Le tourisme en Corse, les dessous d'un rapport bien optimiste

ILLUSTRATION - Le tourisme en Corse, les dessous d'un rapport bien optimiste / © FTVIASTELLA
ILLUSTRATION - Le tourisme en Corse, les dessous d'un rapport bien optimiste / © FTVIASTELLA

Aucune surprise ni découverte dans l’enquête sur le tourisme coordonnée par l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) et par l’ATC (Agence du Tourisme de la Corse), publiée le 8 Octobre 2015. La majorité de l’étude porte sur la période 2009-2014.

Par Alain Verdi

Une fréquentation "stable" et plus étalée

La Corse connaît 35 millions de nuitées par an, depuis six ans. Cette stabilité, sur une année, est nuancée par un plus grand étalement de la fréquentation. L’avant saison (+20%) augmente moins que l’arrière saison (+22%). Voir schéma du rapport, page 11.

La fréquentation globale n’augmentant pas, on peut donc en déduire que la haute saison recule, légèrement, assez pour expliquer ce jeu d’un équilibre général et d’une autre répartition.

En observant l’évolution des modes de transport - plus d’aérien et moins de maritime (voir plus loin) - on peut  en déduire que la nature de la clientèle change. La clientèle aérienne a, généralement un CSP + (Catégorie Socio Professionnelle), par rapport au maritime. Mais l’enquête de l’INSEE n’aborde pas ce chapitre du profil des clientèles selon les périodes de l’année.

L’aérien grignote le maritime​

En 2014, la part des passagers transportés par avion atteint 45,2%. Depuis 1998, le maritime n’avait pas arrêté de progresser en part de marché. L’aérien était au plus bas en 2007, avec 37,7%.

Le pourcentage des passagers aériens de 2014 dépasse celui de la pointe de 1998 (44%). Le  low cost aérien se taille la part du lion avec 865.000 passagers en 2014 (26%). Le bémol reste le même : la présence des compagnies low cost suit la courbe de la fréquentation. Ces compagnies viennent quand il y a de la demande.

Le transport maritime connaît une baisse constante depuis 2010, année record (4 millions 650 000 passagers). Dans la période 2010-2014 la baisse du maritime se chiffre à -12,6%.

Ce sont les liaisons avec l’Italie qui connaissent le plus fort recul (-15,6%). Ce recul est loin d’être insignifiant. Les touristes italiens représentent la première clientèle étrangère devant les allemands.

L’enquête ne nous dit pas comment, avec un tel recul d’une si importante clientèle, le niveau de fréquentation global se maintient.

La concurrence du non marchand​

Les structures d’hébergement, en Corse, sont atypiques et c’est le non marchand qui domine. Selon l’INSEE, "en Août, les résidences secondaires représentent 74% de la capacité d’accueil de la fréquentation touristique globale". Page 14. Le non marchand fait l’objet de locations saisonnières ponctuelles, déclarées ou non.

L’hôtellerie et le camping sont ainsi concurrencés, malgré des efforts de modernisation. Le coté atypique de la Corse vient de l’importance de l’offre de campings. L’hôtellerie de plein air propose 45% des lits, c’est près du double de l’hôtellerie classique. L’hôtellerie insulaire demeure, elle-même atypique. Elle regroupe, à peine, un quart de la capacité d’accueil annuelle.

L’hôtellerie  enregistre cependant plus de nuitées, la saison des campings étant mécaniquement restreinte par la météo. Les hôtels présentent aussi d’autres "particularismes". L’un d’entre eux est la taille des établissements : une moyenne de 29 chambres contre 38 sur le continent.

Cette petite taille des établissements hôteliers vient poser les limites du développement de l’aérien. Cet aspect des choses n’est pas abordé par l’enquête de l’INSEE. Cependant, se posera rapidement la difficulté à faire progresser l’aérien sans changer la structure hôtelière

Pour les années qui viennent, il n’existe pas de projets de construction de grands hôtels. En tout état de cause, le rapport constate que les structures d’hébergement insulaires sont dans une bonne situation financière.

L’hébergement a de la marge

En Corse, neuf hôteliers sur dix sont propriétaires de leur établissement. C’est, sans doute, une des raisons de la bonne santé financière des structures d’hébergement.  Selon l’INSEE, "Elles dégagent une rentabilité économique supérieure, à la faveur de meilleurs taux de valeur ajoutée et de marge". De plus, ces entreprises investissent plus que sur le continent et ont moins recours à l’endettement.

Cette capacité d’autofinancement, plus élevée que sur le continent,  concerne également des entreprises insulaires des secteurs non touristiques, si l’on se réfère aux différentes notes et enquêtes de la Banque de France. Les entreprises du secteur de l’hébergement investissent (43,6%) plus que sur le continent (52,8%). Il faut dire qu’elles bénéficient d’un crédit d’impôt accordé à la Corse.

Un emploi sur dix… dans le tourisme

La Corse se situe en tête des régions françaises pour la place du tourisme en matière d’emploi. Selon l’INSEE elle compte, en 2011, 11.500 emplois liés au tourisme, ce qui représente 10,6% du total de l’emploi dans l’île (3,9 au niveau national).

Ce poids des emplois touristiques doit être pondéré par, au moins, deux données :
  • D’abord, la forte saisonnalité. En la matière, la Corse arrive en tête des Régions françaises. Ce n’est pas un gage de la qualité de l’emploi.
  • Ensuite, une partie non négligeable des ces saisoniers (environ un tiers) viennent de l’extérieur de l’île. De plus, les emplois les plus qualifiés et notamment dans l’encadrement  sont pourvus par des personnes venant de l’extérieur de la Corse.
Cet aspect n’est pas abordé dans l’enquête publiée ce mois d’Octobre, mais l’INSEE dressait déjà de constat en 2010. La situation, dans ce domaine, n’a pas évolué.

Un tourisme pourquoi faire ?

On peut observer l’importance des activités touristiques en Corse. Mais le modèle a ses limites. Les emplois sont saisonniers, souvent peu qualifiés et plus on approche des emplois d’encadrement, plus ils sont occupés par des personnes venant de l’extérieur. Des employeurs insulaires répondent qu’ils ont "peu de demandes de la part de jeunes corses".

Le constat est là. Le niveau régional du chômage a rejoint la moyenne nationale et le secteur porteur, dans l’île, n’attire pas une partie de sa jeunesse. Une enquête plus fouillée montrera que l’on vient du continent français et de l’étranger pour travailler dans le tourisme pour les postes saisonniers peu qualifiés, comme pour les emplois qui demandent une plus grande qualification.

En même temps une partie de la jeunesse insulaire, formée à d’autres métiers,  va exercer ses compétences ailleurs.

Du coup le dernier rapport présenté par l’INSEE, sous l’égide de l’Agence du Tourisme de la Corse, donne une présentation optimiste de la situation.

Il y a, bien sur, des raisons de se satisfaire : légère extension de la saison,  bonne santé financières des entreprises… Mais le crédit d’impôt ne durera pas et le modèle économique actuel montre ses limites. On a pu le voir, notamment, avec les limites du développement de l’aérien posées par les structures touristiques actuelles.

Ce que semble dire le rapport, c’est que la situation est loin d’être aussi mauvaise que ne le disent certains "pleureurs professionnels", notamment chez certains chefs d’entreprise.

En revanche, on ne trouve pas beaucoup de trace d’une réflexion sur l’intégration du tourisme dans une économie générale. Il n’est pas sur que le bon état financier actuel de certaines entreprises et le statu quo en matière d’infrastructures suffisent à préparer  un avenir solide.

En résumé:​

Le tourisme occupe une place importante dans l’économie de l’île, tant au niveau de l’emploi que dans l’activité des entreprises insulaires. La part du transport aérien se développe, tandis que le maritime régresse. La fréquentation est stable depuis six ans, malgré un étalement en avant et arrière saison. L’offre évolue lentement et le secteur non marchand reste dominant. La seule "surprise" est la bonne santé financière des entreprises d’hébergement. Mais pour combien de temps? 

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