Cimetière de l'Ondina à Bastia : après le rapport, la polémique

Illustration / Le cimetière de l'Ondina, sur les hauteurs de Bastia / © Viastella
Illustration / Le cimetière de l'Ondina, sur les hauteurs de Bastia / © Viastella

Une longue suite d'approximations, de malfaçons, et des conséquences qui se chiffrent à 10 millions d'euros... Le rapport d'expert sur l'Ondina est accablant. Et les différentes parties, le maître d'oeuvre, l'entreprise et l'ancienne municipalité bastiaise se renvoient la responsabilité.   

Par Sébastien Bonifay

L'Ondina, sur les hauteurs de Bastia, ouvrait ses portes en 2014.
A peine quatre ans plus tard, le cimetière n'avait plus rien de neuf...

Affaissement de chaussées, fissures, effondrement d'un mur, l'endroit, où de nombreuses Bastiaises et de nombreux Bastiais viennent se recueillir, a été contraint de sécuriser l'endroit. 
Trois caveaux avaient même été déplacés. 

Les familles, très vite, se sont inquiétées, comme l'avait constaté notre équipe :
 
Cimetière de l’Ondina à Bastia : les familles inquiètes
Intervenants - Philippe Bihet, Stéphane Giudicelli Equipe - Anne-Marie Leccia et Stéphane Laperat
 

Quelles sont les raisons ?

Un rapport d'expert, mandaté par le tribunal administratif, vient d'être rendu.
Il liste les raisons d'un tel fiasco. 

Plusieurs points sont accablants :
  • "Aucune étude de sols n'a jamais été réalisée pour un projet évalué à plus de 6.300.000 euros"
  • "Les bétons ont été "dilués" par ajout d'eau, (...) ce qui les rend très poreux et faiblement résistants mécaniquement"
  • "L'optimisation excessive des ferraillages a abouti à un manque de certains aciers, qui fragilise la structure"
  • "Les remblais mis en place à l'arrière des murs, en grade partie conformément aux prescriptions déficientes du cahier des clauses techniques particulières, présentent des caractéristiques mécaniques hydrauliques insuffisantes et ont manifestement été mis en oeuvre sans avoir été compactés correctement"
 

 

Les travaux de stabilisation des terrains, à quelques mètres des tombes / © FTVIASTELLA
Les travaux de stabilisation des terrains, à quelques mètres des tombes / © FTVIASTELLA


Quelles sont les responsabilités ?

  1. La première question, c'est celle qui concerne l'étude de sols.
Si elle n'a pas été réalisée, comme l'affirme le rapport, qui en est responsable ?

Le maître d'oeuvre, ou le maître d'ouvrage, la mairie de Bastia ?
François Tatti, en charge des grands travaux jusqu'en 2012, n'affiche pas d'inquiétude :
"Le chantier ne paraissait pas particulièrement complexe, au départ en tout cas, et les options retenues par les services seraient réalisées par le maître d'oeuvre, par la suite."

Une version confirmée par le rapport d'experts. 
A un détail prêt :
"La ville fait appel à un maître d'œuvre, le Cabinet BLASINI, sans pour autant avoir réalisé auparavant, d'étude de sols ou de faisabilité. Elle confie la mission de maîtrise d'œuvre en y incluant la charge des études de sols au dit maître d'œuvre. Mais ne met pas son marché en accord avec ce programme, ce qui aboutit au montage d'un dossier de consultation des entreprises de travaux, sans qu'aucune étude de sols n'ait jamais été réalisée".

 
François Tatti, dans son bureau. A l'époque du lancement du chantier, il était chargé des grands travaux à la mairie de Bastia / © viastella
François Tatti, dans son bureau. A l'époque du lancement du chantier, il était chargé des grands travaux à la mairie de Bastia / © viastella


        2. La deuxième question, c'est celle des malfaçons :

L'entreprise qui a été en charge de la construction de l'Ondina, c'est la SNC Vendasi. Le pire, c'est que, selon le rapport, un mur est déjà l'objet d'un effondrement massif. "L'assureur de la SNC Vendasi, Allianz, missionne CEBTP pour établir un diagnostic des bétons et des remblais. Le rapport est sans appel, et conclut à la présence de bétons de très mauvaise qualité et de remblais très argileux, peu ou pas aptes au remblaiement de l'ouvrage. Malgré cela, la reconstruction du mur effondré se fera quasi à l'identique, avec des bétons (...) une nouvelle fois médiocres". 

Le rapport précise que "le contenu du marché de l'entreprise, monté par le maître d'oeuvre, présente de nombreuses lacunes techniques qui ont laissé un champ certain aux pratiques de l'entreprise."

Jean-André Albertini, avocat de la SNC Vendasi, conteste cela :
"Ce qui a été réalisé a été conforme à ce qui a été prévu au marché et validé par le contrôleur technique et les maîtres d'oeuvres. Je ne fais évidemment le procès de personne, mais je réponds aux interrogations qui peuvent être faites sur la mise en oeuvre de ce marché dont la SNC Vendasi était le mandataire". 

 
Le rapport liste plusieurs dizaines de pages de malfaçons comme celles-ci / © DR
Le rapport liste plusieurs dizaines de pages de malfaçons comme celles-ci / © DR


De son côté, maître Marc-Michel Le Roux, qui est également conseil de la SNC, enfonce le clou :
"Le maître d'ouvrage qui a commandé les travaux du cimetière s'est abstenu de faire réaliser les études de sols qui étaient à sa charge" poursuit-il. Pour l'avocat cela "n'a pas donné les moyens au groupement d'entreprises qui a réalisé les travaux de faire une réponse adaptée" . 

Pour Me Le Roux, "l'entreprise ne peut être rendue responsable des non-conformités des ferraillages des murs de soutènement défectueux alors que leur conception est mise au point par un bureau d'étude" . 

Du côté de la SNC Vendasi, le message est clair: 
Pour les responsables, cherchez ailleurs...

 

Quel sera le coût ?

Le cimetière, qui avait vu le jour sous la dernière mandature d'Emile Zuccarelli, s'était chiffré à 8 millions d'euros. 
Au final, la facture, plus élevée que prévu, était de 9,5 millions hors taxe.


D'après l'expert, les réparations pourraient coûter jusqu'à 10.600.000 euros TTC. 
Soit le prix d'un deuxième cimetière. 

 L'actuelle majorité a promis que ces frais ne seraient pas à la charge du contribuable. 

  
 
ILLUSTRATION/ Jean-Jacques Vendasi, mis en cause par le rapport / © Viastella
ILLUSTRATION/ Jean-Jacques Vendasi, mis en cause par le rapport / © Viastella


Quelles vont être les suites ?

Des contre-expertises vont être demandées, 
La procédure, selon certains habitués des salles d'audience, pourrait prendre trois ans, voire plus. 
Le juge administratif devra faire toute la lumière dans une affaire où chacun se renvoie la faute, et qui se chiffre en millions d'euros...

Du côté pénal, une enquête à été ouverte, confiée à un juge d'instruction, qui devra déterminer si ces malfaçons ont été dictées par l'appât du gain.

 
Le rapport sur les malfaçons du cimetière de l'Ondina à Bastia
Pierrick Nannini Typhaine Urtizverea





 


 

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