"J'ai pris dix paquets de pâtes, tu crois qu'il m'en faut plus ?" : face au coronavirus, les supermarchés pris d'assaut

Malgré l'injonction de"distanciation sociale" du gouvernement pour limiter la propagation du virus, et de ne pas dévaliser les magasins, les supermarchés insulaires sont nombreux à grouiller de monde, ce lundi. Et les caddies débordent de produits. 

Marie a pris ses précautions avant de faire ses courses : un masque et des gants.
Marie a pris ses précautions avant de faire ses courses : un masque et des gants. © Axelle Bouschon
Masque sur le visage et gants chirurgicaux aux mains, Sophie* est venue faire ses courses équipée. "Mon objectif, c'est de prendre un maximum de produits de première nécessité. Des féculents qui se conservent longtemps, des conserves, du savon, du papier toilette... Comme ça, je suis tranquille au moins pour un bon mois."

Et bien que le gouvernement a indiqué qu'il n'y avait pas de nécessité de faire de stocks - "Il n’y a pas de risque de pénurie sur les biens essentiels" assurait ainsi samedi 14 mars le ministre de l’Économie Bruno Le Maire - la jeune femme n'est pas la seule à avoir eu cette idée, ce lundi matin. Dans ce supermarché de Bastia, ils sont nombreux à remplir de manière quasi frénétique leur caddie. Des achats en masse bien visibles dans les rayons du magasin : purée en poudre, riz, packs d'eau ou encore produits d'hygiène, dans bien des rayons, les produits commencent à manquer.
 

Moi je ne considère pas ça égoïste. C'est juste de la survie. Les autres peuvent bien faire ce qu'ils veulent. Moi je tiens à ma santé et à celle des miens
 


Question "de survie"

Dans le rayon des produits non-périssables, et au téléphone avec son compagnon, Sophie fait un point sur l'avancée de ses courses. "J'ai pris dix paquets de pâtes, tu crois qu'il m'en faut plus ?" De l'avis de son petit-ami, elle rajoute cinq autres sachets dans son chariot. Au risque de ne plus en laisser pour les autres. "Moi je ne considère pas ça égoïste. C'est juste de la survie. Les autres peuvent bien faire ce qu'ils veulent. Moi je tiens à ma santé et à celle des miens."
 
Des pâtes, du riz, ou encore des jus de fruits en grande quantité remplissent de nombreux chariots.
Des pâtes, du riz, ou encore des jus de fruits en grande quantité remplissent de nombreux chariots. © Axelle Bouschon
Les étagères sont à moitié vides dans les magasins
Les étagères sont à moitié vides dans les magasins © Axelle Bouschon

Un avis partagé par Marie, quelques mètres plus loin. Elle-même bien occupée à remplir son chariot, elle déplore l'attitude de certains consommateurs à son égard. "Je me suis presque fait agresser par une dame parce que je porte un masque ! Mais ces gens-là, ils ne connaissent pas mon histoire, ils ne savent pas les problèmes de santé ou autre que je peux avoir. S'ils ne veulent pas se protéger, ce n'est pas mon problème."

 

"C'est ça le confinement ?"

Pour Pierre, "ce n'est pas une question de protection, c'est une question de respect. Quand les gens mettent un masque alors que ça ne sert à rien, c'est leur problème. Quand ils dévalisent les magasins et que je me retrouve sans rien à ramener pour nourrir mes enfants, ça devient le mien." Ce père de famille est venu faire les courses avec sa petite fille, ce lundi. "Si j'avais su qu'il y aurait autant de monde dans les rayons, j'aurais attendu... C'est vraiment n'importe quoi. C'est ça le confinement ?"
 

Quand les gens mettent un masque alors que ça ne sert à rien, c'est leur problème. Quand ils dévalisent les magasins et que je me retrouve sans rien à ramener pour nourrir mes enfants, ça devient le mien.


Aux caisses du supermarché, caddies et paniers sont pleins à ras bord. Et dans les queues, le mètre de séparation minimum conseillé par les autorités sanitaires n'est pas vraiment respecté. Faute d'avoir pu trouver un masque, "en rupture de stock partout où j'en ai cherché", Anne-Lise* tient son foulard zébré devant sa bouche et son nez. "C'est mieux que rien" estime-t-elle.
 
Queue devant un supermarché pendant le confinement.
Queue devant un supermarché pendant le confinement. © FTV
© Anouar Ben Ali
© Axelle Bouschon

Pour cette septuagénaire, cette sortie course est une "mise en danger". Pas le choix pour autant : "Mes placards sont vides. Je n'ai même pas de quoi me faire un bouillon. Entre mourir du coronavirus ou mourir de faim, mon choix était fait" rit-elle jaune. 
 

Mes placards sont vides. Je n'ai même pas de quoi me faire un bouillon. Entre mourir du coronavirus ou mourir de faim, mon choix était fait



Émeutes au papier toilette

Une situation qui serait similaire à celles enregistrées ce lundi 16 mars dans nombre de supermarchés insulaires. Une autre grande surface bastiaise est ainsi contrainte, depuis ce matin, de filtrer les entrées des consommateurs. La faute, selon les rumeurs, à des émeutes qui auraient pris place dans la matinée au rayon papiers toilettes. Résultat : une queue de plusieurs dizaines de mètres s'étend devant le magasin.

"Les gens ne se rendent pas compte que c'est avec de pareils comportements qu'ils se mettent en danger, regrette Louisa, infirmière à Ajaccio. Même en confinement, les courses, c'est possible de les faire, juste pas tous en même temps. Là, en essayant de diminuer leurs chances d'attraper le virus, ils l'augmentent considérablement."


*les prénoms ont été modifiés
Coronavirus : les bons gestes à adopter
Pour limiter les risques de transmissions - notamment au sein du cercle familial et amical, premier vecteur de transmission - le respect des mesures barrières est primordial.
 
  • Se laver très régulièrement les mains. Les gels hydro-alcooliques ne sont pas indispensables pour l’hygiène des mains, indique l'ARS, un lavage minutieux à l’eau avec du savon est efficace
  • Utiliser des mouchoirs jetables
  • Saluer sans se serrer la main et éviter tant que possible les embrassades
  • Nettoyer plus fréquemment les surfaces qui sont régulièrement touchées et par un grand nombre de personnes : les poignées de porte, le téléphone, les ustensiles de cuisine, les toilettes  les lavabos...
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société consommation économie