Sciences : A Casa di e Scenze ouvre ses portes à Bastia

Les sciences, toutes les sciences, à la portée du plus grand nombre. C'est l'objectif d'A Casa di e Scenze, à Lupinu. Un outil pédagogique pensé par les plus grands scientifiques. C'est Axel Khan, généticien de renommée internationale, qui inaugurera les lieux samedi 15 février à 15 heures. 

A casa di e scenze, qui ouvre ses portes le samedi 15 février à Lupinu
A casa di e scenze, qui ouvre ses portes le samedi 15 février à Lupinu © Mairie de Bastia
Des expositions temporaires, des expositions permanentes, des videoprojections, des hologrammes, des murs sonores, un auditorium consacré à des conférences, des séminaires, mais également à des ateliers d'immersion.

Pour les mordus d'équations, de becs benzène et d'algoritmes, c'est un peu Noël. 
A casa di e Scenze, c'est un moyen d'accéder à un large panel de sciences et de techniques, et à leurs applications pratiques. 
 

La science, pour tous

Mais le lieu n'est pas réservé qu'aux savants en herbe, et aux universitaires. 
A casa di e Scenze, précise la mairie de Bastia, "a vocation à rendre accessible la science au plus grand nombre. Ce lieu offrira aux établissements scolaires tout comme au grand public des ressources pédagogiques scientifiques innovantes. (...) Ce pôle technologique et scientifique favorisera l'innovation et la découverte des sciences de façon interactive et ludique".

 
A Casa di e scenze, la science à portée de main
A Casa di e scenze, la science à portée de main © DR

L'investissement s'élève à 2,6 millions d'euros, financés par la ville, l'Europe et la CdC.

C'est Fabrice Fenouillère, à qui l'on doit le Parc Galea, qui a conçu la muséographie de l'endroit, et ce sont des pontes tels qu'Axel Kahn, biologiste et généticien, Yves Coppens, paléontologue, ou le physicien Etienne Klein qui ont réfléchi aux contenus. 

Un projet ambitieux, porté par les meilleurs spécialistes, voilà de quoi se réjouir. 
Reste à convaincre les gens d'en passer la porte. 
Surtout ceux, nombreux, qui pensent que ce genre de choses n'est pas pour eux. 
 

La science, c'est réjouissant, lumineux, presque festif - Axel Kahn
 

Alors on a demandé à l'un d'eux, Axel Kahn, comment y parvenir : 
"je dirais aux bastiaises et aux bastiais de en surtout pas se dire "la science c'est trop dur pour moi".
C'est renoncer à exercer son devoir de citoyen. Parce que les éléments scientifiques sont les éléments les plus fondamentaux pour leur avenir. Je répète régulièrement que la science, c'est comprendre les enjeux de manière à pouvoir se faire une opinion. Malgré les tensions politiques qui font notre monde, les questions qui décideront de notre avenir sont l'évolution du cancer et son traitement, le réchauffement climatique, les énergies vertes, les mesures contre la pollution...Et tous ces problèmes ont une dimension scientifique. 

Se détourner de la science, c'est renoncer à exercer son devoir de citoyen

Si les citoyens n'ont pas les clés pour comprendre ces enjeux, alors on se résoud à ce que la démocratie d'un pays développé soit impossible, et remplacée par la technocratie. L'information sur la science est l'un des éléments de la culture et l'une des conditions de l'exercice d'une démocratie active dans le monde moderne.
Mais tout cela est bien sérieux ! la manière dont la science se fait, c'est également une merveilleuse aventure, c'est une merveilleuse histoire. A Casa di e Scenze fera toucher du doigt ce caractère essentiel de la science, comprendre le monde dans lequel on vit, mais découvrir le côté éminemment réjouissant, lumineux, presque festif de la science." 

 

 
Axel Kahn, scientifique, généticien et essayiste, est à la tête de la Ligue contre le Cancer
Axel Kahn, scientifique, généticien et essayiste, est à la tête de la Ligue contre le Cancer © QualimeraProd


L'occasion était trop belle, à la veille de la conférence que donnera Axel Kahn à 14h30 à l'Alb'Oru demain, d'aborder le rapport du monde actuel à la science.
 

Les scientifiques sont-ils audibles ?

Il y a une contestation du savoir, incontestablement. On est dans un monde de fake news, ce que l'on appelle, dans mon domaine, les fake meds.
Et les réseaux sociaux accroient fortement le problème. Tout est contestable, parce que toutes les paroles sont au même niveau. 
Il y a donc une contestation de la parole du scientifique. 
Les propos tenus par un spécialiste du Coronavirus seront opposés à ceux tenus par monsieur Chmoldu. 
Ce sont deux opinions que les gens vont considérer comme de simples opinions. 

Et puis il y aura toujours des gens pour dire que le spécialiste éminent est soudoyé par les politiques pour ne pas affoler la population...

 

Le Coronavirus, un bon exemple ?

C'est un exemple frappant. La mortalité, par rapport à d'autres, est faible. De 2 à 2,5 %. Au pire il y aura plusieurs dizaines de milliers de morts.
Entre vous et moi, au niveau mondial, c'est dramatique, mais c'est modérément dramatique...
La maladie dont je m'occupe, le cancer, c'est quelques dizaines de millions de nouveaux cas dans le monde. Avec une mortalité de l'ordre de 50 %
Le Coronavirus, c'est nouveau, ça fait naître le fantasme, donc la terreur, alors que le cancer, ma foi, on s'y est habitués, alors on en parle moins...


 
Une souche de Coronavirus.
Une souche de Coronavirus. © HO / BRITISH HEALTH PROTECTION AGENCY / AFP

 

Les médias ont-ils leur part de responsabilité ?

Les journalistes, parfois, méritent d'être contestés. Une information, pour eux, ce n'est pas une éducation. Toute connaissance nouvelle est une information si elle terrifie ou si elle donne de l'espoir. Entre les deux, il y a la simple transmission d'un savoir, et ce n'est pas le rôle que se reconnaissent, de manière majoritaire, les médias généralistes...
Le Coronavirus, c'est une épidémie au caractère très infectueux, qui nait loin et commence à se répandre dans le monde, alors c'est vendeur.

 

Comprendre, c'est analyser

Les emballements médiatiques sont parfois très intéressants à étudier, dans le domaine. 
L'idée que les pesticides sont la cause numéro un de cancer est très répandue. 
Mais c'est une totale illusion d'optique. 

400.000 cancers sont détectés chaque année en France.
40 % d'entre eux sont évitables, et dont provoqués par des causes extérieures.
En tenant compte de la mortalité on arrive à 70.000 cancers par an. 


 
© Romain Boulanger/PRESSE OCEAN/MAXPPP
 

Non, la pollution, aujourd'hui, n'est pas à l'origine de la majorité des cancers

Quelles sont les causes ?
46.000 sont dûes au tabac, de loin la cause la plus importante. 
16.000 à l'alcool
5 à 7.000 à l'obésité, à la mauvaise alimentation. 
Et la pollution, enfin, provoque de 2 à 4.000 décès.

 
Mais là-dedans, il y a le soleil, les particules fines de diesel, et les pesticides agricoles.
Alors quelques centaines de morts par an, ce n'est pas rien, bien sûr, mais ce n'est en rien comparable aux autres causes majeures de cancer évitable. 
Il faut absolument comprendre qu'il y a des données, des chiffres à analyser, et ne pas faire des choses une présentation fallacieuse. 

 
Voir le monde autrement, c'est la proposition d'A Casa di e Scenze
Voir le monde autrement, c'est la proposition d'A Casa di e Scenze © DR
 

Etes-vous optimiste, ou pessimiste, concernant l'avenir ?

Je ne suis ni l'un ni l'autre. 
Imaginons que je sois pessimiste. Si demain le pire est certain, alors ca ne sert à rien que je tente de modifier de quoi demain sera fait. Donc je vais me replier sur moi-même, sur mes jouissances, sur mes désirs. 
imanginons que je sois optimiste. Si le meilleur est certain il n'y a pas besoin que je m'enagage, que je fatigue....
 
Voilà pourquoi quand Bastia me demande de venir parler aux citoyens, je viens.
Si je viens, c'est que je considère que le futur n'est pas écrit. il dépend un peu de la manière dont les citoyens que j'aurai convaincus l'écriront. 
Il ne faut être ni optimiste ni pessimiste.
Il faut être mobilisé, et informé.


 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
sciences culture