Procès de féminicide à Bastia : "c'est le trou noir. Et quand je reprends mes esprits, je la vois au sol"

Deuxième jour du procès de Loïc Janin, accusé d'avoir tué sa compagne, Jennifer Grante, en 2017. Une grande partie de la journée est consacrée à son témoignage, marqué par l'impossiblité de se souvenir des circonstances de la mort de la jeune femme. 

La salle de la cour d'Assises du palais de justice de Bastia, à quelques minutes de l'entame des débats du jour.
La salle de la cour d'Assises du palais de justice de Bastia, à quelques minutes de l'entame des débats du jour. © Frédéric Roche

"J'ai l'impression que ça a duré quelques secondes. Mais je suis conscient que ça a duré plusieurs minutes. Peut-être qu'un jour, oui, je pourrai apporter une réponse. Je l'espère. Actuellement, cette réponse, je ne l'ai pas". 

Qu'est ce qui s'est passé durant ces quelques minutes qui ont causé la mort de Jennifer ? La présidente, Véronique Maugendre, a essayé, durant plus d'une demi-heure, d'en savoir plus sur les circonstances exactes de l'étranglement de la jeune femme tuée le 27 janvier 2017 à Vescovato.
Sans plus de succès que les experts psychiatre et psychologue qui, la veille, avaient témoigné devant la cour. 

La raison invoquée par Loïc Janin pour expliquer cette absence de souvenirs ? Un trou noir.

Pas de souvenirs 

"On se disputait, des insultes ont volé, des noms d'oiseaux. Elle était agressive, je ne me suis pas laissé faire, et la situation s'est envenimée. Il y avait de la colère des deux côtés. Elle a saisi le couteau, elle était alcoolisée, j'ai surréagi. Y a eu comme une explosion dans ma tête, j'ai perdu la notion du temps. J'aimerais pouvoir vous dire ce qu'il s'est passé, mais je ne revois pas les gestes que j'ai commis. Ensuite, je reprends mes esprits et je la vois au sol. Je vérifie si elle respire encore, et il n'y a plus rien. Je viens de comprendre que j'ai fait quelque chose d'inqualifiable".   

Loïc Janin, à la barre, reconnaît les faits sans chercher à se défausser. Et en multipliant les actes de contrition.

La cour intérieure du palais de justice de Bastia
La cour intérieure du palais de justice de Bastia © Sébastien Bonifay

Jennifer, son ex-compagne, il l'a tuée. Oui. Il l'a étranglée. C'est vrai. Il le regrette terriblement, il le répète. Mais raconter la manière dont il l'a fait, Loïc Janin s'en dit incapable. 

Soit c'est un refoulement, soit c'est un mécanisme utilitaire

Roger Franc, psychiatre

Maître Nathalie Airola, avocate des deux filles aujourd'hui âgées de 11 et 7 ans, s'approche de l'accusé. "Votre fille, la plus grande, a besoin de comprendre. Elle voulait être là. Est ce que vous savez qu'elle m'a déjà demandé si elle pouvait, lorsqu'elle en aurait l'âge, avoir accès à l'intégralité du dossier ? C'est très important pour vos petites filles de savoir la vérité, puisque vous les aimez tant et voulez les protéger".

"Oui, je le sais... Mais je ne me souviens de rien. Je ne me vois pas en train de faire ce que j'ai fait. Si je m'étais vu, je me serais arrêté tout de suite." répond Loïc Janin.

Une mémoire sélective

Le psychiatre Roger Franc, sollicité par la cour, a apporté un début d'éclairage sur ce phénomène de trou noir. "Le problème de l’amnésie lacunaire, c'est qu'on n’a aucun élément de certitude. Soit cela découle d'un refoulement, soit c'est un mécanisme utilitaire. Du genre "si je peux oublier, je me protège". Ce qui est sûr, en revanche, c'est que ça a une fonction de protection pour le psychisme du sujet".

Maître Airola, a, de son côté, tranché la question. C'est du moins ce que laisse supposer la conclusion de son intervention : "Vous avez un avis et des souvenirs assez clairs sur tout ce qui concerne Jennifer. Beaucoup moins quand ça vous concerne, apparemment..."

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