Low cost : la voie étroite

Une nouvelle ligne aérienne low cost vers la Corse verra le jour, c’est une annonce de la compagnie britannique Easyjet qui entend relier Bâle-Mulhouse à Figari deux jours par semaine du 11 juin au 9 septembre.

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Depuis quelques années le trafic généré par les compagnies low cost progresse et participe, majoritairement à l’accroissement général du trafic aérien. Cette progression correspond à un souhait émis par plusieurs élus insulaires et par des professionnels du tourisme. Cependant la venue des low cost se heurte à une série d’obstacles, notamment la faiblesse du marché et sa forte périodicité.

Aujourd’hui la venue de nouveaux opérateurs aériens et l’ouverture de nouvelles lignes sont limités par l’état des lieux. Pour l’instant la structure de l’accueil touristique semble représenter la principale limite au développement du transport aérien. Enfin, l’existence d’une DSP (Délégation de Service Public) sur les lignes entre l’aéroport d’Orly et la Corse donne un monopole aux compagnies qui effectuent ces liaisons. La remise en cause de ce système de DSP pourrait fragiliser la compagnie régionale Air Corsica.
 

Une progression… saisonnière


Easyjet ouvre une nouvelle ligne entre Bâle-Mulhouse et l’aéroport de Figari dans l’extrême sud de la Corse. La compagnie low cost desservira cette destination deux jours par semaine. Cela représente 8280 sièges supplémentaires, sur 46 vols. Cette ouverture limitée à la haute saison correspond à la réalité du marché corse, accentué par la vocation touristique de l’aéroport de Figari.  Cette saisonnalité se retrouve sur la totalité des liaisons low cost à destination de la Corse.

Ainsi la compagnie Easyjet relie l’île à six aéroports : Londres Gatwick, Genève, Lyon, Bâle-Mulhouse, Toulouse et Paris CDG. Les premières lignes avec Paris CDG, Bastia en 2008 et Ajaccio en 2009 fonctionnaient toute l’année. Mais après un premier bilan, l’opérateur a constaté que la basse saison n’était pas rentable.

Aujourd’hui la majorité des lignes sont assurées, majoritairement, entre avril et octobre. Cette desserte saisonnière de la Corse se retrouve sur toutes les lignes des compagnies low cost. La principale compagnie low cost qui dessert l’île est l’allemand Germanwings, filiale de la Lufthansa. Elle relie Bastia à  cinq aéroports allemands (Berlin, Cologne, Düsseldorf, Hambourg et Stuttgart)  et à Vienne (Autriche), d’avril à octobre.

On retiendra la présence d’autres compagnies low cost sur la destination corse : parmi elles, l’espagnol Volotéa a développé un certains nombre de lignes ces dernières années. L’irlandais Ryanair relie Figari à Beauvais et Charleroi (Belgique). Pour toutes ces compagnies les liaisons sont saisonnières. Elles se calquent ainsi sur les variations du flux touristique.
 

Les limites de l’offre touristique


Si la saison aérienne est concentrée (entre avril et octobre), c’est qu’elle suit la saison touristique. Mais la saisonnalité du tourisme n’est pas le seul élément. Le volet le plus important est, sans doute, la structure même de ce tourisme. La forte concentration sur la haute saison est assortie d’un tourisme atypique. L’offre de lits hôteliers est inférieure à l’offre de lits dans les campings et dans les résidences de tourisme. A cela il faut ajouter l’importance de l’offre non marchande en Corse. La situation touristique est détaillée dans l’enquête réalisée par l’INSEE, sous l’égide de l’ATC (Agence du Tourisme de la Corse) que l’on peut lire ici.
 
Cet état des lieux limite l’ambition des élus qui souhaitent réorienter les moyens de transport à destination de la Corse. Aujourd’hui, l’île est la seule destination touristique insulaire en méditerranée où le maritime surpasse l’aérien. On peut voir ces données sur le site de l’ORTC (Observatoire Régional des Transports en Corse). Voir onglet « publications », décembre 2015.

De fait depuis plusieurs années l’aérien progresse et le maritime recule. Mais la marge de progression demeure limitée par la nature de l’offre touristique. Vouloir faire progresser l’aérien sans changer l’offre de tourisme, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Les clientèles qui viennent par avion et par bateau ne sont pas tout à fait les mêmes. Il faut comprendre que changer de mode de transport, c’est aussi changer de produit touristique.
 

DSP ou marché « ouvert » ?


Aujourd’hui les lignes qui enregistrent le plus de passagers sont celles de Paris Orly. Ces liaisons sont assurées par un groupement Air France –Air Corsica. Ces lignes sont régies par une Délégation de Service Public assortie d’une subvention. En contre partie, les opérateurs bénéficient de l’exclusivité sur ces lignes. Aucune autre compagnie ne peut opérer entre Orly et les quatre aéroports de Corse : Ajaccio, Bastia, Calvi et Figari. L’actuel contrat de DSP vient de débuter et se termine en 2020.

Déjà un débat est ouvert, faudra-t-il reconduire un système de DSP entre Orly et une partie ou la totalité des aéroports insulaires, ou bien devra-t-on ouvrir le marché à tous les opérateurs intéressés ?  La question est loin d’être neutre sur le plan économique et social. Sur le plan social, la suppression de la DSP sur les lignes d’Orly aura des conséquences sur l’activité d’Air France et d’Air Corsica. Pour Air France, la possibilité de réorientation des personnels et des activités est possible au sein d’un grand groupe.

Pour Air Corsica se posera l’emploi des personnels affectés aux lignes d’Orly. Sur le plan économique, ne va-t-on pas vers une remise en question de l’existence même d’Air Corsica? Cette compagnie régionale a été créée au départ (en 1991) pour assurer le bord à bord (Nice et Marseille). Mais aujourd’hui une part importante de son activité est déployée sur Paris. Quelle sera la position de l’assemblée de Corse, à l’approche de 2020 ? Une réflexion est actuellement menée par la nouvelle majorité nationaliste de la CTC (Collectivité Territoriale de Corse).

L’ouverture du marché et la réduction ou la suppression de la DSP sur Orly laisse une question en suspens. Que feront les opérateurs en basse saison, sur un marché atone et non subventionné ? On peut considérer que des éléments de réponse nous sont fournis par l’attitude actuelle des compagnies qui ne viennent pas, quand il n’y a pas de marché. Il faudra, à la fois, développer le transport touristique saisonnier et garantir un service régulier pour les habitants de l’île, toute l’année.
 
Si l'on prend la nature de l’offre touristique comme indicateur des orientations en matière de transports, on doit noter qu’aucun projet de développement hôtelier ou de réorientation de l’activité touristique n’est prévu à moyen terme. Les compagnies aériennes devront faire avec. Le point d’équilibre entre la situation actuelle et l’ouverture souhaitée par les professionnels du tourisme est dur à trouver.

Regarder le reportage d'Olivier Castel et de Jacques Paul-Stefani