Lutte contre le grand banditisme et saisie des biens mal acquis : qu'est ce que l'AGRASC ?

L'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) célèbre a célébré ses 10 ans. En Corse, cette instituion qui gère et revend les biens mal acquis, entre autres du grand banditisme, a une raisonnance particulière.

L'AGRASC et son antenne de Marseille ont récupéré le dossier de la vente du couvent Santa Catalina, à Sisco, dans le Cap Corse.
L'AGRASC et son antenne de Marseille ont récupéré le dossier de la vente du couvent Santa Catalina, à Sisco, dans le Cap Corse. © Pierre Bona

L'AGRASC. Derrière cet acronyme, se cache une agence peu connue du grand public. Mais une institution redoutée dans le milieu du grand banditisme.

L'"Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués" (AGRASC) souffle, cette année, ses dix bougies. Implantées dans un immeuble cossu de la rue Richelieu, dans le second arrondissement de Paris, 60 personnes, magistrats et fonctionnaires des ministères de l'Economie et de l'Intérieur, parlent aux portefeuilles du crime organisé en France.

Depuis sa création en 2011, l'agence a trouvé sa devise : "nul ne doit tirer profit de son délit". "L’agence est chargée de l’exécution de la peine de confiscation au nom du procureur de la République", explique le ministère de la Justice. En d'autres termes, l'AGRASC gère et revend les biens mal acquis.

L'Agence est dirigée par Nicolas Bessone, un magistrat chevronné, procureur de la République à Bastia de 2014 à 2017. Avec ses équipes, il traque les transactions du crime organisé : les biens achetés pour blanchir l'argent sale, celui du racket, du trafic de stupéfiants...

En 10 ans, l'agence a traité environ 100.000 affaires pour un moment total évalué à 1,3 milliard d'euros. En Corse, elle a saisi 4 millions d'euros de biens acquis illégalement ces dernières années.

41 immeubles saisis en Corse en un an

Il y a quelques semaines, l'AGRASC intervenait de nouveau dans une affaire corse. En vente : une voiture de sport appartenant à Francis Mariani, membre présumé du gang de la brise de mer, mort dans l'explosion d'une grange en 2009.

En 2016, autre affaire, de plus grande ampleur en Corse. Elle parvient à vendre une maison de 140 mètres carrés à Talasani, pour 285.000 Euros. Elle abritait un autre parrain du milieu Corse, Jean-Luc Germani.

L'AGRASC connaît bien désormais les chemins de traverses du crime organisé pour lessiver ses billets : l'immobilier reste la valeur refuge du grand banditisme. Il y investit massivement, via des prête-noms et des sociétés-écrans et à travers des montages financiers complexes que la justice peine à démêler. Pour la seule année 2018, l'Agrasc a ainsi saisi 41 immeubles en Corse. 

Deux antennes à Lyon et Marseille ont récemment été ouvertes. Ces zones sont connues pour leur activité criminelle.

L'agence, et son antenne de Marseille, viennent de récupérer un gros dossier. La vente du couvent Santa Catalina, à Sisco, dans le cap Corse. Le site est très convoité. Le maire Ange-Pierre Vivoni, a récemment déposé plainte pour menaces, en lien selon lui avec cette vente. 

Encore loin de l'Italie

Bien mal acquis ne profite jamais. L'adage vaut bien pour tous types de délit. Pour cause, l'AGRASC s'est penché, fin mars, pour la première fois sur une vente de Bitcoins.

L'Agence a investi le terrain d'un domaine en pleine expansion : la cryptomonnaie, à l'origine de plus en plus de transactions. Les 611 bitcoins, estimés à près de 25 millions d'euros et saisis dans une affaire de cybercriminalité, ont tous trouvés preneurs.

Le pactole des avoirs saisis par la justice est en hausse de 600 % cette année, avec 250 millions d'euros saisis. Mais, la France est encore loin d'égaler l'Italie, qui a confisqué plus de 11 milliards d'euros à la mafia, ces 20 dernières années.

Justice : l'Agence de gestion et de recouvrement des avoir saisis et confisqués fête ses 10 ans

 

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