La Corse, région la plus pauvre de France : « Il y a une plus grande durée dans la pauvreté, la situation est grave »

Selon une récente étude de l’Insee, 18.3 % des Corses vivent sous le seuil de pauvreté. Un chiffre qui fait de l’île la région la plus pauvre de France métropolitaine. François Pernin, président de la coordination inter-associative de lutte contre l'exclusion, répond aux questions de France 3 Corse.

18.3 %. C’est la part des Corses qui vivent sous le seuil de pauvreté, soit quatre points de plus que la moyenne nationale. Un chiffre révélé par une étude de l’Insee (L'institut national de la statistique et des études économiques), le 3 octobre dernier, et qui fait de la Corse la région de France métropolitaine la plus pauvre.

À l’occasion de la journée internationale de refus de la misère, la CLE (coordination inter-associative de lutte contre l'exclusion) a organisé un colloque, « Une Corse moins pauvre demain ? », lundi 16 octobre, à Ajaccio. Son but : proposer des solutions concrètes contre la pauvreté.

Dans ce cadre, François Pernin, président de la CLE, répond aux questions de France 3 Corse ViaStella.

Quel est le message de ce colloque ?

Il est très simple. Toutes les statistiques montrent que la pauvreté augmente. Ça prouve que nous ne sommes pas bons dans tout ce que nous faisons. Il faut faire autrement. La pauvreté n’est pas une fatalité, elle correspond à des causes précises qui ont été impactées récemment par la crise du Covid et la guerre en Ukraine.

Les pauvres ne sont pas responsables de la pauvreté. On doit faire la guerre à la pauvreté et pas la guerre aux pauvres. Les pauvres doivent faire partie des experts qui imaginent les politiques, les évaluent et les mettent en place.

Enfin, la pauvreté est un problème politique majeur. C’est à cet étage-là qu’il doit être pris, le nôtre, l’action sociale, humanitaire n’est qu’une partie du problème et pas la plus efficace.

L’Insee n’a pas de chiffres plus récents que 2020, on a du mal à quantifier le nombre de précaires supplémentaires engendrés par la crise sanitaire et la crise liée à la guerre en Ukraine, pour autant dans les associations, vous constatez cette pauvreté…

Il y a un approfondissement, une plus grande durée dans la pauvreté et puis des gens qui jusque-là n’étaient pas touchés qui sont touchés même sans le savoir, qui vont réagir tardivement. La situation est grave. Maintenant, on parle de faim et lorsque les restos du cœur brûlent à Lille, tout le monde tremble comme si la faim était du ressort des associations. Non, il y a beaucoup d’autres mesures à prendre, c’est beaucoup plus sérieux que ça.

Avec l’inflation, vous sentez que la population est frappée davantage ...

Tout le monde le ressent, même les gens un peu aisés, ils commencent un peu à compter. Oui, le panier devient de plus en plus cher. Il y a des gens qui ne font plus qu’un seul repas par jour et qui fréquentent les restos sociaux de plus en plus souvent. Et tout ça est inconnu, invisible, en dessous de l’iceberg.

Il manque également des logements sociaux, 6.000 en Corse et 600 de plus chaque année…

Oui. On ne peut pas construire une vie, bâtir un projet, se soigner, sans logement. Il y a des nons et des mal-logés. On n’a pas encore trouvé de solution parce que notre rythme de construction de logements neufs n’est pas suffisant pour combler le déficit. Là aussi, il faut réfléchir autrement, comment produire du logement sans en construire.