Trafic de drogue : “Je fais jusqu’à 10.000 euros de bénéfices par semaine”

Jusqu’au 22 septembre prochain, le tribunal correctionnel d’Ajaccio juge 12 personnes suspectées d’avoir participé à un trafic de drogue dans le bassin ajaccien. Les enquêteurs estiment l’ampleur de ce trafic de cannabis, cocaïne ecstasy à plus de 2.7 millions d’euros de chiffre d’affaires sur 18 mois.

Nous sommes dans un dossier classique de trafic de stupéfiants où chacun a son rôle et le tient. Vous avez tenu le vôtre”, résume la présidente du tribunal correctionnel d’Ajaccio. Face à elle, M. Nunes, une des 12 prévenus jugés jusqu’au 22 septembre.

La jeune femme de 25 ans, mariée et mère d’un enfant, est suspectée d’être une nourrice financière d’un trafic de cannabis, cocaïne et ecstasy conséquent, établi dans le bassin ajaccien, depuis 2020. Elle est la sœur du principal suspect, D. Nunes, décrit comme “le plus important semi-grossiste du secteur” par les enquêteurs.

Un chiffre d'affaires estimé à 2.7 millions d’euros

C’est lui qui aurait organisé le trafic depuis sa cellule de la maison d’arrêt de Borgo. S’il sera jugé dans un second procès, la présidente rappelle quelques chiffres. “Le groupe interministériel de recherche estime le chiffre d’affaires de ce trafic à 2.7 millions d’euros sur les 18 mois d’enquête. C’est 250.000 euros par mois avec 50.000 euros de bénéfices.

Une partie de ces sommes, au moins 88.000 euros, aurait été blanchie via “l’achat de tickets gagnants de la Française des jeux, de cartes d’alimentation d’un site de paris en ligne ou encore de dépôt en espèces sur divers comptes”, continue-t-elle. Lors des surveillances, observations et sonorisations, une conversation est captée par les enquêteurs. D.Nunes y déclare : je fais jusqu’à 10.000 euros de bénéfices par semaine”.

"Ne t’inquiète pas c’est que des enveloppes”

Une partie de cet argent, rassemblée dans des enveloppes, aurait été placée aux domiciles de la sœur et de la mère de D.Nunes. F.Castola, culpabilisant d’avoir placé son fils en foyer, accepte presque directement lorsqu’elle reçoit l'appel de son fils. “Il m’a dit ne t’inquiète pas, c’est que des enveloppes, c’est rien.” Commence alors les dépôts, “plein”, en main propre ou dans la boîte aux lettres. Parfois, quelqu’un vient en chercher quelques-unes, d’autres restent cachées dans un sac “deux, trois, voire quatre mois”, se remémore la prévenue de 47 ans qui ne présente aucune mention à son casier judiciaire.

Comme pour se dédouaner, F. Castola déclare à la barre : Je ne savais pas d’où venaient les sous. Je n’y touchais pas, c’était l’argent de D. ça m’est arrivé de compter une ou deux fois à sa demande.  Consciente que les faits sont “graves”, “pas bien”, elle assure que “si c’était à refaire [elle] dirai[t] non. ” En garde à vue, elle avait confié aux enquêteurs avoir accepté “pour ne pas le décevoir, pour ne pas perdre son amour.

“S’il se passait quelque chose, j’allais être impliquée”

C’est par message que D.Nunes demande à sa sœur de garder les enveloppes. “J’ai accepté, c’est mon frère. Je ne savais pas d’où ça venait, mais j’avais une petite idée. Mais je n’ai jamais cherché à comprendre”, explique M.Nunes dont le casier est vierge.

Selon les enquêteurs, jusqu’à 60.000 euros auraient été cachés dans sa penderie. Parfois, toujours à la demande son frère, elle compte. Jusqu’à 10.000 euros. Une fois sorti de prison, D.Nunes se rend chez elle. Juste pour récupérer de l’argent. Il savait où c’était.

Lorsqu’elle est appelée à se décrire, elle indique ne “pas avoir pris le même chemin que [s]on frère”, “avoir toujours travaillé”. Étonnée, la présidente la coupe : Enfin, vous êtes là aujourd’hui. Madame, vous faites partie du trafic.

Fin mai 2022, après plusieurs mois “d’aide”, M.Nunes indique qu’elle ne veut plus aucune enveloppe à son domicile. Tout disparaît. Lors de la perquisition de son domicile, plus de 5.000 euros en espèces sont retrouvés par les enquêteurs. Une somme issue, en majeure partie, de la vente d’un véhicule une semaine plus tôt. Je savais que s’il se passait quelque chose, j’allais être impliquée. Je n’allais pas faire ça pendant 20 ans,c'était juste pour dépanner. Mais je pense que si ça n’avait pas été nous, ça aurait été d’autres personnes”, conclut-elle.

Les interrogatoires des 12 prévenus se poursuivront demain, mardi.

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