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Drame de Furiani : un film pour rendre hommage aux victimes

Il n'y a jamais eu de film sur le drame de Furiani. C'est désormais en projet. Corinne Mattei, artiste bastiaise, en est à l'origine. Une façon à elle de rendre hommage à son frère, décédé dans la catastrophe.
Intervenants : Corinne Mattei, artiste bastiaise et auteur du projet; Josepha Guidicelli, présidente du Collectif du 5 mai ©France 3 Corse ViaStella
Corinne Mattei assure que enfant, sa vie rimerait avec théâtre. Sur les planches, elle se donne sans retenue, sans tabou. Mais sur la grande scène de la vie, il y a malheureusement un rôle qu'elle n'a pas choisi : celui de perdre son frère Christian, le 5 mai 1992.

Des années durant, elle ne s'est pas ou peu livrée sur le sujet. Mais en 2012, elle choisit de franchir le pas. Elle accepte de témoigner dans un livre écrit par un collectif de journalistes : "Furiani 20 ans". C'est le début d'autre chose.

"Quand je l'ai rencontré [l'un des journalistes; NDLR], je me suis dit que c'était tellement surréaliste comme situation. On s'est rencontré sur le vieux port et je me suis dit que c'était quand-même fou, que je sois en train de raconter cette horreur [...]. Cela m'a touché et je me suis dit que cela pouvait faire l'objet d'un film", raconte Corinne Mattei, à l'initiative du film.

Photo prise le 6 mai 1992, un jour après l'effondrement d'une tribune du stade de Furiani lors de la demi-finale de Coupe de France entre le SC Bastia et l'Olympique de Marseille. Le drame a causé la mort de 18 personnes et en a blessé plus de 2300.
Photo prise le 6 mai 1992, un jour après l'effondrement d'une tribune du stade de Furiani lors de la demi-finale de Coupe de France entre le SC Bastia et l'Olympique de Marseille. Le drame a causé la mort de 18 personnes et en a blessé plus de 2300. © ERIC CABANIS / AFP

"Personnages de fiction"


L'idée a fait son chemin doucement mais inexorablement. Le scénario est aujourd'hui bien avancé. Elle le coécrit avec Marie Murcia, une amie qui n'a pas été touchée par la catastrophe, qui a donc un œil extérieur.

L'histoire débute le 5 mai au matin, elle s'arrête avant l'effondrement de la tribune. Il n'y a ni larmes, ni drame. Une page de vie de la Corse, des destins croisés, juste des anonymes qui s'apprêtent à vivre un grand moment.

"Ce sont vraiment des personnages de fiction, même si l'on peut s'inspirer de loin de personnes réelles. Mais en aucun cas on y colle. Mon frère n'apparaît absolument pas dans le film, ce sont vraiment des personnages de fiction. Parce que c'est un sujet tellement délicat que l'on ne veut froisser personne. C'est un hommage à toutes les victimes et à toutes les personnes qui ont vécu ce drame, de près ou de loin", explique Corinne Mattei.

Stade de Furiani, le 5 mai 1992.
Stade de Furiani, le 5 mai 1992. © ERIC CABANIS / AFP

"Travail de mémoire"


Ces moments là, cette liesse, ce bonheur, Corinne Mattei n'en a pas été directement témoin. Elle était à Paris le 5 mai 1992. Le dernier souvenir de son frère heureux, comme tous les autres ce jour-là, elle l'a vécu par procuration : "J'étais au téléphone avec ma maman à ce moment-là et elle me dit "attends attends, je te laisse parce qu'il y a ton frère qui passe avec le drapeau". [...] Je n'ai pas eu mon frère directement mais je savais qu'il passait avec tous les copains et les drapeaux. Et ces moments là font aussi partie du film. Donc on voit tous ces jeunes dans cette joie et qu'ils exprimaient dans toute la ville et dans toute la Corse".

Stade de Furiani, le 5 mai 1992.
Stade de Furiani, le 5 mai 1992. © ERIC CABANIS / AFP

Elle s'est replongée dans les articles. Certes, la plupart sont postérieurs à la catastrophe. Elle y retrouve les témoignages de ceux qui ont vécu cette journée. Elle s'en imprègne pour donner corps à ses personnages.

"C'est vraiment un travail de mémoire qui est effectué par Corinne. Il est destiné à être vu par le plus grand nombre de personnes. Je pense qu'à sa manière, elle va œuvrer avec ce film à transmettre le souvenir, la mémoire et surtout le bonheur. La vie qu'il y avait ce jour-là juste avant la chute de la tribune", affirme Josepha Guidicelli, présidente du Collectif du 5 mai.

A la question de savoir ce qu'elle va maintenant faire, Corinne Mattei répond : "Je ne sais pas. Je n'aurais jamais pensé déjà pouvoir le faire. Donc je crois que ce n'est pas une réflexion, c'est un élan, qui surgit et je ne sais pas d'où, mais un besoin, une nécessité."

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