#InCasa : Que lire, que regarder pendant le confinement ? Les conseils de nos invités très spéciaux (Episode 4)

Pour Laurent Chalumeau, un seul mot d'ordre, "vive le hasard. Et de la nécessité faisons donc une vertu. Lisons donc certains livres qu’autrement nous n’aurions jamais lus.
Ceux qu’on a. Ceux qui sont là." / © Raphaël Poletti
Pour Laurent Chalumeau, un seul mot d'ordre, "vive le hasard. Et de la nécessité faisons donc une vertu. Lisons donc certains livres qu’autrement nous n’aurions jamais lus. Ceux qu’on a. Ceux qui sont là." / © Raphaël Poletti

 Chaque jour, des auteurs, corses, continentaux ou internationaux, des acteurs culturels, et des anonymes, concoctent un conseil pour nos internautes. Et le casting est de choix ! Laurent Chalumeau, lui, vous livre carrément une feuille de route pour redécouvrir votre bibliothèque !

Par Sébastien Bonifay

Les conseils de Laurent Chalumeau :


Que lire ?
Que dire !
Lire
La peste ?
Ou
L’amour au temps du choléra ?

Si le cœur vous en dit ou que la force vous en vient, mais surtout !
Faites seulement, comme on dirait en Suisse.
Tant mieux pour celles et ceux d’ores et déjà capables de se réconforter au contact de « grands textes ».

 
Oran, en Algérie, à l'époque où se déroule La Peste, de Camus / © DR
Oran, en Algérie, à l'époque où se déroule La Peste, de Camus / © DR
 

Il faut lire. On en a besoin.

Mais sinon, pas si sûr.
Pas si sûr, non, qu’il faille, du moins tuchuite-tuchuite, « profiter » de « l’aubaine » pour s’appuyer la face nord de tous ces Himalayas intimidants qu’on avait jusqu’ici su si bien contourner.
Chacun connait les siens :

L’homme sans qualité (encore bien trop, pour moi, à ce jour). 
La recherche du temps perdu (clairement, la lire n’en serait pas. Et n’en a pas été. Au contraire ! Rarement vécu aussi intensément. Mais c’est intime comme décision. C’est comme Dieu. Ça ne se recommande pas).
La montagne magique (perso, jamais atteint le deuxième camp de base).
Guerre et paix (trop mafflu. Ces jours-ci, plutôt du guère épais). 
Oui-oui et la gomme magique (mal traduit et tronqué. On boycotte !).

Ainsi de suite.

 
Replonger dans sa bibliothèque, c'est lire, ou relire, des livres dont on pensait tout savoir. Alors qu'on se trompait. / © Sébastien Bonifay
Replonger dans sa bibliothèque, c'est lire, ou relire, des livres dont on pensait tout savoir. Alors qu'on se trompait. / © Sébastien Bonifay
 

On croit connaitre, mais c’est en s’y replongeant qu’on mesure le génie
 

La liste est longue.
C’est juste pour dire : les lourdes vaches sacrées du patrimoine mondial sont moins de circonstance qu’on pourrait supposer.  
Or il faut lire, pourtant. On a besoin.
Et lire avec des librairies fermées. Lire parfois loin de ses propres étagères. Lire quand on est parti se confiner trop vite pour emporter de quoi. Lire quand on n’aime ou ne peut télécharger les textes.

Comment alors ? Et quoi ?
Mais lire, ça, oui !
Donc d’abord et surtout, avant de suivre les conseils éclairés de sommités autoproclamées, commencer par lire ce qu’on a.
Lire ce qui est là.

L’ami Jaenada a eu raison de conseiller ici
Jacques le fataliste. Coup de bol, c’est par ailleurs vraiment son livre préféré au monde, son Coran, sa boussole. Mais par ailleurs, c’est aussi de ces livres qui ont toutes les chances de se trouver chez les gens, achat scolaire du petit dernier, oublié, négligé, tantôt intact, tantôt annoté et corné.
 
La collection des Lagarde et Michard qui ont rythmé nos cours de Français au Lycée. / © DR
La collection des Lagarde et Michard qui ont rythmé nos cours de Français au Lycée. / © DR
 

A fable a day keeps the virus away 


Donc pour savoir quoi lire, d’abord inventorier.
Recenser les rayonnages.
Qu’est-ce qu’on a ? Qu’est-ce qui traine ?
Par exemple, tout le monde possède sous une forme ou une autre les
Fables de La fontaine. A l’évidence, ce n’est pas un « page turner ». Ça se picore. Mais c’est si délicieux.
A fable a day keeps the virus away. Ou presque. Même chose pour les
Maximes de La Rochefoucauld. Deux ou trois le matin. Une autre avant de dormir. Les classiques Larousse jaunis ou achats « au programme » d’antan peuvent ainsi retrouver des charmes inattendus. Jusqu’aux manuels, pour ceux qui les ont conservés.
Bien fait de garder les Lagarde et Michard. Ou Chassang et Seninger. Ces « morceaux choisis » et commentés. Généralement, ils l’étaient plutôt bien. Donc voyez ce que vous n’avez pas jeté. Ce sera peut-être l’occasion de vous en féliciter.

 

Voyez ce que vous n'avez pas jeté. Ce sera peut-être l'occasion de vous en féliciter
 

Après, tout le monde n’est pas égal face au médiathèques closes.
Il y a ceux qui, chez eux, ou au village où ils sont montés, vont dénicher des parallélépipèdes de papier imprimé avec Dumas marqué dessus. Ceux-là ont bien du bol. Ils gagnent à loterie.

Monte Cristo, ça se lit et relit. A en maudire l’heure des repas et les nuits. D’Artagnan et son crew, pareil. On croit connaitre, mais c’est en s’y replongeant qu’on mesure le génie. Et le bonheur ! Et puis là, entre le premier volume, la suite et Bragelonne, on doit voisiner quoi ? Deux mille pages ? Au bas mot. En commençant tout de suite, ça devrait vous emmener jusqu’à l’autre versant du « pic ».
 

Rares sont les greniers du pays où ne traîne pas un vieux San-Antonio racorni et jauni, mais toujours aussi réjouissant... / © DR
Rares sont les greniers du pays où ne traîne pas un vieux San-Antonio racorni et jauni, mais toujours aussi réjouissant... / © DR



Lire ou relire ce qu’on a donc. Ce qui est là. Vieux San-A. SAS, Harlequin, livres jeunesses, bédés (relire tout Blueberry. Tout Blake et Mortimer. Si on a, ça s’essaye…).
Agatha. Exbrayat.

Faulkner viendra plus tard. En son temps. Ce sera une bonne nouvelle de se sentir à nouveau en mesure de. Pour l’heure, vive le hasard. Et de la nécessité faisons donc une vertu.
Lisons donc certains livres qu’autrement nous n’aurions jamais lus.
Ceux qu’on a.

Ceux qui sont là.  

 

La bataille de Culloden, en Ecosse. C'est là que se joue une partie du roman de Robert Louis Stevenson. (The Battele of Culloden / Tableau de David Morier) / © Domaine Public
La bataille de Culloden, en Ecosse. C'est là que se joue une partie du roman de Robert Louis Stevenson. (The Battele of Culloden / Tableau de David Morier) / © Domaine Public


Entre ici Robert Stevenson, avec ton Le maître de Ballantrae

Ayant dit ça, je vais quand même signaler un titre.
Un livre que m’a fait lire Antoine de Caunes il y a trente-cinq ans, au moins, et que j’ai relu plusieurs fois depuis. Le roman d’aventure(s) ultime, tant il intègre et sublime tous les genres : cape et d’épée, exploration, piraterie, chasse au trésor, vengeance, fantastique et j’en passe.

Entre ici Robert Louis Stevenson, avec ton
Le maître de Ballantrae.
C’est la fiction en fête, l’imagination pavoisée, c’est une drogue dure et délicieuse, un hallucinogène puissant, violent, un tapis volant magique.
Soudain, plus de virus, plus de confinement. Le grand large souffle, les embruns fouettent, le cœur enfle, les lames cliquettent.

 

Vous serez tristes. Tristes que ce soit fini


Voilà : si vous pouvez d’une façon ou d’une autre mettre la main dessus, vous ne le regretterez pas, du moins tant que vous ne serez pas arrivés à la dernière page. Car là, vous serez tristes. Tristes que ce soit fini.
Faisons comme ça, alors.
Vous m’en direz des nouvelles, en septembre à Bastia, lors de la prochaine édition de Libri Mondi.
Qui se tiendra. On y croit.

On attendant, on vit. On lit.
Le maitre de Ballantrae, ou ce qui traine au grenier.
On vit. On lit.

Enjoy.

Prenez soin de vous.

Laurent



Note de la Rédaction : Vous pouvez télécharger, imprimier ou lire directement Le maître de Ballantrae en cliquant ici.
Et c'est gratuit !
 

Laurent Chalumeau dans la cour du musée de la Citadelle de Bastia, septembre 2018 / © Angélique Hairay
Laurent Chalumeau dans la cour du musée de la Citadelle de Bastia, septembre 2018 / © Angélique Hairay


Laurent Chalumeau, la bio :
Quiconque s’essaie à dresser le portrait de Laurent Chalumeau se retrouve face à un solide casse-tête.
L’homme se joue des étiquettes depuis des décennies, avec la malice goguenarde qui le caractérise.
Journaliste à Libération ou Rock&Folk, scénariste, parolier, dramaturge ou romancier, Chalumeau peut écrire un essai brillant et érudit sur l’immense écrivain américain Elmore Leonard.
Et pondre un tube énorme pour G-Squad, le boy’s band qui a fait rêver les adolescentes françaises des années 90.

Il peut ciseler les textes des délirants duos de De Caunes et Garcia à la grande époque de Nulle Part Ailleurs sur Canal Plus. Et nous plonger, à l’occasion de son somptueux recueil d’articles En Amérique, dans la réalité poisseuse d’Angola, le légendaire pénitencier de Louisiane.

Chalumeau, surtout, peut écrire des romans qui ne ressemblent à aucun autre.
Des romans ébouriffants, enthousiasmants, hilarants, avec cet art de l’équilibre qu’il maîtrise à merveille, des romans qui dissèquent, sans pitié les travers de notre société, les petites mesquineries et les lâchetés qui s’y dissimulent.

 



► Retrouvez la biliothèque du confinement conseillée par les invités de France 3 Corse :


- JACKY SCHWARTZMANN
nous parle de
Chernobyl et Vinyl
 
Les choix de séries de Jacky Schwartzmann sont ) l'image de ses livres : d'un humour noir féroce et revigorant / © Hermance Triay
Les choix de séries de Jacky Schwartzmann sont ) l'image de ses livres : d'un humour noir féroce et revigorant / © Hermance Triay
 



- FRANCOIS MEDELINE 
nous parle de
Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf
 
C'est François Médéline qui s'est essayé à l'exercice de critique littéraire en temps de crise, avec son style inimitable ! / © xhacquard_et_vloison
C'est François Médéline qui s'est essayé à l'exercice de critique littéraire en temps de crise, avec son style inimitable ! / © xhacquard_et_vloison
 



- PHILIPPE JAENADA 
nous parle de 
Jacques le Fataliste de Diderot
 
Philippe Jaenada, prix Femina 2017, a choisi Jacques le Fataliste de Diderot / © Raphaël Poletti
Philippe Jaenada, prix Femina 2017, a choisi Jacques le Fataliste de Diderot / © Raphaël Poletti
 
 

Avoir le temps, pour une fois...

La phrase que les libraires, les bibliothécaires et les écrivains entendent le plus souvent, c'est "J'adore lire, mais j'ai jamais le temps !". 
Maintenant, et pour quelques jours au moins, nous l'avons. 

Vous êtes chez vous, et vous avez regardé mille fois tous les épisodes de Friends. 
Que l'on soit grand lecteur, lecteur occasionnel, ou pas du tout lecteur, c'est le moment où jamais de tenter des choses, de sortir de sa zone de confort, de prendre le temps de regarder des films, d'écouter des disques, de lire des livres, ceux qu'on laisse de côté, qu'on garde pour plus tard sans jamais y aller, ou dont on est persuadés qu'ils ne sont pas pour nous. 
Avoir le temps de lire, pour une fois.
Le risque, c'est celui d'avoir perdu quelques heures qui, de toute manière, ne vous manquent pas, si par malheur ça ne vous plaît pas.
Le pari, c'est de passer quelques heures formidables qui vous divertiront, vous ferons rire, bousculeront vos certitudes, vous ferons faire un pas de côté, et voir les choses un peu autrement. 
Ca vaut le coup d'essayer. 

On a demandé à des écrivains, des libraires, des artistes, des bibliothécaires de choisir un livre pour les Corses confinés chez eux, et de nous dire, en quelques mots, pourquoi ce choix. 
Et tous ont répondu favorablement. 

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