Bastia : passe d’armes autour des sans-abris et des incivilités

Le 27 avril, le mouvement identitaire Mossa Palatina s'inquiétait d'une "clochardisation" de Bastia, et en imputait notamment la responsabilité à la municipalité et aux structures associatives. Des propos dénoncés par Femu a Corsica.

La ville de Bastia est-elle en voie de "clochardisation" ? Le 27 avril dernier, Mossa Palatina, organisait une conférence de presse, devant les grilles de la préfecture de Haute-Corse, visant à dénoncer l'augmentation de sans-abris dans les rues du centre-ville bastiais, et l'insécurité qui en résulterait pour les riverains. 

La faute, selon le mouvement nationaliste et identitaire, à la "politique woke de la ville" : "Le maire et son Conseil municipal sont bien plus intéressés par le plan de formation à la théorie du genre dans les écoles qu'ils ont voté en mars 2021 que par le fait de protéger les Bastiais des fléaux de l'immigration et de la misère."                       

Pour le mouvement, pas de doute, cette "clochardisation" de Bastia serait directement liée à l'immigration, "qu'elle soit européenne ou bien encore extra-européenne". Preuve en est : les propos rapportés dans la presse "d'une association bastiaise de prise en charge des sans-abris" qui feraient selon Mossa Palatina, état de plus de 500 "non-Corses fraîchement débarqués" et nouvellement reçus en 2023**. 

"Si nous compatissons avec ceux qui, d'où qu'ils viennent, se voient réduits à mendier leur pain et à dormir sur les trottoirs, nous disons malgré tout que notre seule boussole est l'intérêt de notre propre peuple", poursuivait le mouvement.

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Le mouvement Mossa Palatina évoquait une "clochardisation de Bastia", le 27 avril dernier. ©FTV

"Il s'agit pour nous de dénoncer cette situation, et de pointer un certain nombre de responsabilités, assurait Nicolas Battini, chef de file de Mossa Palatina. Les responsabilités de la municipalité, qui, à notre sens, ne souhaite pas prendre de mesures coercitives et n'assume donc pas ses responsabilités en terme de défense et de protection des citoyens, mais également celles d'un certain nombre de réseaux associatifs politisés, qui aujourd'hui, en Corse, provoque cet appel d'air démographique qui est tout à fait artificiel."

Dans ce cadre, le mouvement appelait à l'application par la mairie de trois mesures : l'émission d'un arrêté anti-mendicité en centre-ville pour toute la durée estivale ; l'arrêt du subventionnement des structures associatives "afin de tarir l'appel d'air" ; et enfin "l'intégration du facteur ethnoculturel dans l'attribution des logements sociaux et des aides afin de prioriser les Corses qui sont confrontés à la précarité."

"L'exclusion sociale et la tranquillité publique ne peuvent se résumer à des slogans simplistes ou à des actions hâtives"

Retranscrite dans la presse régionale, cette conférence n'a pas manqué de faire réagir, tant sur les réseaux sociaux qu'au sein des structures associatives, ou parmi d'autres partis politiques.

Ce mardi 30 avril, la section bastiaise de Femu a Corsica a ainsi convié la presse à une conférence rebondissant directement sur les propos tenus par Mossa Palatina. Un rendez-vous pour lequel se sont également déplacés des représentants des associations Partage et Fratellanza à Bastia, qui agissent au bénéfice des plus précaires.

"Nous avons décidé de nous réunir parce que nous nous sommes rendu compte qu'il y avait un dérapage que nous n'avions pas encore connu au niveau de certaines prises de parole, détaille Anthony Giannini, militant Femu a Corsica. Il nous semblait très important de nous voir entre militants, citoyens, et avec les associations, pour pouvoir répondre à ce genre d'attaques très difficiles à lire dans notre ville et dans notre pays, que nous essayons justement de construire de façon apaisée. Ce n'est pas l'avenir que nous voulons."

À Bastia, quand nous voyons une personne dans le besoin et qu'on a une pièce de monnaie, on lui donne. On n'essaie pas de la faire partir.

Pour Femu a Corsica, les propos de Mossa Palatina relèvent de la "politique spectacle", et les attaques contre un supposé manque d'action de la ville de Bastia et de son maire - Pierre Savelli, lui-même membre du parti - sont infondées.

La commune "n'a pas négligé les problématiques relatives à la tranquillité et à la sécurité publique. Elle a déjà rencontré les riverains et les associations de ces quartiers", et des mesures concrètes ont déjà été mises en œuvre pour "préserver l'ordre public et le bien-être de tous", relève Femu a Corsica, parmi lesquelles un arrêté municipal proscrivant l'ivresse sur la voie publique, et des patrouilles municipales renforcées.

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Pour Femu a Corsica, les propos de Mossa Palatina tiennent à de la "politique spectacle". ©FTV

"Confronter l'exclusion sociale et la tranquillité publique ne peut se résumer à des slogans simplistes ou à des actions hâtives", estime le parti, qui voit dans la solution proposée par Mossa Palatina de priver les associations de moyens quelque chose de "contre-productif et dangereux". 

Pour les militants Femu a Corsica, "l'attitude restrictive de Mossa Palatina est malheureusement prévisible et reflète un état d'esprit sectaire typique de l'extrême droite française, fondé sur la peur et l'exclusion. Nous, en revanche, nous restons fidèles aux valeurs héritées de l’histoire de notre peuple : accueil, soutien et promotion de l'accès aux droits pour tous."

Car, selon les mots d'Anthony Giannini, "je pense qu'à Bastia, quand nous voyons une personne dans le besoin et qu'on a une pièce de monnaie, on lui donne. On n'essaie pas de la faire partir."

"90% sont à destination de Corses"

Odile Branca, présidente de l'association Partage, insiste de son côté : "Si nous n'étions pas là, la situation empirerait !"

D'autant plus, assure-t-elle, que les suppositions de sans-abris nouvellement arrivés, et pour la majeure partie non-corses ne sont pas étayées par les données de la structure : "Nous avons 1700 familles inscrites à l'association. Chaque mois, nous distribuons autour de 700 colis. Pour 90%, ils sont à destination de Corses. Et parmi les 10% restants, il y a aussi beaucoup d'Ukrainiens arrivés sur l'île et que nous aidons."

Odile Branca cite l'Évangile de Matthieu, qu'elle explique continuer d'essayer d'enseigner : "J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli".

"La Corse est franciscaine, me semble-t-il. Peut-être devraient-ils [les membres de Mossa Palatina, ndlr] relire attentivement la prière de Saint François d'Assise", conclut-elle.