtrie, par les accusations qui ont été portées à son encontre.

Ces propos en question, ce sont ceux de Marie-France Giovannangeli, porte-parole du collectif anti-mafia.
 

Proximité entre élus et grand banditisme


En réponse à une intervention portant sur les liens entre le président de l'Assemblée, Jean-Guy Talamoni, et l'ex-membre du FLNC Charles Pieri, la directrice générale des Leroy-Merlin de Corse a affirmé que les relations entre personnalités politiques et membres supposés du grand banditisme allaient bien au-delà d'un seul individu

"Aujourd'hui, on trouve des hommes et femmes politiques en vue qui ont des alliances très sulfureuses", a-t-elle ainsi avancé, avant de citer plusieurs noms d'élus, de tous bords politiques.

Parmi eux, Valérie Bozzi, "fille de Marie-Jeanne Bozzi, assassinée" et nièce d'Ange-Marie Michelosi, "membre de la bande du Petit bar", et Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio, notamment. 
 
Réunion publique du collectif "A Maffia Nò, a vita iè" : intervention de Marie-France Giovannangeli
Intervenants : Marie-France Giovannangeli. Equipe : Pierrick Nannini - Christian Giugliano

Et presque une semaine après leur tenue, la polémique autour de ces propos n'en finit pas d'enfler.
 

"Présomption de culpabilité"

 

"Je ne peux laisser sans réaction cette attitude qui consiste à donner des noms en pâture sans aucun fondement autre que la rumeur" s'est ainsi soulevé Jean-Guy Talamoni, par voie de communiqué, le 12 novembre.

Le président de l'Assemblée de Corse s'est fermement opposé au concept de "présomption de culpabilité", suggéré par Marie-France Giovannangeli à notre antenne, qu'il juge "étrange et dangereux". 

La porte-parole du collectif anti-mafia s'est ainsi déclarée pour la mise en place de cette présomption dans le cadre d'élus aux agissements "sulfureux" connus. Et ce, quand bien même ces derniers n'auraient pas été condamnés, dans le but de les écartes des listes électorales.
 

Ce genre de comportement ne contribue en rien au traitement de la question des dérives mafieuses qui affectent la société corse


"Ce genre de comportement ne contribue en rien au traitement de la question des dérives mafieuses qui affectent la société corse" estime Jean-Guy Talamoni, qui regrette l'entretien de "rumeurs" et "fantasmes" sous couvert de libération de la parole.

Valérie Bozzi parle elle d'un "dérapage", qui, s'il venait à se reproduire, ne ferait qu'envenimer un débat déjà délicat. "Il y a suffisament de violences qui existent, a-t-elle souligné, il n'y a pas besoin d'en rajouter ou d'en inventer."

 
Élus / collectif anti-mafia : la polémique
Equipe : Emilie Arraudeau - Jean-André Marchiani - Lionel Luciani

Les élus cités ont reçu le soutien de la Ligue des droits de l'Homme, qui s'est indignée de pratiques jugées "délétères", et s'est inquiétée de la "répétition de ces dérives dangereuses pour les personnes ciblées". Un message retweeté, notamment, par Jean-Charles Orsucci.
 


Soutien des fondateurs 


Le collectif a décidé de ne pas s'exprimer publiquement sur cette affaire. Les prochaines réunions sont maintenues, nous explique un membre joint par téléphone, et la programmation n'est pas amenée à changer.

Les deux membres fondateur d'"A Maffia Nò, a vita iè", Léo Battesti, président de la ligue corse d'échecs et ancien militant du FLNC, et Vincent Carlotti, ancien maire d'Aléria, ont cependant pris la défense de la porte-parole du collectif sur leurs comptes facebook respectifs. 

Dans un post Facebook, Léo Battesti souligne ainsi la haute estime qu'il porte à Marie-France Giovannangeli et affirme avoir été "impressionné" par sa prise de parole, au cours de la réunion publique. "Je lui ai même dit : « tu viens de dire tout haut, tout ce que tout le monde pense tout bas »", poursuit-il.
 

Je lui ai même dit : « tu viens de dire tout haut, tout ce que tout le monde pense tout bas »
 

Le vrai problème selon lui, ce ne sont pas tant les dires de Marie-France Giovannangeli au cours de la rencontre, mais plutôt ceux, répétés aux "micros tendus vers elles à la fin des débats". Il pointe cependant un comportement qu'il juge illogique de la part de ceux qui les dénoncent : "Si l'on se sent diffamé, on peut porter plainte. Mais le fait qu’une radio du service public ait diffusé ces mises en cause semblent indiquer qu’il n’y a pas de diffamation."

Vincent Carlotti a lui précisé refuser de se joindre aux fustigations à l'encontre de la directrice générale des Leroy-Merlin corses, exprimées sur la scène publique, estime-t-il, "sans doute parce qu'elle dérange un ordre établi jugé confortable". 

Le positionnement de la porte-parole pose cependant question au sein même du groupe. Un internaute s'interroge ainsi : "Pourquoi attaquer des élus qui sont en porte à faux, sans preuve ?[...] Si la dame courageuse dit vrai, pourquoi les deux comités "anti" ne la soutiennent pas publiquement ?"
 

Pas de dépôt de plainte à ce jour

 
Il est à noter qu'à ce jour, aucun des élus cités n'a décidé de porter plainte pour diffamation, injure ou calomnie. Valérie Bozzi explique cependant ne pas avoir encore pris sa décision à ce sujet, et se réserve la possibilité de porter plainte au cours des 3 mois de délai dont elle dispose.

Mais les vagues suscitées par cette intervention ouvrent un nouveau débat : comment délimiter où s'arrête le terrain de la liberté de parole, et où commence celui, aux contours parfois flous, de la diffamation ?  
 

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