Accident mortel dans le tunnel de Bastia : Laetitia Guarinos condamnée à un an de prison avec sursis

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sébastien Bonifay
Sortie du Palais de justice de Bastia quelques minutes après la décision du tribunal.
Sortie du Palais de justice de Bastia quelques minutes après la décision du tribunal. © S.Bonifay/FTV

La mort de Jean-Dominique Paolini, en juillet 2021, avait suscité un véritable émoi dans la région bastiaise. Le pompier, figure de la région, avait été renversé par une voiture à la sortie du tunnel de Bastia. Le tribunal judiciaire a rendu sa décision au terme d'une audience éprouvante.

Il est un peu moins de 17 heures. Le tribunal, au terme d'une suspension de séance plutôt brève, rend sa décision. Laetitia Guarinos est condamnée pour homicide involontaire à un an avec sursis, ainsi qu'à une suspension de permis de conduire d'une durée d'un an. 

La nouvelle est accueillie sans aucune manifestation visible de satisfaction ou de dépit par le très nombreux public qui avait pris place, en début d'après-midi, dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Bastia. Les amis, les collègues de Jean-Dominique Paolini se dirigent vers la sortie, après avoir manifesté leur soutien, une nouvelle fois, à la famille de l'adjudant-chef des pompiers, mort à l'entrée du tunnel de Bastia, le 17 juillet 2021. 

La conclusion digne d'une après-midi éprouvante. 

"Meurtrissure, colère et tristesse"

"Mon frère, mon petit frère ! Il faut qu’elle paie, elle a tué mon frère, u mo fratellucciu, le pauvre !" Une heure plus tôt, l'une des deux sœurs de la victime hurle son chagrin et sa rage au premier rang du public. Le tribunal choisit de la laisse s'exprimer, alors qu'on l'entoure pour tenter de la consoler. Avant que la présidente ne demande une interruption de séance pour lui permettre de sortir, et de retrouver son calme.

Mais durant de longues minutes encore, celles et ceux qui n'ont pas quitté la salle continuent d'entendre les hurlements de douleur qui emplissent les allées du Palais de justice de Bastia. Laetitia Guarinos, les cheveux retenus en un sommaire chignon, reste assise sur son banc, comme prostrée. 

Pardon d'avoir décrit la triste réalité de cette mort.

Maître de Casalta

"Pardon d'avoir dit et nommé les choses. Pardon d'avoir décrit la triste réalité de cette mort, qui a anéanti de chagrin toute une famille", lance maître Jean-Sébastien de Casalta au tribunal lorsqu'il revient à la barre, à la reprise des débats. Au moment de l'interruption, l'avocat de la veuve et du fils de Jean-Dominique Paolini s'attachait à décrire avec force détails l'accident qui avait coûté la vie au pompier. 

 Il est un peu moins de 18h50, ce 17 juillet 2021. Dans le tunnel de Bastia, en direction du port de commerce, les voitures sont à l’arrêt, pare-chocs contre pare-chocs. Rien d’inhabituel à cette heure de la journée. Jean-Do Paolini, lui, est en moto. Et il longe la file de véhicules, doublant les automobilistes en se signalant d’un coup de klaxon. Sans franchir la ligne blanche, hormis pour dépasser un véhicule qui reste en travers de son chemin.

Quelques mètres plus loin, alors qu’il a rejoint sa voie, comme l’attestent les vidéos du drame, une smart se déporte et vient le percuter très violemment. L’adjudant-chef des pompiers est projeté contre le mur du tunnel.

A la barre, aujourd’hui, la prévenue, qui avait son permis de conduire depuis deux ans au moment du drame, revient sur les circonstances de l’accident. "J'ai voulu vérifier si mes feux étaient allumés, si j'avais bien mis les bons. J'ai entendu un choc, je me suis sentie projetée en avant, l'airbag s'est déclenché. On est sorties de la voiture, j'ai vu le défunt et j'ai compris qu'il s'était passé quelque chose de grave". 

Jean-Dominique Paolini décède de ses blessures avant que les secours n'arrivent. Les deux occupantes de la smart, Laetitia Guarinos et sa belle-fille, blessées, sont emmenées à l’hôpital.

Je me sens coupable d'avoir survécu.

Laetitia Guarinos

La version des feux comme raison principale du drame n'est contestée par personne, même si maître de Casalta déplore qu'elle n'ait fait son apparition que tardivement, et pas durant la garde à vue. Ce à quoi la prévenue répond qu'elle n'a eu, pendant un temps, aucun souvenir du drame, et que c'est à la suite d'heures de travail avec un psychologue qu'elle s'est rappelée. Le tribunal confirme que les photos et l'enquête vont dans le sens d'une inattention due à une vérification des feux. 

Lorsque le tribunal redonne la parole à Laetitia Guarinos, celle-ci, d'une petite voix, exprime ses regrets : "je suis extrêmement désolée des conséquences de l'accident. C'est un cauchemar. Je ressens un sentiment de culpabilité d'avoir survécu. Je suis désolé pour la famille."

D'un drame à l'autre

Lors de sa plaidoirie, maître Francesca Seatelli, qui représente les deux sœurs de la victime, "deux sœurs qui ne sont que meurtrissure, colère et tristesse", va insister sur la personnalité de celui que tout le monde appelle "Jean-Do". Comme pour souligner le cruel sentiment d'injustice qui s'est emparé de tous ses proches, ce samedi d'été.

"Eternel macagneur, éternel soutien, éternel ami. Il faisait l'unanimité, il n'a jamais été économe de son amitié, ni de son amour. C'est pour cela qu'il y avait tant de monde, devant sa caserne, lors du dernier hommage qui lui a été rendu. C'est pour cela qu'il y a tant de monde, aujourd'hui. Pour lui dire une nouvelle fois au-revoir"

Maître Seatelli fait courir un frisson dans la salle quand elle confie que la mère de Jean-Dominique Paolini et de ses deux clientes s'est suicidée, deux semaines jour pour jour après la mort de son fils, à l'heure pile où ce dernier avait trouvé la mort. Laetitia Guarinos se tasse imperceptiblement sur son siège, assommée par la nouvelle qu'elle vient d'apprendre...

"Par votre décision", conclut maître Seatelli, "vous direz aux sœurs, au fils et à l'épouse de Jean-Do Paolini que nous les avez entendus, et que la justice est passée".

Maître Finaltieri, en défense, évoque en préambule la douleur évidente de la famille, et des proches. Mais elle rappelle également qu'en face, il y a un autre être humain. "Elle est en vie, certes. Elle est debout, certes. Mais sa vie est suspendue. Elle ne se déplace plus, elle ne conduit plus, et elle ne conduira sans doute plus jamais, parce qu'elle a peur". 

Le conseil de Laetitia Guarinos marque une pause, avant de conclure : "votre tâche est difficile, mais je demande qu'il soit tenu compte des circonstances, de sa personnalité, au-delà de la tragédie et de la douleur bien compréhensibles des victimes". 

Un "c'est une mascarade..." à peine distinct parvient jusqu'aux sièges qui sont occupés par la presse. A quelques minutes de connaître la décision du tribunal, le chagrin, mais aussi la colère, sont plus que jamais palpables chez les proches de la victime.

Absence de circonstances aggravantes

Le ministère public, en introduction de son réquisitoire, rappelle à quel point une audience pénale telle que celle-ci peut être difficile, mais également "à quel point elle est importante sur le chemin du deuil pour les proches de monsieur Paolini". 

La faute involontaire existe, incontestablement. Il y a eu négligence, il y a eu imprudence. L'infraction est caractérisée. Mais il faudra également tenir compte de l'absence de circonstances aggravantes. La prévenue, comme monsieur Paolini, étaient prudents, cela ressort du dossier". La procureure de la République demande 12 mois de prison avec sursis, ainsi qu'une suspension de permis de conduire d'un an. Des réquisitions suivies intégralement par le tribunal. 

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