Sidaction 2022 : "On se dit toujours : ça n'arrive qu'aux autres. Et puis ça vous arrive, et il n'y a plus de retour en arrière"

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L'édition 2022 du Sidaction s'est ouvert vendredi 25 mars, et se prolonge jusqu'à dimanche. En France, chaque année, le virus sida est responsable de plusieurs centaines de décès. Mais près de 40 ans après son identification, le grand public semble de moins en moins sensibilisé au VIH, à ses dangers, et à l'importance de la prévention.

"C'était en 2010, j'avais 23 ans, et j'étais en troisième année de licence d'économie. Comme à peu près tous mes amis, je passais plus de temps dans les bars que sur les bancs de la fac... Et j'avais beaucoup de rapports sexuels non-protégés. Ce n'était pas une question de prendre des risques, c'est plutôt que je n'y avais jamais vraiment pensé. Pour moi, le sida, c'était presque une maladie moyenâgeuse."

Nathan* [le prénom a été anonymisé, ndlr] s'en souvient comme si c'était hier : "Je fréquentais depuis un an un garçon, et un jour, il m'a proposé d'aller nous faire tester. Une campagne de sensibilisation était organisée sur le campus, donc c'était l'occasion. On y est allés très tranquillement, un peu comme on part au marché. Et puis les analyses sont revenues positives, et je me suis complètement effondré."

Je n'osais plus sortir, je n'osais plus aller en cours, j'avais même du mal à me motiver à aller faire mes courses. C'était un choc énorme.

Nathan

D'étudiant insouciant "toujours un pied entre deux soirées", Nathan devient anxieux et replié sur lui-même. "Je n'osais plus sortir, je n'osais plus aller en cours, j'avais même du mal à me motiver à aller faire mes courses. C'était un choc énorme. On se dit toujours : ça n'arrive qu'aux autres, pas à moi. Moi, je fais attention. Et puis ça vous arrive et vous vous demandez à quel moment vous avez plus fauté, et ce que vous auriez dû faire, mais c'est trop tard, il n'y a plus de retour en arrière."

Rapidement, les rendez-vous médicaux s'enchaînent pour les deux hommes. Et avec la pression et l'angoisse naît aussi un ressentiment, source de nombreux conflits. Nathan et son ami s'accrochent malgré tout, veulent croire en leur capacité de tenir ensemble, et s'inscrivent même à des thérapies de couple spécialisées. Rien n'y fait. "Au final, la maladie aura eu raison de notre couple, soupire-t-il. Je pense qu'on s'accusait l'un et l'autre d'être responsable de notre contamination, sans vraiment se le dire."

La crainte de l'exclusion sociale et du qu'en dira-t-on

Les premiers mois après la découverte de sa séropositivité ont été "difficiles" et rythmés par "de nombreuses crises d'angoisse" admet Nathan. "Pas vraiment pour la question médicale, puisque je suis suivi depuis le début". Un bon point, quand certains patients tardent à contacter des professionnels de santé, ce qui complique par la suite leur prise en charge.

"C'était plutôt l'aspect vie au quotidien : comment allais-je l'annoncer à ma famille, à mes amis ? Comment allaient-ils recevoir la nouvelle ? Je venais déjà tout juste de leur apprendre mon homosexualité, et je me préparais déjà aux réflexions et aux attaques sur mon mode de vie et mes fréquentations."

Douze ans après son diagnostic, Nathan explique n'être toujours pas "apaisé" sur ce point. "Mes très proches sont au courant, mes médecins aussi, mais c'est tout. Au boulot, dans la vie courante, j'ai toujours la crainte d'être mal vu, d'être ou de me sentir rejeté du fait de ma maladie."

Le poids des clichés et des fausses informations

Sa vie sentimentale tourne, elle, "au ralenti", regrette-t-il. "Sur la dernière décennie, je n'ai fréquenté que quelques personnes avec lesquelles ça ne s'est à chaque fois pas bien terminé. J'ai rencontré récemment un homme qui me plaisait beaucoup qui a tout simplement refusé de continuer à me voir dès que je lui ai parlé de ma maladie. Et quand ce ne sont pas les gens qui me repoussent, c'est moi qui met sans le vouloir des barrières."

Un ami à moi séropositif a fini à l'hôpital en très mauvais état après avoir été roué de coups par une de ses fréquentations qui l'accusait de vouloir lui transmettre le sida.

Nathan

La faute à des malheureux épisodes vécus par des connaissances et qu'il craint de voir un jour lui arriver. "Un ami à moi séropositif a fini à l'hôpital en très mauvais état après avoir été roué de coups par une de ses fréquentations qui l'accusait de vouloir lui transmettre le sida, alors qu'il prenait toutes les précautions. Son agresseur pensait qu'il pouvait lui transmettre juste par un baiser, ce qui est complètement faux."

Pour Nathan, c'est aujourd'hui tout le paradoxe du VIH, ou virus de l’immunodéficience humaine : "Aujourd'hui, les personnes séropositives comme moi souffrent toujours d'un certain nombre de clichés et méconnaissance de ce qu'est la maladie et ses risques de contamination, et sont mises de fait au ban de la société. Mais dans le même temps, quasiment plus personne ne se soucie du sida, qui n'est plus considéré comme un risque au quotidien."

La chute inquiétante des dépistages

Quoique moins répandu au sein de la population que dans les années qui ont suivi sa découverte, le virus du sida reste pourtant une vraie problématique de santé publique, insiste l'association Sidaction. En France, 173.000 personnes vivraient avec le virus du sida.

Les nouvelles découvertes de séropositivité ont chuté de 22% entre 2020 et 2019 - passant de 6200 nouveaux cas à 4900. "Cela n'est vraiment pas une bonne nouvelle", souffle l'association de prévention Aiutu Corsu, qui y voit là une baisse des dépistages préventifs plutôt qu'un recul du virus.

Une baisse d'autant plus inquiétante qu'on estime qu'entre 20.000 et 25.000 personnes ignorent leur séropositivité en France. Parmi les nouveaux cas diagnostiqués, 14% ont moins de 25 ans. 

Des jeunes pour lesquels il est donc "urgent de reprendre les actions de prévention et de sensibilisation au VIH et à la santé sexuelle", estime Sidaction, s'appuyant sur une récente étude Ifop. Ainsi, selon ce sondage, en 2022, 69% des jeunes de 15-24 ans s'estiment bien informés sur la question, contre 74% en 2020.

En cause, notamment, la pandémie de Covid-19, qui a "fortement réduit les capacités des acteurs associatifs à réaliser de la prévention sur tout le pays", regrette l'association de prévention contre le VIH Aiutu Corsu, et a plus globalement occulté les autres pandémies. Pourtant, et il faut le rappeler, "une épidémie n'en chasse pas une autre !"

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