Le mariage des prêtres envisageable en Corse ?

La proposition d'ordonner des hommes "pouvant avoir une famille légalement constituée et stable" votée à la fin du synode des évêques consacré à l’Amazonie fin octobre, vient rouvrir le débat sur le mariage des prêtres, notamment dans les régions géographiquement isolées comme la Corse.

 

Par A.B et C.S / France 3 Corse ViaStella

"Pour pouvoir avoir un don total, il faut que la vie soit complètement donnée au Christ, y compris dans la vie familiale, affective. Le célibat a un sens dans cet aspect là." Originaire du Brésil, Paulo Lombardi est diacre à l'église Notre Dame de Lourdes à Bastia. A 31 ans, il recevra l'ordination dans quelques jours, nouvelle étape dans son engagement sans partage.

Réapparu le mois dernier à l'issue du synode des évêques consacré à l'Amazonie, qui envisage d'ordonner des hommes mariés pour répondre au manque de prêtres dans les régions reculées, le débat autour du mariage des prêtres n'est pas nouveau.

Souvent avancé pour répondre à une crise des vocations, le renoncement au célibat ne serait pas une solution pour ses opposants, pour qui ceux qui ont la vocation ne sont pas arrêtés par le fait de ne pas pouvoir se marier.
 

Vie écclésiastique et société consumériste


Pour le père Georges Nicoli, abbé à l'église Notre-Dame de Lourdes, la difficulté vient surtout du fossé toujours plus grand entre une vie consacrée à l'église et une société "consumériste et individualiste" où la parole de Dieu n'est plus une valeur première : "Le prêtre d'aujourd'hui, s'il n'est pas accompagné par une communauté qui le porte, qui prie pour lui, et une hiérarchie qui l'encourage à se donner pleinement à sa mission, il sait que le monde ne sera pas forcément très favorable à sa parole. Il y a une forme de courage, de se dire, je ne suis pas prêtre pour moi, mais parce que le seigneur m'a appelé et que je dois apporter la bonne nouvelle au monde. Et parfois le monde n'a pas envie d'entendre cette bonne nouvelle-là."

Aujourd'hui l'église catholique permet à des hommes déjà mariés de devenir diacre à partir de 35 ans, en ayant au minimum 10 ans de vie matrimoniale. Mais elle n'offre pas cette possibilité aux prêtres. En Europe, entre 15 % à 20 % des prêtres vivraient maritalement, en secret.

Et si dans les églises chrétiennes de rite oriental et de culte anglican, les prêtres peuvent se marier, là aussi, la crise de la vocation existe.

Reportage de Solange Graziani et Benjamin Bonte

Prêtre, il a renoncé à son sacerdoce par amour

Curé pendant 12 ans dans une paroisse des Pyrenées-Atlantiques, cet homme aujourd'hui âgé de 46 ans, qui préfère garder l'anonymat, a renoncé à son sacerdoce en 2011.

"Je suis l'enfant d'une famille où la foi a toujours occupé une part centrale dans nos vies. Mes parents nous ont éduqués dans l'amour de Dieu et du Christ, dans l'écoute de sa parole et de ce message d'amour qu'il voulait nous transmettre. Je n'ai jamais douté de ma foi, ni dans l'enfance, ni quand j'ai reçu l'ordination, ni même après avoir été plus ou moins renié de ma paroisse."

Il a rencontré celle qui est aujourd'hui son épouse en 2007. Croyante pratiquante, elle venait très régulièrement à la messe, et s'est souvent confessée à lui. Au début, une relation purement amicale est née de leurs échanges, mais peu à peu leurs sentiments ont évolué et ils entretiendront pendant près de deux ans une relation cachée, avant qu'il ne parle de sa relation à son évêque, et demande à arrêter ses fonctions. 
"J'avais honte de trahir ce qu'on m'avait enseigné, que je ne pouvais pas être à la fois un bon messager de la parole de Dieu et un amoureux d'une femme, que cet amour que je portais à Dieu je ne pouvais pas le partager"

Malgré le soutien quasi unanime de la communauté de fidèles, l'église a très mal accueilli son aveu et sa démission : on lui a demandé de quitter la région pour que son cas ne soit pas trop connu. "On ne voulait pas qu'on puisse penser que des situations comme la mienne étaient autre chose qu'un cas rare, alors que ça arrive, et plus souvent qu'on ne peut le penser."

C'est aujourd'hui un homme marié civilement. A l'église, il lui est désormais interdit de donner et recevoir des sacrements. S'il ne regrette rien de ses choix, il aurait aimé trouver une oreille plus compréhensive auprès de l'épiscopat.

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