En Haute-Corse, 70 sapeurs-pompiers sont sur la brèche, durant tout l'été, pour assurer la sécurité des baigneurs

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Dans le nord de l'île, c'est le SIS, le service d'incendie et de secours de Haute-Corse, qui assure la surveillance des plages. Mais la majorité des communes du département n'a pas recours à ce dispositif.

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"Les vacances, c'est pour tout le monde. Et nous aussi, on a envie de souffler un peu", sourit Léa, 37 ans. Avec son époux, Théodore, elle bronze sur la grande serviette de plage qu'elle a étalée au bord de l'eau, à Pietranera, au nord de Bastia. En jetant un œil distrait, de loin en loin, à leurs trois enfants, qui alignent les plongeons du haut d'un des rochers. "Y a un maître-nageur, juste là, derrière la paillote... C'est lui qui les surveille, du coup !"

Le couple venu d'Annecy prend bien garde à choisir la plage où la petite famille va passer la journée en fonction de la présence, ou pas, d'un secouriste. "C'est pas facile. On est allés à la pêche aux infos sur internet mais y a pas grand-chose. Des infos qui datent de plusieurs années. Alors dès notre arrivée, on a demandé au premier maître-nageur qu'on a vu, et il nous a donné la liste". 

80 % de pompiers volontaires

L'Arinella, à quelques kilomètres de là, est également surveillée. Sur cette plage bastiaise, ce sont Célia et Léa qui sont en poste. On est en milieu d'après-midi, et jusque-là, la journée a été calme.

Le drapeau est vert, le vent est inexistant, et puis, comme le reconnaissent les deux jeunes secouristes de 20 ans, ce n'est pas la plage la plus dangereuse. "Ici, on fait surtout de la prévention. En Balagne, les journées sont plus mouvementées", confie Léa, dont c'est la deuxième saison en tant que pompier volontaire sur les plages.

Les journées sont pleines de rebondissement. On doit toujours êtres prêtes à intervenir.

Célia, secouriste

Durant l'hiver, elle est étudiante en droit. Sa collègue, Célia, est inscrite en STAPS. Et c'est sa première année sous le tee-shirt rouge de secouriste. "J'ai très vite découvert que les gardes sont pleines de rebondissements. Même une journée comme aujourd'hui, imaginez un gamin qui s'est éloigné, et qui se retrouve entouré de méduses. Il peut paniquer, s'agiter, et ça peut vite tourner au début de noyade. On doit rester prêtes à intervenir"

Depuis le début de la saison, 3 personnes sont mortes noyées en Haute-Corse. L'une sur une plage non surveillée, dans une commune du sud de Bastia. Les deux autres sur la plage de l'Ostriconi, au mois de juin, avant le début de la période de surveillance estivale. 

 70 secouristes pour la saison 2022 en Haute-Corse

Pour pouvoir être secouriste, il faut être titulaire du B.N.S.S.A. (brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique), posséder le PSE1 et le PSE2 (premiers secours en équipe), réussir les épreuves physiques du SIS 2B, et enfin, valider la formation SBAN (surveillance des baignades et des activités nautiques) du même SIS. Un vrai parcours du combattant. 

En Haute-Corse, chaque jour, ce sont 31 secouristes, au minimum, qui sont déployés sur les plages de Haute-Corse. En tout, 70 secouristes sont mobilisés durant la saison, pour permettre à chacun de bénéficier de jours de repos. Ce sont tous des sapeurs-pompiers, professionnels, et, en grande majorité, volontaires. 80 % des effectifs sur les plages sont sous contrat de sapeur-pompier saisonnier, recrutés pour une durée de 2 à 4 mois. Ils toucheront une indemnité calculée selon le nombre de gardes effectuées durant la saison. Une indemnité qui varie de 1.800 à 2.200 euros par mois. 

La durée de la période de surveillance débute dès la mi-juin, et se termine mi-septembre, pour les régions les plus touristiques, en Balagne. Mais pour la majorité des communes, elle n'est effective que durant les deux mois de la haute-saison, juillet et août. La plupart du temps entre 10 heures et 18 heures. 

Un recrutement difficile

Le service d'incendie et de secours de Haute-Corse, ou SIS 2B, chapeaute le dispositif mis en place sur le département. Durant des années, les CRS et la SNSM y participaient, mais, depuis 2000, c'est le SIS qui en a la charge intégrale. Et, reconnait Sandro Bisserier, le référent surveillance nautique des pompiers, "c'est un vrai casse-tête".

"En Corse, bien sûr, les feux de forêt sont un risque majeur. Mais le milieu aquatique en est un aussi. Alors on  ne doit rien laisser au hasard. Dès le mois de septembre prochain, on préparera la saison 2023. Mais pour autant, ça reste très compliqué". D'abord, les diplômes nécessaires, ce que le SIS appelle "les prérequis", coûtent de l'argent. Plus d'un millier d'euros. Et les sessions sont rares en Corse. Mais ce n'est pas tout. 

En Balagne, nous avons dû faire appel à 28 saisonniers du continent cet été.

Sandro Bisserier, SIS 2B

"L'activité en elle-même n'est pas attractive pour les plus jeunes", complète Sandro Bisserier. Et le problème se pose particulièrement en Balagne, année après année. "Là-bas, nous avons 7 postes de secours, et des effectifs journaliers conséquents, jusqu'à cinq personnes par poste. Cette année, nous ne sommes parvenus à recruter que 4 locaux. Et on a été obligés d'aller chercher 28 saisonniers sur le continent !". Des saisonniers que le SIS doit loger. 


En tout, le coût du dispositif devrait s'élever à 349.000 euros pour l'année 2022 en Haute-Corse. Une somme qui sera dévolue, pour un tiers, au matériel, et pour les deux tiers restant, aux indemnités de garde. La charge est supportée par les communes, ou les communautés de communes. 

Seules 14 communes en Haute-Corse

A quelques mètres de Léa et Célia, et du poste de secours de l'Arinella, Pierre Savelli, le maire de Bastia, nous explique pourquoi il a fait appel aux secouristes du SIS : "La sécurité n'a pas de prix. Pour nous, élus, mais également pour les parents. Regardez autour de vous : il y a beaucoup de jeunes qui descendent en navette, et parfois à pied, de Montesoro et Lupinu, tous les jours. Ils peuvent se baigner en toute tranquillité. Et remonter retrouver leur famille le soir. Sans que celles-ci ne s'inquiètent"

Pour autant, en Haute-Corse, toutes les communes sont loin de recourir à ce dispositif. En Haute-Corse, seules 14 communes du Cap Corse sont concernées. Certaines, telles que Bastia ou Corbara, font surveiller plusieurs de ce que les secouristes appellent, eux, "les espaces de baignade". En tout, 17 plages sont surveillées. 

D'autres solutions

Nous avons tenté de contacter une dizaine de mairies qui ont choisi de ne pas adhérer au dispositif, mais avons essuyé refus sur refus.. La question embarrasse, de toute évidence. La municipalité de Brando, elle, a accepté de nous recevoir, afin de nous expliquer sa démarche. Thierry Cholet-Allegrini, l'adjoint au maire en charge de la gestion des plages, le reconnaît : "nous avons trois plages, et le dispositif est un investissement lourd. Au regard de la fréquentation, et de la situation des plages, peu accidentogènes, on s'est dit qu'il n'était pas forcément nécessaire de s'appuyer sur un dispositif coûteux"

Au regard de notre situation, on s'est dit qu'il n'était pas forcément nécessaire de s'appuyer sur un dispositif si coûteux.

Thierry Cholet-Allegrini, adjoint au maire de Brando

Pour autant, l'élu l'affirme, cela ne signifie pas pour autant que la commune se désintéresse de la question. "On a un plan de balisage, matérialisée par des bouées, avec une zone de baignade, d'où tout engin est exclu, qu'il soit motorisé ou pas. On a également un chenal d'accès à la plage, pour permettre aux engins d'y accéder, et puis une troisième zone, sécurisée, où l'on favorise l'utilisation des paddles, des kayaks et des planches à voile, pour apprendre aux enfants à pratiquer ces activités loin de tout danger"

Et puis la politique de sécurité de la mairie reste évolutive. "On a lancé une étude sur la question, ce qui nous permettra de changer d'orientation, au cas où elle mettrait en lumière des disfonctionnements."

En Corse-du-Sud, un dispositif différent

Contrairement à la Haute-Corse, dans le Sud, ce ne sont pas les sapeurs-pompiers mais la SNSM, la société nationale de sauvetage en mer, qui assure la surveillance des plages. Nous avons essayé de contacter la SNSM et la préfecture de Corse, à Ajaccio, pour en savoir plus sur le fonctionnement du dispositif, sans succès. Les derniers chiffres dont nous disposons sont ceux de 2016. 18 plages étaient alors surveillées sur l'ensemble du département.

Les chiffres 2021 en Haute-Corse

  • 3.600 interventions
  • 136 sauvetages
  • 2.000 soins mineurs
  • 1.469 actions de prévention
  • 33 personnes évacuées par les moyens du SIS sur les centres hospitaliers.