Sartène : Eric Zemmour en campagne de dédicaces

Publié le Mis à jour le
Écrit par Alain Stromboni
Eric Zemmour effectue un déplacement de deux jours en Corse.
Eric Zemmour effectue un déplacement de deux jours en Corse. © FTV

En déplacement dans l’île jusqu’à ce samedi soir, le polémiste a dédicacé son nouveau livre vendredi à Sartène. Une séance un peu mouvementée, marquée par un échange entre le probable candidat à l'élection présidentielle et les indépendantistes de Core in Fronte.

"Il arrive ou quoi ?!" Devant le café-librairie de Sartène où Eric Zemmour est attendu ce vendredi, quelques personnes s’impatientent. Il est près de 18 heures et l’écrivain et polémiste doit dédicacer son nouveau livre "La France n’a pas dit son dernier mot" (Rubempré). 

S’il avait débarqué un peu plus tôt dans un relatif anonymat à l’aéroport de Figari - accueilli par le philosophe et universitaire Olivier Battistini -, l’ambiance était cette fois différente en fin de journée.

Sur le cours principal de Sartène, trois gendarmes encadrent la foule. Une grosse centaine de personnes guette l’arrivée de celui que certains sondages placent au second tour de l’élection présidentielle d’avril prochain. Une candidature que l’ancien journaliste du Figaro n’a toujours pas officialisée.

En Corse, officiellement, il est donc venu présenter son dernier ouvrage. Mais pas que. "Je suis aussi venu chercher l’affection des Corses. Je suis quelqu’un d’affectif et les Corses aussi. J’aime discuter avec eux. Je suis un méditerranéen comme les Corses et j’aime cette ambiance où on ressasse les événements de 2000 ans d’histoire ; on sait ici que l’histoire est tragique et nos élites l’ont oublié. Je viens voir des gens qui comprennent l’histoire, qui savent que la France doit être grande." 

Dans une île où le vote cumulé des listes nationalistes a fait près de 68% des voix au second tour des dernières élections territoriales, Eric Zemmour déroule son argumentaire.

Selon celui que l'on situe généralement à l'extrême droite sur l'échiquier politique, "s’il y a un désamour entre les Corses et la France, c’est parce que la France n’est plus grande". Et de souligner : "Je pense qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre le vote pour les nationalistes aux élections locales et la politique nationale. Les Corses sont un peuple romain, c’est ça que j’aime chez eux. Ils aiment la grandeur. Et donc, quand la France est grande, ils sont français. Et quand elle n’est pas grande, ils redeviennent corses."

"Vous n'êtes pas le bienvenu"

Dans l’assistance, on trouve surtout des partisans de l’essayiste souverainiste. Il y a aussi quelques curieux. "Je suis venu de la région bastiaise pour tenter de discuter avec lui afin d’avoir sa vision des choses sur la Corse", glisse un trentenaire. "Moi, je suis là car je suis un peu intriguée par le personnage", confie une jeune mère de famille originaire du sartenais. 

Côté politiques, Jean-Antoine Giacomi et Filippo de Carlo de Forza Nova sont eux aussi descendus de Bastia pour s’entretenir avec le probable candidat à l’Elysée. "Pour l’avenir de la Corse, il est très important de discuter avec un potentiel président, explique Jean-Antoine Giacomi, tête de liste du parti souverainiste d'extrême droite aux dernières Territoriales. Même s’il a une vision jacobine, on va pouvoir discuter en profondeur avec lui. En plus, il reconnaît de facto le peuple et l’identité corses." 

Alors qu’Eric Zemmour s’apprête à dédicacer ses livres, les indépendantistes Paul-Félix Benedetti et Olivier Sauli s'adressent à lui : "Vous n’êtes pas le bienvenu ici, lance le leader de Core in Fronte, récemment élu conseiller territorial. Je crois que vous avez une idée qui est à la limite du racialisme. La Corse, ce n’est pas un pays romain comme vous le dites, c’est un pays méditerranéen qui a de tout temps été généreux et qui, aujourd’hui, quoi que vous en pensiez, subit une colonisation de peuplement, avec plus de 50% de personnes qui sont arrivées en 20 ans, mais qui ne sont pas arrivés par l’autre côté de la Méditerranée."   

Dans la foulée, une altercation verbale éclate entre Olivier Sauli et Jean-Antoine Giacomi et Filippo de Carlo, le premier reprochant aux seconds de "prendre la défense" d'Eric Zemmour. "Je suis venu entendre son discours, répond Filippo de Carlo. Il parle, j’écoute ce qu’il a à dire. Je veux connaître l’avenir institutionnel de la Corse pour les 5 à 10 ans prochains." 

"Ce n’est pas un moment chaud, a réagi le polémiste, après cette séquence un peu tendue. On s’échauffe, c’est rien du tout. Depuis des années, partout où je passe, des "Antifas" essaient de faire le coup de poing pour m’empêcher de parler. C’est leur considération de la démocratie. On sait que l’extrême gauche ne respecte pas la démocratie et la liberté de parole. Ça fait un siècle que ça dure, j’ai l’habitude. Ce n’est pas ces gens là qui vont me faire taire."

Un déplacement aux allures de campagne

Des tensions qui se sont rapidement apaisées mais qui rappellent que la visite d'Eric Zemmour dans l’île dépasse le stade de la simple séance de dédicaces. En témoignent les nombreux médias nationaux présents ce vendredi à Sartène. Et aussi la délégation avec laquelle l’écrivain effectue ce déplacement : de sa principale conseillère, Sarah Knafo, à son responsable de la communication, Olivier Ubéda, son état-major est présent. Sans oublier quelques personnes chargées d'assurer la sécurité.

À l’entrée du café, des militants du site "Je signe pour Zemmour" - dont certains venus spécialement du continent - distribuaient des autocollants "Zemmour président". Sur la route entre Ajaccio et Sartène, des affiches identiques ont également été collées.

À Ajaccio ce samedi

Dans les coulisses de cette visite, il aurait aussi été question des fameux 500 parrainages nécessaires pour valider la candidature. Les partisans d’Eric Zemmour en auraient déjà récolté près de 200 en France. En Corse, sottu voce, on évoquait ce vendredi "une quinzaine de signatures" en faveur du polémiste.

Aperçu à la séance de dédicaces, le maire de Sartène, Paul Quilichini, "pourrait lui délivrer la sienne", selon CNews.

c’est presque instinctif de soutenir la candidature d’Eric Zemmour plus que celle de Marine Le Pen.

Jean-Antoine Giacomi, Forza Nova

D’autres soutiens pourraient eux aussi se faire de manière encore plus officielle dans les semaines à venir. "On va discuter, tempère Jean-Antoine Giacomi de Forza Nova, avant d'ajouter : au-delà de tout ça, il y a quand même un conflit civilisationnel qui s’annonce. Aujourd’hui, la Corse est victime de l’immigration massive. On a une population en croissance. Sur ce principe-là, c’est presque instinctif de soutenir la candidature d’Eric Zemmour plus que celle de Marine Le Pen qui n’a pas cette posture politique de faire une différenciation des territoires. Je pense que lui peut la faire."

Autant de signes annonciateurs d’une future candidature qui semble de plus en plus se préciser. Reste à savoir quand celle-ci sera officialisée. Certains évoquaient une possible annonce ce samedi après-midi lors de son discours à Ajaccio, la ville de Napoléon qu’Eric Zemmour qualifie de "plus grand personnage de l’histoire de France et sans doute du monde". Mais le polémiste a coupé court à la rumeur : "Je n’annoncerai rien de tel ce samedi", a-t-il déclaré devant notre caméra.

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.